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VERGHEAS : lieu marial

Archives diocésaines


Des origines incertaines au sanctuaire médiéval.

La dévotion à Marie est importante en Auvergne, elle est très ancienne. En témoignage le pèlerinage à Notre Dame de Marsat, le plus ancien (au moins dès le VI° siècle).

En ce qui concerne Vergheas, les origines sont de date incertaine et ne peuvent donner lieu qu’à des explications partielles, la part historique et la part légendaire y sont souvent entremêlées. Ce qui est certain, c’est qu’assez tôt, probablement sous l’impulsion monastique, il existait une grande piété envers la Vierge et des fêtes en son honneur y étaient célébrées.

Dès le IX° siècle, plutôt le X°, un prieuré bénédictin avec une église  fut établi dans un lieu appelé Vergheas-Le-Vieux (à 700 mètres au sud du bourg actuel) par l’abbaye bénédictine d’Ebreuil. Or on sait que les moines bénédictins ont une ferveur particulière pour la Vierge Marie. Par la suite, peut-être au XII° siècle (car la date précise est inconnue), les moines transférèrent leur résidence dans le bourg actuel de Vergheas (où existait déjà une chapelle dédiée à Notre Dame de l’Assomption), et ils y bâtirent une église plus spacieuse, en grande parie l’église actuelle. Ce prieuré a existé jusqu’ en 1789, et le curé du village était nommé par le prieur du lieu.

La légende, en lien avec ce fait, rapporte que la Vierge désirait tellement fixer son séjour dans le petit sanctuaire du bourg que sa statue s’y serait transportée d’elle-même et à plusieurs reprises durant la nuit.

S’agit-il de la statue actuelle ? ou d’une statue antérieure ?

De toute façon la dévotion s’est généralisée  au cours du Moyen Age. On prête à la Vierge de nombreux miracles. A partir du printemps, et au long de l’année, des pèlerins accourent, parfois de loin, mais surtout de la région : Combraille d’Auvergne, Bourbonnais et Marche limousine. Les deux grandes fêtes étaient alors l’Assomption (15 août) et la Nativité (8 septembre). Nous sommes donc en présence d’un lieu marial dont l’influence est devenue régionale.

Pour ce qui concerne la statue actuelle : haute de 55 cm, en bois très résistant, elle aurait été sculptée au dé but du XIII° siècle par un berger palestinien, et, vers 1250, elle aurait été apportée de Terre Sainte, au cours des Croisades, par quatre seigneurs de la région, dont le puissant seigneur de la Roche d’Agoux. Ici aussi il convient de considérer la part laissée à la légende….. Toutefois il est convenu que cette statue est considérée comme une des plus belles vierges romanes de majesté d’Auvergne ( d’ailleurs elle sera classée Monument Historique en 1899 ).

L’épanouissement des XVII° et XVIII° siècles
Après une éclipse au XVI° Siècle due aux contrecoups de la Réforme protestante, un nouvel essor apparaît aux XVII° et XVIII° siècles. Les fêtes attirent une grande affluence et ne peuvent que se dérouler en plein air, généralement prés de l’église. De plus, 8 sur 10 des paroisses du voisinage se rendent à pied en procession à Vergheas durant l’octave (période de solennités célébrées pendant 8 jours) de la fête (cette coutume sera reprise  plus tard à la fin du XIX° siècle). Des guérisons ou faits exceptionnels sont mémorisés, tel que celui-ci :  au XVIII° (mais la date précise est inconnue) la foudre était tombée sur le clocher en bois de l’église qui fut détruit, les flammes ont atteint aussi l’intérieur de l’édifice, mais se sont arrêtées à l’approche de la statue ! Toutefois l’incendie a gagné toutes les maisons du bourg, sauf une ferme restée intacte. Alors un homme portant la statue dans ses bras et invoquant sa protection en fit le tour, et la maison fut épargnée. Ce qui expliquerait les traces de brûlure sur le pied droit de la statue et la perte d’une partie du bras droit (peut-être brisé lors de la précipitation).

Discrétion, grandeur, renouveau ?
Sous la Révolution, alors que l’église était pillée au moment de la Terreur, une femme courageuse, Mme Dubosclard, s’empara de la statue et la cacha dans un buisson épais à 200 mètres du bourg. Peu de personnes étaient dans la confidence. Mais durant la nuit de pieux fidèles venaient la prier discrètement.

Sous l’Empire et la Restauration la paroisse de Vergheas est supprimée, il n’y a plus de curé résident. Le culte est irrégulièrement assuré par le curé de Roche d’Agoux. Le diocèse est en pleine reconstruction et on ne sait rien en ce qui concerne le pèlerinage…..

