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Le Denier

Retour sur l’avenir social, humain et organisationnel des personnels de l’Archevêché, du Centre diocésain et du Service Communication

Notre archevêque


            Le « diagnostic social, humain et organisationnel » auquel vous avez participé, et dont je voudrais vous rendre compte aujourd’hui, concernait au départ les personnels de l’Association centrale des Œuvres catholiques (ACOC) et de l’Association d’Entraide des Œuvres catholiques (ADOC), dont les activités se situent au Centre diocésain de Pastorale (CDP). Très vite il a semblé souhaitable d’en élargir le périmètre, de telle sorte que les deux principaux sites de notre diocèse, le CDP et l’Archevêché, puissent bénéficier de la même expérience. C’est ainsi que les personnels du Service diocésain de Communication et d’Information (SDCI), qui travaillent au CDP, ont été associés à cette démarche, de même que les personnels de la Curie diocésaine et ceux de la Résidence Saint-François, dont les activités se situent à l’Archevêché, 9 rue d’Ambert.

            Le diocèse a fait appel à M. Bruno STEVENIN, qui a bien voulu mettre ses grandes compétences professionnelles, et sa connaissance approfondie du milieu ecclésial, au service de ce projet. Qu’il soit à nouveau vivement remercié pour la conduite de cette mission délicate, pour les conclusions qu’il a rendues et les préconisations qu’il a formulées. Je tiens à vous remercier tout aussi vivement, vous tous, qui avez accepté de participer aux entretiens individuels planifiés en mai et juin 2019. La confiance que vous avez manifestée en donnant votre avis, en pointant les atouts et les limites de notre organisation, en exprimant aussi vos souhaits pour que la vie au travail soit plus gratifiante, permet aujourd’hui de nous engager tous ensemble sur un chemin de progrès.

            Bruno STEVENIN m’a rendu compte personnellement des résultats du diagnostic le 14 septembre 2019. Il a présenté ces mêmes résultats au conseil épiscopal le 27 septembre. Le conseil épiscopal s’est ensuite saisi de ces résultats pour en retenir certaines priorités. J’ai eu enfin plusieurs entretiens avec le P. Bernard LOCHET, vicaire général, et le P. Philippe KLOECKNER, vicaire épiscopal chargé des affaires temporelles, afin de fixer les modalités d’un compte rendu global du diagnostic auprès de l’ensemble des personnels concernés. Aussitôt après, je vous ai adressé cette invitation, en date du 18 octobre dernier, et je vous remercie d’y avoir répondu en vous rendant disponibles ce matin. J’ai cru bon de réunir, pour ce compte rendu oral, seulement les personnes qui ont participé au diagnostic. Cependant, le texte de mon intervention sera prochainement diffusé sur le site internet du diocèse, car il concerne le diocèse tout entier.

            Pour une restitution complète et pour une mise en oeuvre efficace, les conclusions du diagnostic appellent trois niveaux d’action. Le premier consiste à définir les grandes orientations diocésaines, le deuxième invite à réviser le fonctionnement des différents services diocésains, le troisième regarde chaque personne individuellement. Je me limiterai, dans cet exposé, à l’énoncé des grandes orientations, qui prennent effet immédiatement, et je ne ferai que présenter brièvement les deux autres niveaux d’action, dont le déploiement s’effectuera à plus long terme. Je voudrais vous restituer, globalement, ce que les auditions ont mis en évidence, et présenter les mesures qui me semblent bonnes pour leur donner suite. Mon propos se veut très général, dans une vision d’ensemble de la vie diocésaine. Il n’a pas pour objectif de résoudre des problèmes singuliers. Il ne traite d’aucune situation précise, sauf lorsqu’il évoque par nécessité la mission de certains responsables. Le but recherché est de servir le bien des personnes, de sorte que chacune puisse donner le meilleur d’elle-même dans la mission qu’elle assume.

            En premier lieu, il nous faut dessiner l’organigramme de notre Eglise diocésaine. Cet organigramme apparaît très complexe. Il ne facilite pas la lisibilité des différentes missions et responsabilités. Que dois-je faire ? A qui dois-je rendre compte ? Ces questions simples se heurtent à l’enchevêtrement des domaines d’activités, des compétences, des hiérarchies. Nous avons commencé, grâce au P. Philippe KLOECKNER, à établir cet organigramme. Il nous faudra ensuite le mettre à la disposition de tous, et l’expliquer, afin que chacun puisse le comprendre et y trouver sa place, plutôt que de le subir. Il nous faudra sans doute aussi le simplifier, ce qui est plus facile à dire qu’à faire.

