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Marie et la naissance virginale de Jésus : une histoire riche de sens

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Le mois de mai, « mois de Marie », au cœur du temps pascal…

Pour certains d’entre nous, Marie est une figure réellement incontournable dans leur vie de foi et même parfois LA figure la plus proche au quotidien ; pour d’autres, Marie suscite un certain malaise… car tout de même, cette histoire de virginité… C’est parfois du bout des lèvres que des chrétiens confessent dans le Credo que Jésus « a été conçu du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie et s’est fait homme ». La difficulté peut être résumée pour nous dans cette question des Juifs dans l’évangile de Jean : « Celui-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? » (Jn 6, 42). Que faire d’une telle histoire, qui semble davantage ressortir d’une mythologie totalement dépassée, donne une vision négative de la sexualité et par là, de fausses idées sur la « pureté » ? Les quelques lignes qui suivent ne traiteront pas toute la question ! Voici une suggestion d’interprétation de ce qui appartient bien à la foi de l’Église et qui, de ce fait, ne peut être considéré comme accessoire.

Une histoire de promesse tenue

Mais avant tout resituons la question dans la Bible. La virginité de Marie renvoie aux récits de la nativité en Luc (Lc 1, 26-2, 21) et en Matthieu (Mt 1, 18-25). Les deux autres évangélistes n’en parlent pas et le sujet est absent des épîtres. Ce que les catholiques oublient trop souvent, c’est que les évangiles sont pétris de références à l’Ancien Testament. Ainsi par exemple, on comprend le songe de Joseph (Mt 1, 18-25) en référence à un oracle d’Isaïe qui trouve son accomplissement en Jésus : « Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit « Dieu avec nous« . » (Mt 1, 23 ; cf Is 7, 14) Il en va de même en Luc, lorsque l’ange dit à Marie : « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » (Lc 1, 31-33 ; cf Isaïe 9, 6). Nous pourrions multiplier les exemples qui nous rappellent que les évangiles sont ancrés dans les Écritures juives et la promesse qu’elles annoncent, en particulier celle de la venue du Messie.

Une histoire dans laquelle le début se comprend à partir de la fin et réciproquement !

Tout cela est très bien… Mais cela ne nous dit toujours pas ce que peut signifier la virginité de Marie pour la foi chrétienne. Car au fond, si le Christ est Fils de Dieu, qu’importe la modalité de sa venue dans l’humanité, qu’importe que sa mère soit « vierge » ou non ? Seul compte le fait qu’en Jésus est uni l’élément humain et l’élément divin ! Comme a osé l’écrire le futur pape Benoît XVI : « La doctrine de la divinité de Jésus ne serait pas mise en cause, si Jésus était issu d’un mariage normal »[1] ! L’essentiel est donc ailleurs. Et il se découvre en reliant la « fin » et le « commencement ». Tout dans la foi est référé au Christ ressuscité. Donc, c’est la foi en la résurrection de Jésus qui rend possible la foi en sa conception virginale, et non pas l’inverse. Dans leur témoignage de croyants, à travers les récits de la nativité et de l’enfance, Luc et Matthieu ont exprimé un rapport, un lien entre la fin de l’itinéraire terrestre de Jésus (la résurrection, l’ascension) et son commencement.

Essayons une comparaison schématique entre conception et résurrection : aucun homme (fut-ce Joseph) n’a « déposé » Jésus dans le « sein » de Marie : la virginité du sein de Marie est un signe pour la foi ; de même, aucun homme n’a enlevé le corps de Jésus du tombeau : le tombeau vide est un signe pour la foi… À l’annonciation, une parole angélique annonce l’événement et en donne le sens ; au tombeau vide, une parole angélique annonce l’événement et en donne le sens… À l’annonciation (puis la visitation), une femme y reconnaît l’action de Dieu ; au tombeau vide, des femmes y reconnaissent l’action de Dieu… C’est par l’Esprit de Dieu que le Verbe devient chair ; c’est par l’Esprit de Dieu que Jésus ressuscite…

Percevoir ce rapport fait comprendre que ces récits au ton peut-être trop merveilleux pour nous veulent pourtant se démarquer des mythes païens existants. Dans ceux-ci en effet, le dieu ou la déesse s’unit véritablement au partenaire humain : il s’agit d’une « procréation ». Dans les évangiles au contraire, la venue de l’Esprit « au-dessus » de Marie donne lieu à une « création » : ainsi, la conception de Jésus est une nouvelle création, et non une procréation par Dieu, qui renvoie à l’acte créateur originaire : l’Esprit planait au-dessus des eaux (Gn 1, 1). Le lecteur des Écritures se souvient aussi que la présence agissante de Dieu se manifeste par une nuée ou une ombre : celle qui descend sur la tente de la rencontre au désert durant l’Exode, tabernacle provisoire pour la rencontre avec Dieu. Ainsi donc, la venue de l’Esprit qui couvrira Marie de son ombre témoigne sans conteste de la présence et de l’action de Dieu en celle qui devient par là le « nouveau Temple » pour une « nouvelle » venue de Dieu dans le monde.

Une histoire de vocation

Il y a néanmoins une différence importante entre les événements de la conception et de la résurrection : celle-ci est l’œuvre de Dieu uniquement et entièrement, tandis que la conception virginale prévoit le consentement de Marie (en Luc) et de Joseph (en Matthieu). Nous avons donc affaire à des textes qui sont aussi des récits de vocation. Ce que Joseph doit accueillir (Mt), sa vocation, c’est une paternité qui lui est confiée par Dieu. Ne lisons donc pas ces textes en nous demandant par quels gamètes Marie a bien pu être fécondée ! Ils ont une portée théologique et spirituelle uniquement, et aucunement biologique. De son côté, ce que Luc nous invite à percevoir, c’est que Marie est ainsi désignée comme étant le véritable Israël, la vraie Sion, fidèle et confiante, en qui Dieu établit un nouveau commencement, pour une nouvelle alliance. Marie est donc aussi le symbole de l’Église de Jérusalem, qui a su accueillir la Bonne Nouvelle et permet ainsi l’accomplissement de la promesse ; cette Bonne Nouvelle devra ensuite « quitter sa mère », quitter Jérusalem, pour être annoncée à toutes les Nations (Actes des Apôtres) : c’est la vocation de l’Église, notre vocation.

Laurence Attenelle
Responsable du service diocésain de la Formation permanente

 

[1] Joseph Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Mame, 1968, p. 191.


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