Facebook
Agenda
Web-TV
Rcf
Le Denier

Quel monde voulons-nous ?

Notre archevêque


            Depuis le 23 septembre 2019, après quelques semaines de consultations, le débat parlementaire est engagé autour de la révision de la loi de 2011 concernant la bioéthique. La Conférence des évêques de France, au nom de tous les catholiques, a pu exprimer son point de vue et faire part de ses réserves. A-t-elle été vraiment écoutée ? Du moins la phase préparatoire aura-t-elle été l’occasion d’approfondir la réflexion, d’informer et même d’intéresser le public, d’affiner les arguments, de nuancer les prises de parole. En dernier lieu, paraît le livre Bioéthique de Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, dont le sous-titre : Quel monde voulons-nous ? résume, en des mots d’une rare simplicité, la gravité des enjeux ultimes de ce débat parlementaire.

Tandis que certains catholiques affirment, contre toute évidence, que « les évêques ne disent rien », dès lors qu’ils n’entendent pas ce qu’ils aimeraient entendre, beaucoup de citoyens, appartenant à d’autres réseaux, prétendent que « les évêques n’ont pas à s’ingérer dans ce débat » en invoquant une conception étriquée de la laïcité qui dénie aux croyants le droit de s’exprimer en public. Relisons avec profit l’enseignement de Gaudium et Spes concernant les rapports entre Église et société (n° 40 à 44), entre Église et communauté politique (n° 73 à 76) : les catholiques ont pleine légitimité pour intervenir dans un débat de société, pourvu qu’ils ne cherchent pas à imposer leur modèle.

            Les évêques se sont largement exprimés. Ils ont fait connaître, en particulier, leur désaccord avec le projet d’extension de la « PMA pour toutes ». L’intérêt de l’enfant, le rôle du « père », la question de l’accès aux origines, ne peuvent être traités à la légère. Une fois de plus, la confusion s’instaure entre le désir et le droit, la satisfaction d’intérêts particuliers l’emporte sur le souci de l’intérêt général. Ce qui est scientifiquement possible doit-il déterminer ce qui est socialement souhaitable ? Autrement dit, quel monde voulons-nous ? Partout on s’inquiète, à juste titre, de l’avenir de « la planète ». Dans ce projet de loi, on semble faire bien peu de cas du « vivant », alors que tout, dans la maison commune, fait système, existe en étroite solidarité.

            A l’écoute de l’Évangile, les catholiques doivent éviter les pièges du relativisme qui adapte la morale aux situations, sous prétexte de « vivre avec son temps ». Ils doivent s’engager contre tout ce qui, sous couvert de progrès, fragilise, déconstruit et déshumanise. Il leur faut cependant éviter aussi l’écueil des réactions tapageuses, finalement contre-productives. Selon l’apôtre saint Paul, l’homme de Dieu « recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur » (1 Tim 6,11).

En ces temps de débat, j’invite donc les catholiques du diocèse de Clermont à « se manifester ». Ils peuvent le faire de différentes manières. Certains se mobilisent en vue de la grande manifestation prévue à Paris le 6 octobre. D’autres préfèrent s’informer, approfondir le discernement, entrer en conversation : la CEF a largement diffusé des fiches de travail, les sites diocésains rappellent les liens utiles. A plus long terme, il s’agit surtout de témoigner en actes, d’offrir, avec « persévérance et douceur », une alternative heureuse et sobre, façonnée par l’amour : la bonne nouvelle de la famille.

 

                                                                                  + François KALIST

                                                                                  Archevêque de Clermont


X