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Le Port : une église, une Vierge, une marche, des prières.

Archives diocésaines


Un Lieu de mémoire
La dévotion à Marie est importante en Auvergne et elle est très ancienne. En témoigne le pèlerinage à Notre Dame de Marsat, le plus ancien (au moins dés le VI° siècle selon Grégoire de Tours).

En ce qui concerne Notre Dame du Port, les origines sont de date incertaine et ne peuvent donner lieu qu’à des explications partielles, la part historique et la part légendaire y sont souvent entremêlées. Un fait est certain : assez tôt, probablement sous l’impulsion épiscopale, il existait en ce lieu une grande piété envers la Vierge.

 

A) Le SANCTUAIRE = un écrin marial appelé à un grand renom
Il semble que l’évêque Saint Avit aurait fait édifier à Clermont dans la seconde moitié du VI° siècle (entre 571 et 594) la première église importante dédiée à la Vierge sous le vocable de Sainte Marie Principale (peut-être parce qu’elle fut la première église dédiée à Marie dans l’enceinte de la cité, mais plus vraisemblablement parce qu’elle tenait le premier rang parmi les oratoires de la ville dédiés à la Vierge).

En 761, l’édifice aurait été détruit  lors de l’expédition du roi Pépin contre le duc d’Aquitaine et il fut reconstruit entre 761 et 811. A nouveau, il aurait été incendié par les Normands vers 864, mais les murailles restèrent debout. Il fut alors restauré  par l’évêque Saint Sigon (qui s’y fit d’ailleurs enterrer).

Vers le milieu du X° siècle ( ? date encore discutée), l’église fut desservie par un chapitre de chanoines assez important (ils étaient au nombre de 15).Il aurait été fondé par l’évêque Etienne II, qui, en tant qu’ancien moine, souhaitait favoriser l’essor du culte marial.

Or au XI° siècle, l’Auvergne connaît une vitalité importante sur le plan économique, mais aussi spirituel (une vitalité qui n’est pas étrangère  à la décision du pape Urbain II de fixer à Clermont les assises d’un concile qu’il présida). Cette vitalité se manifeste aussi par l’émergence d’un art roman original qui nous a laissé tant de chefs d’œuvre !

On peut supposer que les chanoines séduits par ce nouvel art et encouragés par l’évêque auraient pu largement contribuer, avec les dons des fidèles, à l’édification de l’église actuelle. Celle-ci a sans doute été construite durant une période assez courte au tournant des XI° et XII° siècles pour l’essentiel de l’édifice, avec quelques ajouts jusqu’ à la fin du XII° siècle. Ce qui explique l’exceptionnelle unité du monument et qui en fait un joyau de l’art roman auvergnat.

Mais au X° siècle, l’évêque Etienne II avait consacré la nouvelle cathédrale qu’il avait fait bâtir  sous le vocable de Notre Dame de l’Assomption (au lieu des martyrs Vital et Agricol qui étaient les patrons de l’ancienne cathédrale). De ce fait, le nouvel édifice va recevoir la nouvelle appellation de Notre Dame du Port (à la place de Sainte Marie Principale). Cette appellation peut provenir de l’expression Portus (entrepôt commercial) ou de la déformation du mot apport (marché) car l’église se situait dans un quartier commerçant devenu important. On pourrait aussi proposer une hypothèse plus spirituelle : « Marie :   Port du Salut éternel », vocable qui aurait pu éventuellement être choisi  par les chanoines….

Plus tard, cette nouvelle et remarquable église fut fortement ébranlée par les tremblements de terre de la fin du XV° siècle.

Au XVIII° siècle, l’attrait du sanctuaire est si important que le chapitre, bénéficiant de nombreux dons des pèlerins, décide de refaire toute la décoration intérieure.
Il convient de préciser  que l’église était aussi une paroisse, qui avait annexé en 1285 l’église Saint-Laurent, elle avait donc un curé et des vicaires, d’où des rivalités assez fréquentes avec le chapitre au sujet des décisions à  prendre tant en matière liturgique que temporelle !!

Sous la Révolution, l’édifice a souffert du vandalisme sur le plan architectural, mais plus encore des pertes de son mobilier. L’église ne fut vendue qu’en 1795 à des acquéreurs successifs qui désiraient la rendre au culte. En 1800, le conseil municipal envisagea sa démolition pour établir un marché, mais les habitants du quartier s’y opposèrent farouchement et obtinrent satisfaction.

