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Le Denier

L’évêque Saint Bonnet

Archives diocésaines


 Une figure du VII° siècle très attachante et par certains côtés, très moderne.
(son nom devrait s’écrire normalement BONET – en latin BONITUS).

St Bonnet près riom - Eveque St BonnetIl serait né en Auvergne vers 625–630 (mais le lieu est inconnu, probablement Clermont). Il était issu d’une grande famille aristocratique d’Auvergne qui exerça des charges importantes en France (comme beaucoup d’évêques à cette époque). Il fit, peut-être à Clermont,de hautes études très soignées en droit, grammaire et belles-lettres, afin de se préparer à une carrière politique. Il fut ainsi remarqué par le roi Sigebert II qui lui confia des hautes fonctions  à la cour. Après la mort de son père, il devint chancelier du roi Sigebert III, puis il fut envoyé à Marseille vers 677 comme gouverneur de la Provence. Il exerça cette fonction avec une grande douceur (alors que l’époque était particulièrement marquée par la violence). Il s’opposa vivement aux ventes d’esclaves et racheta, pour les libérer, ceux qu’il pouvait atteindre. Malgré ses responsabilités, il pratiqua un ascétisme sévère et manifesta une grande piété.  C’est ainsi que le culte de Saint Sidoine Apollinaire (ancien évêque de Clermont)  aurait été développé de bonne heure en Provence, et cela grâce à l’action de Bonnet( il portait en effet une grande admiration pour cet évêque qui défendit avec courage la province d’Auvergne contre les Wisigoths).

Le frère de Bonnet, Avit II, était alors évêque de Clermont. Sentant sa mort proche, il persuada son entourage et le peuple de l’élire à sa place. Ce qui fut fait vers 689 ou 690 avec le consentement du clergé et l’approbation du roi (selon la tradition de l’époque).

Son épiscopat à Clermont s’étendit sur environ dix années, illustré par sa piété et sa charité.

Il donna une impulsion nouvelle à la célèbre école épiscopale (fondée au début du VI° siècle), chargée de former de jeunes clercs. Il se soucia aussi de la formation de son clergé et organisa des missions dans les régions encore mal christianisées, ce qui sembla une nouveauté pour l’époque.

Il favorisa l’expansion monastique alors en cours, soit en encourageant la restauration de monastères ruinés (par exemple l’abbaye de Menat par un jeune moine Ménélée), soit en établissant de nouveaux monastères (peut-être Royat, Chamalières, Beaumont…), soit en favorisant des fondateurs (par exemple Calmin qui fit construire Mozac). Dans ses entreprises, Bonnet sut bénéficier de l’aide amicale du pieux comte Genès qui gouvernait alors l’Auvergne.

Héritier d’un riche patrimoine, il utilisait ses ressources non seulement pour l’embellissement des églises et monastères, mais aussi pour soulager les misères des pauvres.

Habité d’une profonde piété, il se souciait également des célébrations liturgiques (tels ce jeûne solennel et cette célèbre procession qu’il ordonna à Clermont pour faire arrêter la longue sécheresse qui désolait l’Auvergne, et, d’après la tradition, une abondante pluie se manifesta et permit des récoltes bienfaisantes et tant attendues !).

Toutefois, au bout de dix années d’épiscopat, il fut assailli de scrupules, il démissionna de son siège et se retira par pénitence comme simple moine à l’abbaye bénédictine de Manglieu (près de Vic-Le-Comte). En effet, il pensait que sa désignation comme évêque n’avait pas été valide et qu’elle était peu conciliable avec les règles canoniques car il avait été choisi par son frère. Pris de remords, quand il était évêque, il avait demandé des conseils auprès de plusieurs moines, dont le célèbre moine Tillo, de l’abbaye de Solignac, près de Limoges, qui lui avait suggéré de se démettre. Ce qui avait motivé sa décision. (On peut supposer aussi que sa désignation avait peut-être provoqué des rancoeurs parmi les prêtres de haut rang, dont celui qui sera son successeur Nordebert…).

