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Le Denier

Jeûne, prière, partage

Notre archevêque


             Notre société libérale fait peu de cas des préceptes alimentaires imposés par les religions. Elle multiplie cependant les recommandations diététiques et les programmes de santé avec des mots d’ordre du genre : « Mangez cinq fruits et légumes par jour », qui, sans rien imposer, réintroduisent subtilement une sorte de contrôle social sur la manière de se nourrir. Lorsque la norme est de consommer, toute restriction paraît insupportable, à moins qu’elle n’obéisse à quelque mode ou slogan. Certains préconisent une journée hebdomadaire sans viande ni poisson : le lundi – plutôt que le vendredi, qui évoque aussitôt l’abstinence des catholiques, ou le dimanche, encore assez pratique pour des bombances sécularisées.

            En fait, la religion catholique impose très peu de contraintes en matière d’alimentation. Rappelons brièvement celles-ci, pour le temps du carême : jeûne le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint (conseillé le Samedi Saint), abstinence chaque vendredi. C’est quand même assez léger, sans compter que sont prévues des exceptions en raison de l’âge ou du calendrier liturgique. D’après le témoignage des Evangiles, Jésus se montre plutôt souple sur les questions de nourriture : il participe volontiers aux repas festifs lorsqu’on l’invite, il nourrit les foules quand elles sont affamées, et lorsqu’il envoie ses disciples en mission, il leur dit : « mangez et buvez ce que l’on vous offrira » (Luc 10,7-8) car l’Evangile s’adresse à tous, y compris aux païens, non soumis à la loi de Moïse. Un jour de sabbat, alors que ses disciples ont faim et froissent des épis de blé pour s’en nourrir, Jésus n’hésite pas à prendre leur défense contre les pharisiens scandalisés (Luc 6,3-4) : le Fils de l’Homme n’est-il pas le maître du sabbat ?

            Dans son Message pour le Carême 2019, le pape François nous rappelle le sens profond du jeûne pour les chrétiens. Il s’agit de changer d’attitude à l’égard des autres, comme de toutes les créatures, en passant « de la tentation de tout dévorer pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur ». Le jeûne n’est jamais pratiqué pour lui-même, comme un pur exercice de privation. Ou plutôt, la privation momentanée d’un bien vital nous ouvre à autre chose, à quelqu’un d’autre, à Dieu lui-même, dont la Parole (et pas seulement le pain matériel), est nourriture indispensable à notre vie.

Le temps du Carême reste bien le temps du jeûne et de l’abstinence, mais dégagés du volontarisme et de la vanité : « quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites » (Mt 6,16). Le jeûne est toujours articulé à la prière et au partage, dans un temps de pénitence qui, pour les disciples de Jésus-Christ, n’est pas regret stérile des occasions manquées de notre vie passée, mais chemin de conversion devant un avenir totalement nouveau. Les manières de s’engager ne manquent pas : respect de la création et sauvegarde de la maison commune, maîtrise de la consommation pour une vie plus heureuse, vigilance et lutte contre toutes les formes d’abus dans l’Eglise. Le pape François nous le rappelle, citant saint Paul : de même que toute la création, nous attendons avec impatience la révélation des Fils de Dieu (cf. Rm 8,19). Espérance accomplie lorsque l’époux sera là, et que les invités de la noce prendront part au banquet, selon sa promesse.

 

                                                                                              + François Kalist

                                                                                              Archevêque de Clermont


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