En 1802, le culte fut officiellement rétabli, et en 1803 la municipalité accorda une somme de 8000 francs pour réparer l’église. Il faut préciser qu’un comité de surveillance et de défense religieuse, formé pendant la Révolution et composé de fidèles volontaires, avait  veillé à la protection de l’édifice et a donc fortement contribué à le sauver..

Durant le milieu du XIX° siècle, des réfections importantes furent entreprises par l’architecte Mallay afin de restaurer le sanctuaire. Mais à la fin du XX° siècle, il devint nécessaire d’entreprendre une restauration générale de l’extérieur de l’édifice, poursuivie entre 2006 et 2008 par une restauration complète de l’intérieur et de son mobilier artistique.

Ainsi l’église parvint, à travers toutes les vicissitudes de l’histoire, à retrouver aujourd’hui sa grandeur du XII° siècle.

Classée Monument historique en 1840, recevant le grand honneur de figurer au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998, elle est un des monuments les plus emblématiques de l’art sacré en Auvergne. Toutefois ce n’était pas tant pour sa notoriété artistique que pour le rayonnement spirituel du sanctuaire que l’évêque Mgr Belmont a obtenu de Rome en 1880 son érection en basilique mineure affiliée à Saint-Jean-de-Latran. La première église d’Auvergne  à recevoir cet honneur !

 

B) UNE DÉVOTION TOUJOURS MAINTENUE malgré les aléas de l’histoire
Le culte de Marie en ce lieu demeura un des plus populaires dans le diocèse tant en raison des innombrables bienfaits que la Vierge s’est plu de tout temps à répandre sur les pèlerins qui viennent prier dans son église qu’à cause de l’antiquité et la célébrité de ce sanctuaire lui-même.

On a fort peu d’informations sur la période antérieure au X° siècle sinon par les recueils des Vies de Saints écrits postérieurement et qui évoquent une précoce dévotion mariale en ce lieu. (l’appellation de Sainte Marie Principale n’est pas anodine).

L’établissement d’un chapitre de chanoines va favoriser des célébrations avec plus de solennité, surtout lorsque le joyau roman sera achevé au XII° siècle, et cela d’autant plus que l’église fait dans son décor une large place à la Vierge par ses chapiteaux et autres sculptures qui représentent le cycle de la vie mariale, incitant ainsi les fidèles à une prière encore plus fervente.

Par la présence d’un chapitre, elle devient une collégiale, dans la lignée des églises de pèlerinage qui se sont multipliées sous l’influence de l’abbaye de Cluny. C’est une étape sur la route de Saint Jacques de Compostelle (d’ailleurs le nom du quartier Saint Jacques à Clermont en perpétue le souvenir). La crypte ou Souterraine est toujours fréquentée par des fidèles ou des pèlerins. En temps d’épidémies ou de fléaux climatiques, la population venait s’agenouiller aux pieds de la statue miraculeuse qui y était placée. En 1263 est fondée la première confrérie de piété sous l’invocations du Saint Esprit afin de favoriser les dévotions et de se mettre au service des pèlerins, en 1306 une autre sous l’invocation du Christ et de la Vierge. (D’autres confréries se créeront par la suite, surtout au XVII° siècle,  et subsisteront  jusqu’à la Révolution).

Au  début du XIV° siècle, il y eut sans doute un fléchissement de la dévotion puisque l’évêque Aubert Aycelin adressa en 1320 un mandement au clergé de son diocèse afin d’accroître la dévotion des fidèles et accordant des indulgences à tous ceux qui viendraient orner et enrichir le sanctuaire.

De fait, on note qu’à la fin du Moyen Âge la dévotion des fidèles s’accroît., d’autant plus que des miracles attribués à la Vierge sont attestés par la tradition. A cette époque le sanctuaire renferme deux statues, l’une au maître autel, l’autre dans la crypte : la Vierge miraculeuse. Celle-ci romane a été remplacée à l’époque gothique par une Vierge dite  « de tendresse » qui semble être d’inspiration byzantine (en très mauvais état, elle sera copiée et remplacée en 1734, c’est celle qui est vénérée de nos jours).

La statue miraculeuse ne sortait de la Souterraine que dans les grandes calamités publiques, et on la portait alors en procession dans la ville, très souvent à la demande des échevins et de la population auprès du clergé (La question relative à la procession sera particulièrement abordée en 3° partie). Il en fut ainsi peut-être à la fin  du XIV° siècle (1498), en 1503, 1513, plus sûrement en 1573. En 1614, la famine menaça en raison d’un grand froid durant tout le printemps, alors une assemblée comprenant le clergé, les échevins et les habitants se tint à la cathédrale le 12 mai et elle décida  (le siège épiscopal étant alors vacant) d’organiser pour le jeudi 15 mai une messe solennelle en l’église Notre-Dame-du-Port, suivie d’une très grande procession qui aurait réuni 8000 personnes (?) ; cette procession débuta à 9h.et se termina vers 15h. Par cette durée, on peut supposer qu’elle a fait   le tour des remparts au chant des litanies. Le fléau cessa ! On put faire des récoltes, et, l’année suivante, un printemps  très précoce permit des productions abondantes !