En effet, cette complexité tient, pour une part, à l’histoire et aux lois de notre pays, qui conditionnent la vie des diocèses, et sur lesquelles nous n’avons guère de prise. Un diocèse en France doit toujours tenir compte du droit civil qui définit et encadre ses conditions d’existence au regard de l’Etat, en même temps que du droit canonique par lequel l’Eglise, elle-même sujet de droit, définit et encadre sa propre action selon les principes évangéliques. Au regard de l’Etat, un diocèse n’existe que comme association diocésaine (encore faut-il préciser qu’il ne s’agit pas là d’une association régie selon la loi de 1901, mais d’un type particulier d’association cultuelle). L’affaire se complique, lorsque pour les besoins de sa mission, l’Eglise diocésaine entre en partenariat avec d’autres associations, de type 1901 celles-ci, chacune avec ses statuts, son conseil d’administration et son président. Il s’ensuit une difficulté objective à se repérer dans ce fouillis institutionnel, peu lisible, certes, mais incontournable.

Cette complexité tient, d’autre part, au particularisme local de notre Eglise de Clermont. Notre diocèse, par suite de circonstances historiques qu’il serait trop long de rappeler, est assorti d’un réseau associatif particulièrement dense : outre l’Association diocésaine, nous repérons l’ACOC et l’ADOC, Saint-Austremoine et Riche-Lieu, et plusieurs autres associations encore qui assurent la gestion de divers domaines d’activités ou biens immobiliers. Sur ce terrain cependant, nous pouvons sans doute faire quelque chose. J’ai demandé à Madame Sylvie GITENAY, économe du diocèse, en lien avec les services juridiques de la Conférence épiscopale, d’étudier un scénario de restructuration de notre réseau associatif. La mutation réussie, en cette année 2019, de l’Association gérant le site d’Anschald, et sa reprise par les Scouts et Guides de France, nous montre que de telles réformes sont possibles. L’expiration, en 2021, du bail à commodat par lequel l’Association diocésaine, propriétaire des bâtiments, confie à l’ACOC la gestion du CDP, nous offre une belle opportunité. J’engagerai les démarches et consultations nécessaires, tant sur le plan civil que sur le plan canonique. Je suis résolu à avancer dans cette direction.

Un organigramme plus simple, un réseau associatif plus lisible : cela doit aider au recentrement de notre dispositif sur le cœur de notre activité. Il est facile de se laisser gagner par la routine. A tout instant, chacun, chacune, doit se poser cette question salutaire : à quoi sert la tâche que j’accomplis ? Quel en est le sens ? Or, tout ce que nous faisons, dans le cadre des activités d’un diocèse de l’Eglise catholique, est au service de la mission, et cette mission, c’est l’annonce de l’Evangile, en parole et en actes. Tout ce qui fonctionne dans notre « entreprise » d’un genre particulier, n’a pas d’autre raison, pas d’autre finalité. Peut-être l’avons-nous quelque peu perdu de vue, parce que la routine nous distrait de l’essentiel. Toutes les activités sont ordonnées à cette mission, et toutes sont nécessaires et dignes de considération. Ainsi, par exemple, les personnes qui assurent le service de l’accueil sont souvent en première ligne pour recevoir les demandes du public. Celles qui se dévouent aux tâches matérielles assurent le confort des autres personnels, autant que des hôtes de nos maisons. Dans le corps (j’emprunte cette comparaison à l’apôtre Paul), tous les membres sont différents, mais tous indispensables, chacun selon sa fonction. Il importe donc de cultiver l’estime et le respect du travail de chaque personne, quelle que soit sa fonction dans l’organigramme ecclésial.

Cependant, certaines personnes ont des responsabilités de « management », elles sont chargées d’animer le travail d’un ensemble d’autres personnes. Je souhaite que les responsables des principales entités qui ont fait l’objet du diagnostic, puissent bénéficier d’un accompagnement adapté, autrement dit d’un « coaching », non pour apprendre leur métier, mais pour se donner les moyens de relire régulièrement leur manière d’exercer, et d’améliorer leur pratique. Nous aurons tous à y gagner. Dans le même ordre d’idées, nous devons progresser pour que les rôles des principaux responsables soient mieux connus et mieux articulés. Ainsi en est-il des présidents d’associations, dont il convient de rappeler les prérogatives légales et institutionnelles, ainsi que la responsabilité en matière civile et pénale. Ainsi en est-il également des fonctions de l’archevêque, du vicaire général, du vicaire épiscopal chargé des affaires temporelles, et de l’économe diocésain, dont les compétences respectives doivent être plus lisibles et mieux accordées.