Mais à partir de 1830,  les pèlerinages connaissent en France un grand essor. Il en est de même à Vergheas, où l’arrivée d’un prêtre résident en 1837, puis le rétablissement officiel de la paroisse en 1843 ont dû avoir un rôle stimulant  Dès cette époque, l’affluence s’accroît, et il semblerait qu’environ 3000 à 5000 personnes participaient au pèlerinage dans la seconde moitié du siècle ! Lors de la procession , la statue était portée par quatre hommes revêtus d’aubes et marchant pieds nus. Lors de l’Assomption, la Fête s’étend sur trois jours avec des prédications. Elle est toujours présidée par l’évêque ou bien il se fait représenter par un dignitaire ecclésiastique  En 1890, on note 80 adhérents à la confrérie du Rosaire fondée en 1837. En 1899, est établie la confrérie de Notre Dame du Carmel.

Des miracles se produisent, comme celui rapporté le 17 août 1845 : une petite fille de 28 mois ne marchait pas encore , sa mère, confiante en la Vierge, la pria avec ferveur durant la procession, et au retour la fillette déposée sur le sol se délaça toute seule (véracité des faits attestée par plusieurs témoins qui ont signé).

A la fin du XIX° siècle, le sanctuaire se « spécialisa » dans la protection des petits enfants depuis que la Vierge fut invoquée en 1899 pour la cessation d’une épidémie d’angine charbonneuse qui affectait particulièrement les enfants de 8-10 ans.

L’affluence est telle qu’en 1896 le curé Jean-Marie Lévigne fit construire une petite chapelle en pierre de Volvic et un enclos, dont il avait acheté le terrain, afin de mieux rassembler les pèlerins.

Il semble que ce soit au tournant de l’année 1890 que la grande fête fut établie le dimanche suivant le 15 août, même si le jour de l’Assomption conservait une solennité.

Voici  – à titre d’exemple – le déroulement de la célébration en 1892 =

Dimanche 14 août : premières vêpres à 14h30 dans l’église, puis au chant du Magnificat, la statue est exposée. Se déroule ensuite le baisement des pieds de la statue et la présentation des petits enfants par les mères de famille.

Lundi 15 août : messe de communion, puis Grand’Messe suivie de la procession près de l’église. Vêpres solennelles l’après-midi.

Semaine du 16 au 21 (Octave) : dévotion des fidèles dans le sanctuaire où la Vierge demeure exposée à leur vénération. Prédication d’un missionnaire chaque jour.

Dimanche 21 août ou « Grand Dimanche » : plusieurs messes de communion et des confessions se succèdent entre 7h et 9h30.  Dès 10h, arrivée de chaque paroisse avec leurs bannières et défilé devant la statue. A 10h30, sortie de la statue qui est portée en procession sous la grande allée des hêtres (plus tard, l’enclos de la chapelle). Messe solennelle par l’évêque de Clermont assisté de diacre et sous-diacre. Puis retour au sanctuaire en chantant le cantique dédié à Notre Dame de Vergheas.

A 15h, vêpres chantés sur la place de l’église, suivis de la bénédiction épiscopale réservée aux enfants. Ensuite, bénédictioa68 dans son église).

Ainsi le 18 août 1963 se déroula une cérémonie exceptionnelle : la Vierge de Vergheas fut solennellement couronnée par le Cardinal Joseph Lefebvre, archevêque de Bourges, entouré de six évêques, en présence de nombreux maires, et d’un grand concours de peuple (environ 10 000 pèlerins présents, selon la presse locale). Ce fut une célébration grandiose pour ce petit village et pour toute la contrée !! C’était aussi la preuve du maintien encore solide de ce pèlerinage. En effet le Couronnement est un privilège assez rare accordé à un sanctuaire marial, il veut ici souligner la marque de l’ancienneté et de la notoriété du pèlerinage. A cette date, seuls quatre lieux mariaux du diocèse avaient bénéficié de cet honneur (Le Port en1874,Vassivière en 1881,Orcival en1894, Marsat en 1939), alors que ces lieux sont particulièrement nombreux chez nous.

Malheureusement la statue fut volée dans l’église en novembre 1976, (un acte frauduleux à but lucratif plutôt qu’une manifestation d’hostilité à l’égard du sanctuaire, comme le révélera l’issue de cette affaire). En tout cas, ce fait provoqua un grand choc parmi les habitants de la région ! Une copie fut alors réalisée par Guy Sarliève, sculpteur sur bois à Saint-Sauves, et pèlerinage et procession furent maintenus selon la coutume. Retrouvée en 2001 par une série de circonstances fortuites, elle a été ramenée solennellement dans l’église le mercredi 3 juillet 2002 au cours d’une imposante fête du Retour, marquée par une émotion intense. Toutefois ce retour fut provisoire, elle fut déposée ensuite dans le Trésor de la cathédrale de Clermont en attendant que les lieux soient sécurisés. Depuis mai 2005, elle occupe définitivement sa chère église qui lui est dédiée.

Possédant la cinquième Vierge couronnée du diocèse, on peut se réjouir, en cette année du cinquantenaire du Couronnement, que le petit village de Vergheas demeure un haut lieu marial de la Combraille bourbonnaise.

                            «  Quand le feu des passions ravage……..

                                A tous, donnez la contrition…… »

                  Extrait du cantique composé pour la Vierge de Vergheas

 Jean Labbaye
Archiviste diocésain


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