Lorsque l’évêque Joachim d’Estaing arriva à Clermont en 1615, il s’informa sérieusement sur les miracles attribués à la Vierge du Port, fit une enquête auprès du clergé et des notables. Le 10 mai 1618, il publia une ordonnance décrétant que le 15 mai de chaque année (cette date était considérée comme jour anniversaire du bienfait obtenu précédemment)  serait Fête d’obligation avec liturgie solennelle (et avec possible procession) pour la paroisse de Notre-Dame-du-Port, et ce jour serait chômé par les habitants du quartier.

Entre 1627 et 1631, la peste désola la ville. Alors en 1631, la municipalité et les habitants décidèrent de fonder une messe à perpétuité à Notre-Dame-du-Port si le fléau cessait. (Une procession se déroula également, mais à l’intérieur de l’église en raison des risques de contagion). Ce qui fut fait, et le désastre s’arrêta !

A la suite d’autres bienfaits attribués à la Vierge du Port, l’évêque Bochard de Saron (qui avait une grande dévotion pour Marie), sollicité en 1694, finit par établir le 6 mai 1697 une ordonnance rendant la solennité du 15 mai obligatoire pour toute la ville et ses faubourgs, avec procession annuelle, et ce jour devenait chômé pour tous les habitants.( il faut préciser ici que les évêques se sont montrés d’abord réticents à autoriser ces manifestations car ils craignaient les risques de superstition).

Donc il convient de bien situer cette évolution dans le contexte du XVII° siècle marqué par l’effervescence spirituelle de la Réforme catholique (issue du Concile de Trente) qui insiste beaucoup sur la beauté liturgique et sur le renouveau des pèlerinages à Marie, mère du Christ,  sous une forme solennelle et très extériorisée (il suffit de penser au 15 août et au vœu de Louis XIII).

Dès 1697 et durant le XVIII° siècle, les célébrations du 15 mai se poursuivirent  ainsi.

Mais il semble que les processions ne se firent pas chaque année (par exemple, entre 1614 et 1740, il n’y eut que 12 grandes processions générales ! A chaque épidémie ou fléau climatique correspondait une procession !. Il n’est pas rare que celles-ci puissent se dérouler dans l’église ou que l’itinéraire soit plus réduit dans les cas de contagion; il en allait autrement en cas de risque de famine.

Pour ce qui est de la dévotion privée, l’affluence des fidèles dans la crypte fut telle que le chapitre se vit dans l’obligation d’entreprendre des travaux afin de faciliter l’accès et la circulation. Par ailleurs, depuis le siècle précédent, des dons de tableaux et de mobilier embellissent murs et autels ; des legs et des fondations fort nombreux vont décider les chanoines à entreprendre à partir de 1764 une nouvelle décoration de tout l’intérieur du sanctuaire. Mais on note qu’au XVIII° siècle, pour les donations, une plus grande frange de la population s’adressait à l’église du Port, alors qu’il s’agissait plutôt de notables au siècle précédent.

Lors de la Révolution, tout culte fut suspendu. En pleine Terreur, en 1793, la statue fut sauvée de justesse par une courageuse clermontoise, puis cachée. Lorsque les jours devinrent meilleurs, elle fut déposée dans l’ex- chapelle des Oratoriens. C’est dans cette chapelle que le culte fut rétabli en attendant la fin des travaux dans le sanctuaire. En 1805, le sanctuaire fut ouvert au culte, la statue retrouva sa place dans la crypte au cours d’une cérémonie solennelle avec procession présidée par Mgr de Dampierre.

Ce n’est qu’en 1805 que fut reprise la solennité du 15 mai ; toutefois si ce jour n’est pas un dimanche, elle est déplacée au dimanche suivant. Les informations sont rares en ce qui concerne le premier tiers du XIX° siècle. Le chapitre avait disparu ; les nécessités de restaurer le culte habituel et d’assurer l’encadrement pastoral des paroisses priment. De plus, l’effectif du clergé est réduit et son ascendant religieux est faible sur une population adulte fort peu catéchisée pendant une vingtaine d’années. Il semble que les Fêtes ont dû demeurer modestes et attirer un nombre limité de fidèles.

