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Le Denier

Tableau de la Transfiguration situé dans l’église de La Roche Blanche : un tableau de foi !

Art Sacré


 Éléments historiques

La Transfiguration a été commandée, en tant que retable, à Raphaël (1483-1520) par le cardinal Jules de Médicis (futur pape Clément VII) archevêque depuis 1515, de Narbonne. Commencé en 1518 Raphaël n’a pas le temps d‘achever le tableau, huile sur bois de 4 m x 2,80, et  meurt  d’un accès de fièvre en avril 1520. C‘est donc ses assistants Giulio Romano et Giovanni Penni qui s‘en chargèrent. Le cardinal Jules de Médicis fit finalement don du tableau à l’église San Pietro in Montorio de Rome où il resta exposé de 1523 à 1797. Le Pape Pie VI fut contraint de le céder à la France en 1797 par le traité de Tolentino. Ce traité, imposé au Saint-Siège par le Directoire français consistait, entre autres, à prélever cent œuvres parmi les collections pontificales et romaines. Il rejoignit alors le Museum Central des Arts, l’actuel Musée du Louvre, puis fut restitué au Pape Pie VII à la chute de Napoléon et suite aux décisions du Congrès de Vienne, en 1815, imposées à la France. En 1817, le fameux tableau fit retour au Saint-Siège et intégra la Pinacothèque vaticane en 1820. À la suite d’une importante restauration effectuée en 1977 par des experts en conservation du Vatican, la palette de couleurs Renaissance est maintenant pleinement visible et le tableau a retrouvé sa splendeur d’origine. 

Transfiguration
Tableau de la Transfiguration au Vatican
Transfiguration
Tableau de la Transfiguration à la Roche Blanche

Remarques iconographiques

Le tableau peut se lire comme une BD se référant à deux passages d’évangile, illustrant deux parties narratives distinctes qui se suivent :

La partie supérieure, la Transfiguration sur le mont Thabor haut de 588m, situé à 16 kms au sud-est de Nazareth, le Christ apparait dans une nuée lumineuse, entre Moïse à droite tenant les tables de la Loi et le prophète Élie tenant le livre de la Parole, qui s’entretiennent avec lui : Nouveau et Ancien Testament se font lien. Comme au Sinaï, Jésus est montré comme Moïse, le visage lumineux (Exode 34) En dessous, sur le sommet de la montagne, sont couchés les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, terrassés, les disciples tombent la face contre terre. Paul sera terrassé sur le chemin de Damas par une lumière qui l’enveloppe soudain de sa clarté Acte9,4. Temps de conversion pour les uns et les autres !  Ils couvrent leur visage, aveuglés par la lumière (Mathieu 17) Pierre, au centre, dont les jambes sont dans le même mouvement (celui de la marche) que celles des trois personnages célestes, semble être le plus dans la vérité de l’événement, lui qui avait proclamé quelques jours auparavant « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Seuls les trois doigts de sa main droite sont visibles, comme pour désigner les trois personnages qu’il voit. Ou réagit-il à la présence de la Trinité ? La Transfiguration est un épisode de la vie du Christ où son apparence physique change pendant sa vie sur terre, révélant ainsi sa nature divine. Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la lumière ; on observe une vive lumière blanche l’entourant, provoquant même un vent improbable, surnaturel, traduit par les drapés d’Élie et de Moïse ainsi que leurs cheveux. Les personnages sont tout comme les  nuages concentrés autour de Jésus.

Petits personnages du tableau de la TransfigurationLa présence des deux petits personnages, à gauche, qui sont en train de prier et qui n’apparaissent pas dans le passage de la Bible, sont les saints, Juste et Pasteur, à qui est dédiée la cathédrale de Narbonne, ont été peints à la demande du commanditaire Jules de Médicis malgré les réticences du peintre.

Le mont Thabor est représenté par un monticule. En guise de décor, on peut observer quelques arbres et sur la droite, au loin, un village, sur un autre monticule, ouvrant le chemin vers Jérusalem, où Jésus vivra sa passion.