Après s’être exercé quelque temps à la vie monastique à Manglieu, il décida d’entreprendre, malgré son grand âge, un pèlerinage à Rome en passant par Lyon, où il séjourna un temps dans le monastère de l’Isle-Barbe .En réalité, on vint le chercher à Manglieu afin de trancher des différends divers d’ordre disciplinaire ou doctrinaux qui s’étaient produits dans la région lyonnaise et dans le nord de l’Italie.  C’est ainsi, entre autre, qu’il régla un conflit entre l’évêque de Lyon et le duc des Burgondes, et en sage conseiller il réussit à apaiser la révolte entre le roi des Lombard et ses sujets. On devine ici l’expérience de l’homme politique qu’il fut autrefois. Puis parvenu à Rome, il fit ses dévotions auprès des tombes des apôtres Pierre et Paul et il prit le chemin du retour. Au cours de cette période, il revint avec des captifs dont il avait acheté la liberté à Rome, et, selon la légende, il aurait accompli des miracles avec l’huile rapportée du tombeau de Saint Pierre. Finalement il rentra à Lyon où il vécut quatre ans dans un monastère et Il prit soin de rétablir de bonnes relations avec son successeur à Clermont. En 706, donc très âgé, il  serait mort à Lyon d’une attaque de goutte. Son corps réputé miraculeux fut alors déposé dans le monastère Saint-Pierre de cette ville.

L’évêque de Clermont demanda le transfert de ses restes en Auvergne. Ce ne fut pas sans de nombreuses difficultés : Clermont et Lyon se disputèrent les reliques ! Finalement, au bout de six ans de tractation, il envoya à Lyon l’abbé de Manglieu (celui là même qui avait accueilli Bonnet dans son monastère)  afin de régler ce long litige. Et les reliques furent ramenées triomphalement à Clermont. La translation aurait eu lieu vers 712(?) et les restes déposés dans l’église Saint-Maurice, une très vieille église qui fut restaurée pour la circonstance. Elle était située en dessous de la Poterne, prés de l’actuelle rue Sidoine Apollinaire, et cette église devint alors  lieu de pèlerinage, elle prit d’ailleurs le nom de Saint Bonnet ( plus tard, elle portera le nom de Saint Ferréol, mais sera détruite sous la Révolution).
En 1095, les reliques furent transférées dans la cathédrale récemment bâtie et déposées dans une chapelle de l’abside qui portera son nom. Au XIII° siècle, dans la nouvelle cathédrale gothique, la chapelle dédiée à Saint Bonnet fut ornée d’un ensembles de vitraux qui racontent sa vie d’une manière un peu légendée ! Un beau reliquaire d’argent doré fut fabriqué pour renfermer ses reliques. Mais il sera détruit sous la Révolution et ses reliques ont disparu.

La renommée de Bonnet fut importante et de nombreuses reliques du saint furent dispersées en divers lieux (comme c’était souvent la coutume, surtout au cours du Moyen Âge). C’est pourquoi un certain nombre de lieux et d’églises portent son nom en France : particulièrement dans les diocèses de Lyon, Marseille, Autun, et surtout en Auvergne dans le vaste territoire de l’ancien diocèse de Clermont (qui comprenait alors les départements actuels du Puy-de-Dôme, du Cantal, une grande partie de l’Allier, une partie de la Haute-Loire, et quelques portions de la Loire et de la Creuse. Aujourd’hui, dans le département du Puy-de-Dôme ( donc l’actuel diocèse de Clermont), il est le patron de 17 églises.

Afin d’établir sa biographie, les historiens ont pu s’appuyer sur une source sûre : la « Vita Sancti Boniti = La vie de Saint Bonnet » écrite peu de temps après sa mort par un moine de Manglieu. Celui-ci rédigea ce qu’il avait appris auprès de témoins souvent directs (dont l’abbé de Manglieu).Par la suite, furent rédigées des légendes bien plus tardives qui se plurent à embellir sa vie (par exemple, la Vierge en personne lui aurait offert une chasuble !), elles témoignent au moins de la popularité du saint et de la ferveur de son culte (il était invoqué particulièrement pour les maux de jambe).
Il fut le 28° évêque et il clôt (jusqu’à ce jour !) la liste des saints évêques de Clermont. Actuellement sa fête est célébrée dans le diocèse le 16 janvier (jour supposé de sa mort).

Jean Labbaye
 Archiviste diocésain

 

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