Cependant, à partir des années 1840, se développent une piété ultramontaine (avec l’application de la liturgie romaine et la vénération des papes) et un important retour à la dévotion mariale, principalement liée aux diverses apparitions qui se produisent en France (entre 1830 et 1871) et à la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception (1854). Le clergé maintenant plus nombreux va faire revivre les sanctuaires mariaux et va porter ses efforts sur l’organisation et la splendeur des rassemblements collectifs. Tout cela débouche sur une religion plus festive et surtout de plus en plus sentimentale et démonstrative.

Il est  évident que les Fêtes du Port vont profiter de cet élan nouveau et le long épiscopat de Mgr Féron (46 ans) va leur donner une forte impulsion, que ses deux successeurs ont amplifiée dans le dernier quart du XIX° siècle avec un éclat de plus en plus spectaculaire

(ce sera aussi un moyen d’affirmer sa foi face à la montée de l’anticléricalisme). Il est à noter toutefois que les autorités civiles n’y mirent jamais d’obstacle durant tout le siècle.

La dévotion à la Vierge du Port demeura la dévotion favorite de la ville. Outre les Fêtes du 15 mai, chaque paroisse de la cité et même des paroisses plus éloignées, ainsi que des associations et communautés, organisèrent leur propre pèlerinage au Port, en général au cours des mois de mai et juin, et cela se poursuivra au cours du siècle suivant (on en a compté prés de 80). C’est en effet le seul pèlerinage marial urbain de tout le diocèse, mais aussi le plus célébré.

En 1864, la statue fut dérobée, mais la personne se repentit et la restitua en 1873 par l’entremise discrète du vicaire général Guillaume Chardon. Cet évènement provoqua un choc dans la cité. Aussi ce fut à la fois dans la liesse et la solennité que la statue retrouvée fut portée de l’évêché à la crypte. Il est évident que ce fait ne fut pas étranger à la cérémonie du Couronnement de la Vierge en 1875, il n’est pas étranger non plus à l’installation de nombreux ex-voto dans la crypte à partir dee années 1960.

Au XX° siècle, l’interruption de la procession durant 30 années, pas plus que les deux guerres mondiales, n’ont empêché le déroulement des célébrations collectives dans le sanctuaire.

Toutefois, depuis les années 1970, le nombre des fidèles a fléchi à l’occasion des Fêtes du 15 mai dans le contexte d’une sécularisation de la société et d’un certain détachement par rapport aux manifestations religieuses. Mais depuis les années 1990, en plus du 15 mai, des rassemblements plus nombreux sont organisés dans la basilique au cours de l’année, surtout à l’occasion des  fêtes liturgiques mariales.

De plus, si les manifestations collectives se sont affaiblies, il serait malvenu d’affirmer qu’il en est de même pour la dévotion personnelle. La Souterraine continue d’attirer pèlerins, fidèles, passants….et si la prière est moins collective, elle n’en demeure pas moins fervente et discrète. Pour ce qui est du nombre des venues ou des démarches auprès de la Vierge Marie dans sa crypte, Il est difficile de quantifier ce qui ne relève que du secret des âmes…

 

C) LA PROCESSION : un rite symbolique fort, un miroir de la cité

            Sous l’Ancien Régime

Au cours du Moyen Age, il y eut sans doute des processions en tant que lieu de pèlerinage, mais il n’existe pas de traces concernant leur organisation pas plus que l’itinéraire suivi.

Avant 1618, la procession est envisagée comme recherche d’une protection, la conjuration d’un fléau.   Depuis 1474 (première date connue), face à un danger imminent, la démarche suit un protocole strict. L’évêque publie un mandement fixant la date et l’organisation. Le jour indiqué, les échevins, le chapitre cathédral, le clergé et les fidèles se rassemblent à la cathédrale. Le chapitre du Port vient les chercher en ce lieu et tout le monde se dirige vers Notre-Dame-du-Port. Là une célébration se déroule devant la statue qui est encensée, puis elle est portée en procession selon un itinéraire établi, au cours duquel il y a plusieurs stations destinées à des prières et bénédictions ; enfin la Vierge regagne son sanctuaire. Après avoir été déposée dans le choeur, le chapitre du Port reconduit clergé et échevins à la cathédrale. En 1614, on peut parler d’une « procession panique »face à l’imminence de la famine.

A partir du XVII° siècle, la procession se présente encore comme la quête d’un bienfait, mais elle est vue aussi comme l’appropriation symbolique de l’espace urbain par Marie.

Si en 1618 l’évêque choisit le 15 mai comme solennité, il précise bien que la célébration et la procession se feront chaque année sur la paroisse du sanctuaire du Port.