Il m’a semblé percevoir que la géographie de nos sites diocésains présente beaucoup d’inconvénients. La répartition des personnels sur deux sites principaux, aux activités nettement différenciées, n’aide pas à prendre conscience que l’on est attelé à la même tâche, au service d’une même mission. Je me souviens de la remarque d’un confrère évêque de passage, s’étonnant de voir les services administratifs tout proches de ma résidence, tandis que les services pastoraux se situent dans un site distinct et même assez distant. L’évêque n’est-il pas d’abord un pasteur ? Il conviendrait que les services pastoraux, de même que la curie, soient en proximité, dans une même maison diocésaine. Je souhaite donc que nous puissions mettre à l’étude le rapprochement des différents services, curie et services pastoraux, dans les limites du CDP. Impossible, me direz-vous, alors que nous venons déjà d’accueillir à grand peine la Direction diocésaine de l’Enseignement catholique (DDEC). Au contraire, osons relever ce défi. Nous avons réussi l’intégration de la DDEC. Donnons-nous une année, jusqu’à fin 2020, pour étudier la possibilité d’intégrer les services de la curie dans les bâtiments actuels du CDP.

Enfin, rien de tout cela ne marche sans la finance. Notre diocèse, sans être en péril, doit se montrer vigilant car ses ressources sont limitées, ses charges très lourdes. Je souhaite donc que se mette en place un contrôle de gestion, afin que les flux financiers soient clairement identifiés, et que les dépenses soient mieux maîtrisées. Cette vigilance doit s’exercer dans la perspective du programme « Horizon 2025 » dont les objectifs ambitieux ne sont peut-être plus tous aujourd’hui à notre portée, mais qui garde toute sa capacité de suggestion et de stimulation.

Telles sont les grandes orientations que je voulais vous partager, et qui constituent le premier niveau de restitution du diagnostic. Ce ne sont pas des propos de circonstance, vertueux mais sans lendemain. Ce sont des priorités lourdes, engageantes, exigeantes, et je vous demande de les recevoir comme telles. Cependant, les résultats du diagnostic doivent être pris en compte aux deux autres niveaux successifs que j’annonçais. Il y aura donc des restitutions par service, séparément, pour les personnels du CDP, ceux de la curie, ceux de la résidence Saint-François, ceux du SDCI. Elles se dérouleront, selon les cas, sous la responsabilité du P. Bernard LOCHET et du P. Philippe KLOECKNER, avec l’aide de M. Bruno STEVENIN qui m’a assuré de sa disponibilité pour cet exercice. Sans trop anticiper, il apparaît nécessaire, dans chaque service, de mutualiser les moyens, de se concerter pour répartir les tâches, de faire jouer le principe de subsidiarité autant qu’il est possible, de privilégier le dialogue fraternel pour régler les problèmes.

Viendra ensuite le temps, selon les besoins de chaque personne, d’une restitution individuelle du diagnostic, qui pourra aussi alimenter les entretiens professionnels obligatoires. Sans anticiper là non plus, je pense que nous devons encourager une plus grande participation de chaque personne à la vie du groupe, de chaque membre à la vie du corps ; veiller à ce que la mission de chacun soit mieux définie et mieux accompagnée ; favoriser une plus grande responsabilité, une implication plus active, de chaque personne dans sa mission. Ainsi la reconnaissance à laquelle chacun est en droit d’aspirer, ne sera-t-elle plus, comme elle l’est trop souvent, une requête amèrement déçue, mais le juste retour sur un engagement personnel.

Pour conclure, je voudrais souligner tout ce que ce « diagnostic social, humain et organisationnel » a mis en évidence. Tout en disposant ses commanditaires à l’écoute des attentes et des questions, des réalités vécues par les différentes catégories de personnels, il aura permis d’identifier ce qui se fait déjà de bien, et de valoriser les potentiels de notre organisation. Je saisis l’occasion de vous témoigner la reconnaissance de tout le diocèse pour le travail que vous accomplissez. Nous devrions pouvoir mieux faire encore, de sorte que chacun trouve plus de motivation et plus de sens, dans une responsabilité plus grande.

En Eglise, je le rappelle, l’organisation ne peut jamais être une fin en soi. Elle est fondamentalement au service du message que l’Eglise est chargée d’annoncer. Dans la mesure même où elle est au service de ce message (l’Evangile de Jésus-Christ) elle doit aussi le refléter. C’est pourquoi notre pape nous presse de bâtir une Eglise plus synodale, ce qui veut dire une Eglise où l’on marche côte à côte, dans le respect et la complémentarité des différences. Les résultats de notre diagnostic ne nous apportent pas de solutions toutes faites, mais ils nous invitent à prendre la route ensemble. Alors, en avant !

 

            Clermont-Ferrand, le 12 novembre 2019.

 

+ François KALIST
Archevêque de Clermont

 


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