Cette représentation est classique dans les compostions des tableaux de l’époque, permettant une ouverture vers…

 

Jeune épileptique dans le tableau de la TranfigurationLa partie inférieure montre un groupe de gens, paniqués, qui entourent  un jeune garçon victime d’une « possession démoniaque » sans doute épileptique, aux apôtres restant, qui  ne parviennent pas à le guérir, faute d’une foi suffisante : Jésus leur dira plus tard « C’est parce que vous avez trop peu de foi ». L’enfant, la bouche ouverte, gesticule, un bras pointé vers le ciel, l’autre vers le sol, les yeux révulsés et exorbités ; son père au regard angoissé, mais plein d’espoir, vêtu de vert le retient des deux mains tandis que sa mère également en vert supplie les apôtres en montrant leur enfant. La crispation des gestes et le regard vitreux du garçon, les yeux ouverts, révèlent les terribles effets de son état. Et pourtant c’est le seul personnage qui a son regard tendu vers le ciel. Toute la composition, placement des personnages, est centré sur cet enfant qui fait la jonction entre ciel et terre. Les efforts de Raphaël pour capturer des maladies physiques et psychiques au moyen d’une technique picturale magistrale sont clairement visibles à la fois dans cette figure et dans sa description de l’implication émotionnelle des parents du garçon et des autres passants.

Le Christ, redescendant du mont Thabor où venait d’avoir lieu sa Transfiguration, guérira l’enfant démoniaque  en l’interpellant vivement (Mathieu 17, 14-21)

 

Si le moment de la scène de la partie supérieure révèle un aspect « mystique » comme celui d’une apparition, les nombreux personnages dans la partie inférieure créent un contraste plus « terrestre », violent, avec un ensemble de gens secoués autour du jeune garçon possédé, se démenant, et le groupe des neuf apôtres que le Christ n’a pas pris avec lui sur la montagne, dans la stupeur, sentiment qui se traduit par leurs gestes et leurs regards, dans l’attente du retour du Christ du mont Thabor. Contrairement à l’éclat de la Transfiguration, l’image inférieure est marquée par l’obscurité, ainsi que par la consternation des apôtres incapables de guérir le garçon malade.

Apôtres - Tableau de la TransfigurationCiel et terre se rejoignent encore par la gestuelle de deux apôtres et d’un des personnages du groupe  levant le bras en direction du Christ, tandis que les quatre autres se consultent centrés sur l’enfant. L’injonction est faite de se tourner vers le Christ, lui la Lumière, le Sauveur.

L’usage des couleurs vives, les mimiques excessives, annoncent l’école du maniérisme qui dominera bientôt la peinture italienne, après la mort de Raphaël en 1520  et ce, jusqu’en 1580.

C’est Raphaël qui décida de faire figurer les deux histoires sur le même tableau. En peignant l’effroi sur les visages des témoins, le peintre aurait eu en tête la récente publication des thèses de Luther en 1517, et l’effet que ces dernières firent sur l’Église selon une analyse d’Athanase Coquerel, théologien protestant du XIX ème siècle très marqué par ce tableau et qui lui consacre un chapitre entier dans Des Beaux-Arts en Italie

« Le tableau, l’ultime du maître, reste l’un de ses chefs-d’œuvre les plus marquants » dira-t-il.

 

Ce tableau restauré en 2001 par la municipalité de La Roche Blanche, situé dans le chœur de l’église est une copie, plutôt une « représentation d’après… », dont on ignore l’auteur ou les auteurs (quel atelier ?) Plusieurs différences notoires  sont à observer :

Le traitement des couleurs des personnages, et le fond du ciel bleu sur l’original qui est jaune d’or sur la copie. Mais plus remarquable le tableau a été inversé de gauche à droite par rapport à l’original. Technique souvent employée pour reproduire un tableau à partir d’un calque et le différencier nettement de l’original, et montrer par là qu’il ne s’agit pas d’une copie au sens stricte du terme.

 

De nombreuses copies de cette œuvre existent ici ou là avec des interprétations différentes :

A titre d’exemple dans l’église Ste Trophime à Arles où le ciel est beaucoup plus rouge, ou encore la représentation seule du Christ dans l’église de St Nizier à Lyon exécutée en 1816 par Victor Orsel, peintre lyonnais (1795- 1850).


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