Mais en 1631, face aux terribles ravages de la peste, l’émoi est grand. Toute la ville se voue alors à la Vierge, une grand’messe est célébrée et suivie d’une procession à l’intérieur du sanctuaire en raison de l’épidémie, et la peste cessa !         Un besoin de protection se fit donc pressant au cours des les années suivantes. Finalement en 1697 l’évêque ordonna que chaque année la Fête du 15 mai regrouperait toutes les paroisses de la ville et des faubourgs et qu’une procession générale se déroulerait sur l’ensemble du territoire urbain. Désormais l’itinéraire suivra rigoureusement l’enceinte de Clermont en longeant les murailles (puis leur emplacement lorsqu’elles seront démolies au XVIII° siècle), avec la participation de l’évêque, du clergé, des communautés religieuses de tous ordres et les habitants, y compris les élèves de toutes les écoles. Puis la Fête devra se poursuivre par une octave de prières.

Par le fait même, Marie est donc reconnue officiellement comme la protectrice de toute la cité, et le sanctuaire de Notre-Dame-du-Port est confirmé comme le plus grand centre de dévotion mariale. Même si par la suite elle se déroula de façon irrégulière, la procession conserva une grande solennité et devint une véritable institution jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Sous la Révolution, la procession est interdite et la tradition ne reprendra qu’en 1805, d’abord timidement car les relations entre l’évêque et l’Administration des Cultes étaient parfois tendues ; toutefois à partir de 1809, la situations s’étant apaisée, elle va revêtir plus d’éclat. Vraisemblablement, avec l’esprit conciliant et plus clérical de la Restauration, et surtout à la suite de la Mission de Clermont en 1818, il sera plus aisé de mieux organiser cette procession et de favoriser son essor qui portera des fruits plus tard après 1830.

A partir de la seconde moitié du XIX° siècle jusque vers le milieu des années 1960 : un grand éclat ; une occasion pour l’Église de manifester sa présence dans la cité et de laisser une empreinte durable dans les esprits.

Malgré les aléas politiques qui ont pu la perturber, ce modèle de manifestation durera plus d’un siècle !

Plusieurs éléments viennent rehausser ce caractère de solennité : présence de plusieurs évêques, cantiques nouveaux composés selon un ton plus ou moins pompeux, affiches et articles de presse se multipliant au fil des années, rues pavoisées et illuminations en soirée, utilisation du chemin de fer qui pour l’occasion offre des tarifs réduits, et surtout un programme des cérémonies très ritualisé et ordonné en fonction de la procession qui est le moment le plus spectaculaire, qui attire citadins et habitants de la région.


En général, le samedi : Ouverture solennelle à la cathédrale avec sermon d’un évêque,

le dimanche : A Notre-Dame-du-Port, succession de messes basses (dés 4h au cours des les années 1870), puis grand’messe pontificale.
– A 10h ou l’après midi : procession solennelle dans la ville.
– Ensuite, vêpres dans le sanctuaire, puis veillée mariale en soirée.
– Une neuvaine précède ces célébrations ou bien une octave les prolonge (selon les périodes).


La procession est strictement encadrée par le clergé selon un ordre hiérarchique préétabli :

d’abord les mouvements de jeunes (garçons puis filles), les associations de laïcs (les hommes, puis les femmes), les religieuses, les petits séminaristes, les grands séminaristes,  les prêtres en habit de chœur, la suite des évêques en mitre et escortés par les chanoines du chapitre cathédral, enfin le sommet : la statue sous un dais orné suivie de l’évêque président, vêtu en grand apparat liturgique et qui bénit la foule en passant.

Cette très longue succession de pèlerins défile sur deux rangs dans les rues, entre deux haies de spectateurs (fidèles ou curieux).

(Il faut noter qu’à partir de 1950 en espace sera réservé dans l’itinéraire afin d’accueillir les malades, vieillards et handicapés désirant voir et s’unir aux prières).

Ce programme minutieusement organisé ne variera pratiquement pas, sauf lors de circonstances exceptionnelles qu’il importe de présenter brièvement =

20 juin 1875 : grande Fête du Couronnement
A partir du 17, triduum préparatoire avec prédications  le matin au Port, le soir à la cathédrale.

Grande journée du 20 juin présidée par l’archevêque de Bourges entouré de 5 évêques.

Le matin :

à 9h. cérémonie de présentation et de bénédiction des couronnes au Port, le cortège descend place Delille avec la statue acclamée par la foule, la messe pontificale se déroule sur un autel installé, en présence de toutes les autorités civiles et militaires.

