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La foi de Marie… les doutes de Marie… ?

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Comme catholiques, nous sommes habitués à entendre parler de « la foi de Marie ». Chaque année, la liturgie nous fait méditer sur son « oui », qui aura permis que le Verbe se fasse chair. La première béatitude citée dans l’Évangile est celle de la foi, et elle se réfère à Marie : « Heureuse, celle qui a cru », s’exclame sa cousine Élisabeth (Lc 1, 45). Nous déclarons volontiers et à raison Marie comme étant le « modèle » pour les croyants, un modèle de foi à suivre. Nous pouvons par ailleurs nous sentir également rassurés devant cette figure maternelle si singulière, qui a « trouvé grâce aux yeux de Dieu » et qui pourtant semble ne pas toujours comprendre son fils : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? » demande celle qui, plus tard, cherchera Jésus « pour lui parler » comme si elle voulait le ramener à la raison. Mais l’embarras peut tout de même surgir lorsque nous voyons que Marie se fait rabrouer rudement par Jésus, ou qu’elle disparaît de la circulation sans que l’on ne s’inquiète de sa place dans la primitive Église… En réalité, nous ne savons rien de la « vraie » Marie. Saint Paul l’ignore d’ailleurs superbement. Et si nous faisions un pas de côté pour nous demander : lorsque le Nouveau Testament parle de Marie, parle-t-il seulement et même vraiment de Marie ?

Invitée à accueillir la promesse de Dieu

L’article précédent se concluait par une invitation à percevoir, à la suite de Luc, qu’en accueillant sa vocation de mère du Sauveur, Marie représente par là le véritable Israël qui répond avec fidélité à Dieu et permet l’établissement d’un nouveau commencement, d’une nouvelle alliance. Elle symbolise l’Église de Jérusalem qui a su accueillir la Bonne Nouvelle et qui s’efface ou s’ouvre pour œuvrer avec d’autres à ce que l’Évangile soit annoncé à toutes les Nations. Continuons avec St Luc et ce récit à première vue étonnant : la fameuse disparition de Jésus à Jérusalem (Lc 2, 41-52), lors du grand pèlerinage annuel qu’il effectuait avec sa famille. Ses parents finissent par le retrouver au Temple discutant avec les docteurs de la Loi. « Sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait… » Effronterie de pré-adolescent ? Préciser que Jésus avait alors 12 ans est simplement une manière de dire qu’il avait acquis la majorité religieuse. Plus importante est la toute première parole sortant de sa bouche : elle est pour dire quelque chose de son identité et se rapporter à Dieu, à « son Père ». Elle fait directement écho à sa toute dernière parole : « Père, en tes mains je remets mon esprit ». Et Marie ? « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. » Incompréhension d’une maman dépassée par les événements ? Ne psychologisons pas la lecture des témoignages théologiques de foi que sont les évangiles. Marie comme tous les disciples doit attendre la fin de l’itinéraire de Jésus, sa mort et sa résurrection, pour entrer pleinement dans l’accueil et la compréhension de la promesse de Dieu. Chez Luc, elle n’est présente ni au pied de la Croix, ni lors de l’Ascension du Christ ; mais elle sera là au Cénacle, à Jérusalem, pour recevoir l’Esprit de Pentecôte : elle est présente à une autre naissance, celle de l’Église… puis elle disparaît ! C’est dans l’Église en tant qu’universelle que le Christ prend corps désormais.

Invitée à devenir disciple du Christ

Les familiers de la Bible connaissent aussi très bien le fait que, dans l’évangile selon Jean, Marie est présente lors du « premier signe » de Jésus, à Cana (Jn 2, 1-12), ainsi qu’au pied de la Croix (Jn 19, 25-27), épisodes d’ailleurs inconnus des synoptiques. Dans ces deux épisodes qui se lisent l’un en rapport avec l’autre (mais c’est un autre sujet !), Jésus appelle Marie : « Femme ». Redisons-le : laissons de côté les lectures affectives ou psychologisantes, là n’est pas le propos des évangiles. Au pied de la Croix se tiennent « la mère de Jésus » et le disciple qu’il aimait. Aucun nom ne leur est donné, ils ne sont désignés que par leur référence à Jésus : disciple, mère. Ils ont en fait une valeur « collective ». Cette lecture contredirait-elle toute la Tradition et la piété mariale si vivante dans nos paroisses ? Pas du tout ! Elle nous oblige simplement à ne jamais séparer Marie de l’Église, donc du Christ. S’agissant de Marie, ce n’est pas la relation familiale mère-fils qui importe ici, mais sa fonction dans le projet de Dieu : Marie permet à la communauté nouvelle, symbolisée par le « disciple bien-aimé », de prendre naissance. Quant à celui-ci, il se substitue aux frères de Jésus qui « ne croyaient pas en lui » (Jn 7, 5) et représente tous les disciples qui sont aimés de Jésus et du Père : « Femme, voici ton fils. » C’est donc chacun de nous en tant que disciples du Seigneur qui se voit confié à Marie.

Mais si Marie à l’Annonciation et au pied de la Croix est ainsi reçue dans la Tradition de l’Église comme mère et modèle de tous les disciples, d’autres textes bibliques nous disent qu’elle doit, elle aussi, devenir disciple de son fils. À cet égard, il est intéressant de noter que dans les synoptiques, nous trouvons une seule mention de Marie qui soit commune aux trois textes : « Comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » » (Mt 12, 46-50 //) Voilà qui à première vue n’est pas très gratifiant pour Marie. Mais vous ne l’oublierez plus maintenant : les lectures psychologisantes des textes nous entraînent sur de fausses pistes. Le propos est clair : la mère et les frères de Jésus sont appelés eux aussi à reconnaître en Jésus le Messie attendu et à se mettre à son écoute ; mais à travers eux, l’Église de Jérusalem qu’ils symbolisent probablement, est appelée également à renoncer à vouloir faire de la première Église une « affaire de famille » qui restreint l’accès à la table eucharistique aux seuls judaïsants[1]. Plus encore, cet épisode un peu rude est en réalité l’annonce d’une véritable libération de tous les liens discriminants du sang, du clan, de la patrie, etc. Les membres de la « famille » chrétienne se reçoivent de l’Esprit du Père et du Fils, dans leur foi… avec leurs doutes… et avec Marie !

Laurence Attenelle

Responsable du Service diocésain de la Formation permanente

 

[1] Souvenons-nous que les évangiles sont écrits bien après Pâques, pour des communautés vivant de l’eucharistie… Ajoutons aussi pour comprendre ce passage que la famille de Jésus aurait eu un grand poids dans la première Église de Jérusalem (cf. par exemple les griefs de Paul à son endroit, que l’on perçoit dans l’épître aux Galates).


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