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Un des prêtres de notre diocèse : Léger Langoile (1897 – 1978)

Archives diocésaines


Dans l’enfer de la guerre, prêtre malgré tout, pasteur si dévoué

Leger LangoileEn cette année où débute la commémoration de la Grande Guerre, tout en présentant la biographie de Léger Langoile, cet article veut également être un hommage aux 24 prêtres diocésains tués ( sur les 334 mobilisés) ; aux prêtres blessés qui survécurent, souvent douloureusement ; aux 14 séminaristes disparus ; auxquels on pourrait ajouter les religieuses infirmières volontaires, victimes des épidémies dans les hôpitaux ou dans les infirmeries de l’Arrière ( il y en eut peut-être originaires de notre diocèse, il serait injuste de les oublier).

Il naquit à Besse le 4 décembre 1897 au sein d’une famille de cordonnier. Il avait trois sœurs et un frère. Fréquentant l’école publique, son esprit vif et éveillé suscita l’intérêt de son maître, celui-ci discernait en lui les capacités nécessaires pour en faire un bon instituteur. Mais l’élève prit un autre chemin…A l’âge de dix ans, Léger révéla à ses parents son désir d’être prêtre. Il parlait peu, mais bien. Le curé de Besse, Jean Blot, découvrit rapidement la richesse d’âme de l’enfant.
En 1907 il entra donc à l’Institution Saint-Pierre de Courpière, puis se dirigea normalement vers le grand séminaire. Mais la guerre est là, et le jeune séminariste, ayant passé le conseil de révision, dut partir en 1916 avec plusieurs camarades au 92° régiment d’infanterie. Il connaîtra par la suite d’autres affectations, la dernière étant le 299° régiment d’infanterie.
Le 31 mai 1918, alors qu’il est à son poste de sentinelle dans le village de Chaudun, au sud de Soissons, il est très grièvement blessé par des éclats d’obus, l’un provoqua la perte de l’œil gauche, d’autres ont traversé une partie du crâne et l’un s’est logé dans une épaule. Les conséquences sont dramatiques : paralysie faciale, fracture des deux maxillaires, raidissement de la main gauche. Vu la gravité de son état, il fut hospitalisé successivement à Creil, Tours, puis Bordeaux.
Solide montagnard, il s’en sortira, mais ces blessures vont le marquer pour la vie et limiter ses capacités physiques. Une citation militaire l’atteste : « jeune soldat d’un courage et d’un sang-froid admirables, a été grièvement blessé à son poste de sentinelle… » et lui vaudra la Médaille militaire et la Croix de guerre avec palme en 1920.
Réformé définitif, vu son invalidité, il aurait très bien pu se retirer à Besse. Mais sa vocation demeure et il décide de rejoindre Riche-Lieu afin de poursuivre ses études. L’un de ses confrères parlait de lui avec une grande admiration : aucune récrimination, aucune plainte, il évitait de parler de lui, il a effectué ses études dans une discrétion totale ! Discrétion et courage qui seront les marques de tout son ministère sacerdotal.
En 1922, il est ordonné prêtre. A ma connaissance, il devait être le seul prêtre du diocèse « gueule cassée » (comme on appelait alors les grands mutilés). Après un temps de vicariat moins lourd à Vollore-Ville, il est envoyé en 1926 vicaire à Saint-Eloy-les-Mines. En 1929, il est nommé curé d’Ayat-sur-Sioule (patrie du général Desaix, curieuse coïncidence !) et il accepte en 1931, malgré sa santé délicate, de desservir en plus la paroisse de Sainte-Christine (donc une charge d’âmes de 800 habitants, mais ces deux paroisses étaient alors les plus pratiquantes du canton). Malgré ses souffrances, il s’y rendra très fréquemment à pied ou avec sa bicyclette quel que soit le temps ! A partir des années 50, un habitant d’Ayat le conduisit en auto. Puis ce furent les gens de Saint-Christine, soit le maire, soit l’instituteur !
Avec l’aide de Dieu, il établira avec ses fidèles des liens de confiance et d’amitié qui ne se briseront jamais. Certes, vu ses infirmités, on ne comprenait pas toujours ce qu’il disait au cours des célébrations, mais la grâce divine devait y pourvoir….Il est à Ayat, il restera d’Ayat (j’ai pu le constater auprès des habitants lorsque je fus invité le 2 août dernier pour la commémoration de la Guerre). On lui portait une grande estime, mêlée de respect envers le grand mutilé, d’admiration pour son courage et d’affection pour le prêtre si dévoué. Car son ministère se déroula en ces lieux durant 47 ans !

Le 11 juin 1961, dans le village pavoisé, en présence des autorités, il reçut la Légion d’honneur des mains de son évêque, Mgr de La Chanonie. Le 25 juin 1972, toujours en présence de l’évêque, la municipalité organisa une fête pour ses 50 ans de sacerdoce. Ces marques d’estime n’ont pas du tout entamé sa modestie car il était aussi modeste que courageux, et du courage il en avait à revendre ! Son tempérament de montagnard lui permit de tenir, mais les séquelles de ses blessures ont aggravé progressivement son état de santé et ses forces faiblissaient. Aussi en 1976 il fut contraint de se retirer à la maison de retraite des prêtres de la rue Bansac à Clermont, où il décèdera le 31 juillet 1978.
Ses obsèques se déroulèrent le 2 août à Ayat où, selon sa volonté, il fut inhumé dans le tombeau des curés. « Vous pouvez être assuré que le souvenir de votre ministère restera à jamais gravé dans la mémoire et dans les cœurs de tous, de même nous ne pouvons pas oublier votre conduite héroïque durant la Grande Guerre » déclara le maire au cours de la cérémonie. Un prêtre du diocèse ajouta : « le champ de son apostolat pouvait paraître minuscule sur la carte, mais il était immense dans son cœur ».
Et n’oublions pas : le mot courage vient du mot cœur !

Jean LabbayeJean Labbaye,
Archiviste diocésain


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