A la fin, il est fait lecture  du bref papal, suivi d’un sermon, puis du Couronnement de la Vierge et de l’Enfant au son des cloches de toutes les églises, des salves d’artillerie, et des roulements de tambour.

Enfin, chant du Te Deum.

L’après midi, grande Procession : La Vierge couronnée fait visite à la ville et à son peuple. La cité est décorée de plusieurs arcs de triomphe, les rues, les balcons et fenêtres sont abondamment pavoisés. Commencé place Delille, le parcours se termine sur cette même place

avec un sermon épiscopal et un poème écrit et récité par l’abbé Chardon (qui avait récupéré la statue dérobée).

A la nuit tombante, embrasement des monuments religieux et civils, y compris sur les coteaux environnants.

« La foule évaluée à 100.000 personnes » dit le chroniqueur ; 20 000 personnes seraient venues par le chemin de fer !

21 mai 1881 : Notre-Dame-du-Port devient basilique
L’extérieur de l’édifice est couvert d’étendards, l’intérieur est orné d’oriflammes et de fleurs, les piliers de draps d’argent.

La procession s’est déroulée après la grand’messe et était présidée par Mgr Macheboeuf, archevêque du Colorado (et originaire du diocèse de Clermont). Il y eut «  un cortège immense » dit le chroniqueur.

Ensuite, la foule a envahi la nouvelle basilique tout l’après midi, et la journée s’est terminée par des grandes illuminations comme en 1875.

19 mai 1895 : Notre Dame et le huitième Centenaire du Concile de Clermont
Les solennités se sont poursuivies sur cinq jours, mais le sommet a été la procession exceptionnelle en présence de 2 cardinaux, 38 évêques et 5 abbés de monastère.

Il a fallu allonger le parcours dans la ville à cause du nombre important de participants.

Vu le sens donné à la Fête, des ajouts ont été apportés : au milieu de la procession, il y eut le Croix de Jérusalem portée par des hommes (elle sera par la suite plantée sur le calvaire dans la cour de la basilique) ; elle était précédée et suivie par des groupes de jeunes déguisés en croisés ; on notait la présence du délégué du Grand Maître de l’Ordre de Malte. Pour la circonstance, de nombreux cantiques et hymnes ont été écrits sur des airs triomphants, évoquant particulièrement Urbain II, Pierre L’Ermite et… les croisades !

Ces cérémonies du dimanche se sont encore déroulées en présence de toutes les autorités du département, dont le préfet et le maire.

26 juin 1898 : Notre Dame et le pape Urbain II
Après la messe pontificale, la procession se déroule le matin en présence de 9 évêques.

Toutefois le cours de la procession est fortement perturbé du fait d’un violent orage, il a donc fallu écourter en descendant directement la rue du Port afin de parvenir rapidement à la basilique….

L’après midi est consacré cette année par des vêpres solennelles à la cathédrale, suivies de l’inauguration du Monument au pape Urbain  II (ce monument a été édifié grâce à une souscription commencée 3 ans plus tôt, et ses décorations ne sont pas encore achevées). Au terme de son sermon, l’archevêque de Bourges procède à la bénédiction solennelle.

Le soir, à la basilique, a lieu le Salut du Saint Sacrement accompagné de la «  Prière d’Urbain II à Notre Dame du Port », récit poétique accompagné de chants et orchestre ( il a été composé par une artiste locale).

Durant toutes ces cérémonies, dont la procession, on reprit les cantiques triomphants chantés déjà en 1895, et le thème récurent de cette journée fut que la Vierge du Port est honorée comme «  patronne des croisades et reine de l’Auvergne » ! Par contre, les autorités civiles étaient absentes, sauf les représentants de l’Armée…..


Il convient ici de bien replacer ces Fêtes de 1895 et 1898 dans le contexte de l’époque :  d’une part on s’est efforcé de les ancrer dans un lointain passé, ici en l’occurrence  les croisades et le pape Urbain II, d’autre part, en 1898 particulièrement,  on a interpolé le mot croisade car, en cette époque de forte tension entre l’Eglise et l’Etat, il s’agissait aussi de faire « croisade » contre la législation anticléricale de la III° République.


1903 – 1933 : la procession interdite
Depuis une vingtaine d’années, les relations entre l’Eglise catholique et la République se sont progressivement détériorées. En 1903, nous sommes à la veille de la Séparation.

