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La Croix glorieuse, 14 septembre

Temps forts


Abside de saint Clément à Rome
Abside de saint Clément de Rome – Au cœur de la ville sainte s’élève l’arbre de la vie, son feuillage guérira les nations, alléluia ! (antienne du Ps 147- veille au soir)

Le 14 septembre, la fête de la Croix glorieuse nous fait célébrer le cœur de notre foi : le mystère pascal du Christ, mort et ressuscité pour nous. En présentant la Croix, instrument de mort, comme ‘glorieuse’, elle nous fait tenir ensemble deux dimensions qui nous semblent opposées : ne nous semblerait-il pas plus logique de parler de passion douloureuse et de glorieuse résurrection ? Nous entendons assez bien l’idée qu’après la mort vient la vie –comme on dirait ‘après la pluie, le beau temps’, mais la Croix glorieuse nous oblige à tenir ensemble les deux faces du mystère : c’est de la mort que vient la vie. Ceci non de manière automatique ou naturelle, mais par l’intervention de Dieu, ainsi que Pierre l’annonce à la Pentecôte : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins » (Ac 2, 32)

Les lectures du jour nous relatent l’épisode du serpent de bronze dans le livre des Nombres (Nb 21, 4b-9)), où regarder en face ce qui provoque le mal –le serpent à la morsure meurtrière- permet de rester en vie, et dans l’évangile selon saint Jean nous entendons Jésus le commenter : « De même que le serpent de bronze fut élevé dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle » (Jn 3, 3-17). L’antienne de communion du jour y fait écho : ’Quand j’aurai été élevé de terre, dit le Seigneur, j’attirerai à moi tous les hommes’. (Jn 12, 32). Des lettres de saint Paul font le lien entre les deux textes : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché (litt. Dieu l’a fait péché pour nous) » (2 Co 5, 21a) et « L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm 5, 6). Ainsi, lever les yeux sur la croix du Christ, c’est y reconnaître notre propre mal –le péché qui nous entrave si bien, comme le dit la lettre aux Hébreux (12, 1) –déjà vaincu. C’est en cela que la Préface du jour peut adresser cette action de grâce à Dieu le Père :

(…) Tu as attaché au bois de la croix le salut du genre humain,
pour que la vie surgisse à nouveau d’un arbre qui donnait la mort,
et que l’ennemi, victorieux par le bois, fût lui-même vaincu par le bois

par le Christ, notre Seigneur.

L’ennemi victorieux par le bois renvoie au serpent du 3ème chapitre de la Genèse, quant à l’arbre qui donnait la mort,  c’est à la fois « l’arbre de la connaissance du bien et du mal (…) le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Gn 2, 17) et la croix qui fut l’instrument de la mort de Jésus. Jésus a donné sa vie pour nous sauver du péché et de la mort –c’est ce que suggère la prière sur les offrandes : (…) sur l’autel de la croix, le Christ a enlevé le péché du monde entier. C’est là la victoire de la croix : celle de la vie sur la mort, vie éternelle dont nous vivons déjà par le don de l’Esprit Saint, et que nous espérons vivre en plénitude : Conduis à la gloire de la résurrection ceux que tu as fait revivre par le bois de ta croix, exprime la prière après la communion. Celle-ci est exceptionnellement adressée au Seigneur Jésus Christ et non à Dieu le Père, renforçant ainsi le lien entre l’abaissement suprême du Christ Jésus et son exaltation –c’est l’ancien nom de la fête : ‘L’exaltation de la Croix’, ainsi que nous l’annonce la lecture en option de la 2ème lettre aux Philippiens, chantée également la veille au soir pour les Vêpres, la même que nous entendons le dimanche des Rameaux et de la Passion à l’ouverture de la semaine sainte :

« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ’Jésus Christ est Seigneur’ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 6-11).

Fêtée depuis le IVème siècle à Jérusalem, au lendemain de la Dédicace de l’église de la Résurrection édifiée sur le tombeau du Christ, la fête de la Croix glorieuse est ainsi une célébration pascale au cœur du temps ordinaire : comme toutes nos liturgies, mais de manière plus explicite peut-être, elle annonce le mystère de la foi : nous rappelons ta mort Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire !

Au lendemain de la fête de la Croix glorieuse, l’Église célèbre le 15 septembre la mémoire de Notre-Dame des douleurs : mère qui a communié aux souffrances de son fils –comme toute mère dont un enfant souffre et qui éprouve son impuissance, elle est aussi figure de l’Église appelée à se tenir elle aussi debout au pied de la croix. Tu as voulu, Seigneur, que la Mère de ton Fils, debout près de la croix, fût associée à ses souffrances ; accorde à ton Église de s’unir, elle aussi, à la passion du Christ, afin d’avoir part à sa résurrection (Prière d’ouverture).

Elisabeth Raveneau, service de Liturgie


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