C’est ainsi que le maire de Clermont, sur injonction du préfet, informe l’évêque le 15 mai 1903 de l’interdiction par arrêté municipal de la procession du Port prévue pour le dimanche 17. Cette interdiction est motivée par le fait que des comités anticléricaux ont décidé de défiler publiquement ce même dimanche. Craignant les désordres qui pouvaient s’ensuivre, le maire en tant que responsable de l’ordre public sur sa commune, interdit ce jour toute manifestation publique.

Le programme des Fêtes était déjà établi et publié, il fallut donc à grand regret le modifier. Le dimanche 17 mai, la procession prévue l’après midi en présence de 5 évêques fut remplacée  par des vêpres solennelles à la cathédrale.

Toutefois la décision des autorités sanctionnant la procession a contribué à accroître le nombre des pèlerins qui se rendront à la basilique dans le courant de l’année.

L’arrêté du maire fut renouvelé chaque année jusqu’en 1907 où un nouvel arrêté  interdit définitivement les processions extérieures à Clermont.

Toutefois, durant trente ans, les Fêtes du Port se sont déroulées selon le modèle établi en 1903, sans aucune manifestation extérieure, mais le caractère de solennité et de ferveur fut maintenu malgré tout. C’est à cette époque aussi, que Mgr Belmont fit composer une liturgie propre à cette Fête.

28 mai 1933 : La reprise de la procession. Marie retrouve sa ville !
Au début des années 1930, les relations avec l’Etat s’étant apaisées, une importante pétition fut organisée par des habitants de toutes classes sociales et elle fut  adressée au maire. De plus, Mgr Marnas, conseillé par des juristes, incita le curé Louis Coiffier à adresser un recours au Conseil d’Etat et celui-ci annula l’arrêté municipal en janvier 1933. L’évêque venant de décéder, il revint à l’administrateur diocésain Guillaume Sembel d’organiser les Fêtes du Port et cela se fit avec entrain !

Le parcours de la procession fut légèrement écourté, se déroulant en grande partie sur le « plateau central » et se terminant place d’Espagne.

Aussi le dimanche 28 mai après midi, une imposante procession se déroula sous la présidence de l’archevêque de Paris entouré de 4 évêques, la statue était portée par des prêtres. Malgré de sérieuses manifestations hostiles, on aurait compté «  une foule de 100.000 fidèles ou spectateurs » (sic). Ce ne fut pas seulement la fête catholique de la ville, mais l’hommage du diocèse à la Vierge du Port.

A partir de cette date, si l’on excepte l’année 1944 (Occupation allemande) et les dimanches jours d’élections, la procession s’est déroulée fidèlement jusqu’à nos jours. Mentionnons simplement qu’en 1946 elle fut présidée par Mgr Roncalli, nonce apostolique (le futur pape Jean XXIII).

15 mai 1949 : Année Mariale. La Vierge du Port au milieu de ses sœurs
Pie XII avait décrété que cette année serait consacrée à la Vierge, et Mgr Piguet voulut organiser une manifestation exceptionnelle en rassemblant à Clermont 48 statues provenant des diverses paroisses du diocèse.

Les 4 Vierges couronnées (Orcival, Vassivière, Marsat, L’Hermitage) vont bénéficier de l’honneur de la Route mariale : elles feront halte dans différentes paroisses sur le chemin de Clermont (la Route la plus importante sera celle de la très populaire Vierge d’Orcival, appelée la « Route triomphale »). Elles sont réunies le 14 mai à midi dans la cathédrale, puis  sont portées en cortège à la basilique où elles rejoignent leur sœur du Port. Après une veillée de prière, est célébrée la messe de minuit.

Le matin du 15, à midi, les 44 autres Vierges du diocèse sont amenées sur le parvis de la cathédrale en véhicules décorés ! puis  elles sont portées en cortège jusqu’à la place Delille, et déposées à l’emplacement qui leur est destiné.

La procession de l’après midi est le sommet de le Fête en présence de 8 évêques. Les 5 Vierges couronnées rejoignent les autres sur la place Delille et le grand cortège se met en marche. Chaque statue est portée au milieu du défilé, précédée du nom de sa paroisse. Des mineurs en tenue de travail portent celle de Montaigut et celle de Messeix, les « brayauds » celle du Marthuret, les Polonais des Ancizes  présentent l’effigie de leur Vierge nationale, les porteurs de le Vierge d’Orcival sont pieds nus selon la tradition. Commencée à 15h, la procession ne se termine que vers 17h30.

21 mai 1950 : Année Sainte. La Vierge en compagnie des Saints
C’est une année jubilaire. On veut faire encore solennel ! Aussi la procession traditionnelle accueille les reliques de Saint Austremoine et des Saints Evêques de Clermont

(Alyre, Rustique, Sidoine Apollinaire, Genès ,Priest, Bonnet) qui sont portés par des laïcs et des séminaristes, en présence de 7 évêques.

20 mai 1973 : Centenaire du recouvrement de la Statue et quarantième anniversaire de  la reprise de la procession  et 25 mai 1975 : Centenaire du Couronnement de la Statue
présidées par le cardinal Danielou et 4 évêques ou par l’archevêque de Lyon entouré de 7 évêques, ces Fêtes anniversaires sont les dernières à revêtir un caractère exceptionnel selon le modèle du XIX° siècle. Mais l’attrait a fléchi et la foule des pèlerins est bien moins nombreuse. Le nouvel évêque Mgr Dardel sera amené à prendre des décisions nouvelles afin de revivifier le pèlerinage.

 

Depuis 1976 : une réorientation vers plus de simplicité, une insistance sur le témoignage de foi
Depuis la fin des années 1960, on constatait une désaffection progressive de la participation aux diverses célébrations, et en particulier lors de la procession, jadis si attractive.  Ce fait est nettement visible lors les deux grandes cérémonies anniversaires de 1973 et 1975. Rappelant des événements exceptionnels, elles auraient dû rassembler un plus grand nombre de fidèles.

De plus la lourdeur de l’organisation ne donne plus les résultats attendus alors que le clergé est de moins en moins nombreux.

L’ancrage dans le passé, qui avait mobilisé les foules ne fonctionne plus avec l’arrivée de nouvelles générations. En fait, les mentalités ont changé : la pratique religieuse a baissé, les départs en week end  sont plus fréquents dans une ville qui s’est de plus en plus urbanisée, les manifestations religieuses collectives sont moins populaires en ville (à la différence d’Orcival), même si l’immigration portugaise a été longtemps un apport précieux.

On ne peut négliger aussi la contestation d’une partie du clergé et de laïcs chrétiens dénonçant une mise en scène triomphaliste, certains n’hésitant pas à parler de folklore plutôt qu’une vraie manifestation de foi ! Cette remise en cause est nette au lendemain de mai 1968.

Bref un changement s’avérait inéluctable, les responsables diocésains ont pris conscience d’une nécessité de trouver un compromis entre tradition et modernité, d’où le choix des passer des « Fêtes » à l’organisation de la « Semaine de prières ».

Le programme est entièrement repensé : les célébrations vont s’étendre, autour du 15 mai, en général du mardi au dimanche, et chaque jour est basé sur un thème concernant une catégorie de fidèles (malades, jeunes,troisième âge,handicapés….). Le samedi ne comporte plus d’ouverture solennelle à la cathédrale, par contre le dimanche reste conforme à la tradition, avec bien sûr le maintien de la  procession l’après midi, mais son itinéraire a été très écourté, il prévoit le passage dans la cathédrale où sont réunis malades et personnes âgées, et il se termine dans la cour de la basilique par une homélie et une bénédiction.

Désormais un seul évêque est invité pour présider les célébrations et les laïcs plus nombreux participent à l’organisation et à l’animation.

Il convient enfin de signaler un jumelage bienvenu avec la célébration de Notre Dame de Fatima par les nombreux portugais habitant notre région, d’autant plus que ceux-ci ont adopté la basilique du Port comme leur lieu de fête.


Certes les pèlerins sont bien moins nombreux que jadis, mais leur nombre va rester stable d’une année sur l’autre. Il n’y a plus de spectateurs dans les rues, mais l’ensemble des fidèles processionnent et sont invités à participer par les prières et par les chants.

Donc présentement le spectaculaire s’est très fortement atténué : tant prisé autrefois, on ne doit pas le juger uniquement sur le mode superficiel, il était le reflet de la sensibilité d’une époque. Il a été remplacé par une ferveur plus grande et un témoignage collectif qui se veut plus modeste, et qui n’en est pas moins sincère.

« Que de grâces données à ceux qui la vénèrent,

                                     Que de protections pour tous ceux qui l’implorent

                                    Accorde cette sainte Mère »

[Extraits de l’Hymne – Messe du 15 mai]

Jean Labbaye
Archiviste diocésain

 

ANNEXES

Dates certaines des processions : 1498, 1573, 1614, 1631, 1640, 1692, 1694, 1695, 1696, 1697, 1699, 1712, 1721, 1740……dates inconnues pour la suite du XVIII° siècle

En 1631 : procession à l’intérieur de l’église (forts risques de contagion)

En 1692, 1695, 1696 : itinéraire de la procession plus restreint (risques de contagion)

(On ne note pas d’épidémie au XVIII° siècle)
Procession sous l'ancien régime


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