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Le Denier

Homélie pour la Messe Chrismale 2019

Notre archevêque


            Au cours de la messe chrismale est célébrée la bénédiction des huiles qui servent à la liturgie des sacrements. Étrange rituel que celui de l’onction, même s’il a perdu un peu de son effet spectaculaire ! Au temps du prophète Samuel, c’est une pleine corne d’huile qui fut versée sur le jeune David, en signe de sa consécration comme roi d’Israël.

            L’huile : c’est une matière naturelle, utilisée pour de multiples usages. Une matière qui nous tient, qui nous pénètre, lorsqu’elle nous a touchés. Comme l’eau et le feu, le pain et le vin, elle manifeste que la liturgie chrétienne est incarnée, et que la création prend part à l’œuvre du salut de Dieu.

            Au temps de Jésus, l’huile est utilisée, entre autres choses, pour soigner les blessures. Ainsi le bon samaritain de la parabole verse-t-il de l’huile sur les plaies de l’homme agressé en descendant à Jéricho, avant de le porter à l’auberge. L’huile est source de lumière : ainsi les jeunes filles avisées, qui ont pris de l’huile en réserve, pourront-elles aller, au milieu de la nuit, à la rencontre de l’époux lorsque celui-ci paraîtra. L’huile est signe de richesse : rappelons-nous ces dizaines de jarres d’huile dont l’intendant malhonnête fait remise aux débiteurs de son maître afin d’acheter leur secours. L’évangéliste Marc rapporte que, dès leur envoi en mission, les Douze apôtres chassaient les démons, faisaient des onctions d’huile à beaucoup de malades et les guérissaient.

            L’huile est signe et moyen de bien-être et de vitalité, de soin et de guérison.

            Les huiles que nous allons bénir au cours de cette messe chrismale, serviront durant l’année qui vient pour fortifier les catéchumènes, pour rendre confiance et vigueur aux malades. Le saint chrême servira pour oindre les baptisés et les confirmés, de même que les prêtres – lorsqu’il en est donné à notre Église.

            Les sacrements sont des dons de grâce. Ils servent à notre guérison.

            Notre humanité a besoin de soins : tous ceux qui souffrent de la faim ou de la guerre, de la servitude ou de l’injustice, attendent l’onction de la bienveillance et de la bientraitance. En Jésus, le Christ, s’accomplit la prophétie d’Isaïe : celui qui a été consacré par l’onction du Seigneur, celui sur qui repose l’Esprit du Seigneur, annonce la bonne nouvelle aux pauvres, aux captifs la délivrance, et aux aveugles qu’ils retrouveront la lumière.

Notre Église, pareillement, a besoin de soins. Elle est blessée, elle souffre, de mille manières, tantôt à cause des persécutions, tantôt à cause des ruptures de tradition qui laissent place au doute et à l’idolâtrie. Elle est affligée, dernièrement, par un mal qui la ronge de l’intérieur, et dont elle prend de mieux en mieux conscience, avec effroi. Elle est blessée parce que certains de ses membres, parmi les plus petits, les plus fragiles, ont été victimes de comportements abjects et criminels. La souffrance des plus faibles est un scandale pour tous. Lorsqu’un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance.

            Notre Église a besoin d’être réparée. Ou mieux : soignée. On répare un matériel défectueux. On soigne un être vivant. Et l’Église est un corps vivant !

            Notre Église a besoin d’être consolée, apaisée, revigorée.

            Notre Église doit se relever avec le concours de tous ses membres, comme y invitait le pape François le 20 août dernier dans sa Lettre au peuple de Dieu.

            Corps du Christ, l’Église est sainte et tout entière revêtue par l’onction du Saint-Esprit. Mais elle est composée de membres pécheurs. Nous le reconnaissons dans la prière, lorsque nous invoquons le Seigneur en ces termes : « ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église ». La foi nous est donnée. Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit-Saint. Mais nos péchés sont nôtres. Péchés d’autant plus ignobles lorsqu’ils sont commis par des clercs, lorsqu’ils s’en prennent aux plus petits, lorsqu’ils trahissent la confiance des humbles, lorsqu’ils contredisent, en ceux-là mêmes qui devraient en vivre, le message d’amour que l’Église a mission d’annoncer.

Au cours de cette messe, qui rassemble toute la diversité des membres de l’Église diocésaine, toutes les vocations, tous les états de vie, les ministres ordonnés sont invités à redire les promesses de leur ordination. Par-delà les fidélités ou les reniements, cela attestera du moins de notre volonté commune, en cet instant, de demeurer disciples du Christ, donnés pour le service de l’Église et du monde.

            Comme évêque, je porte, en communion avec le collège épiscopal, le poids de tous les responsables qui ont agi avec mollesse, lenteur ou lâcheté, le coupable silence de ceux qui n’ont rien dit. Je veux faire à nouveau de l’Église une « maison sûre ». J’ai besoin de votre aide, à vous tous, frères et sœurs.

            Comme prêtres, portant le poids de la trahison de quelques-uns, il est parfois douloureux de subir le regard ou l’opinion des autres. Je tiens à vous exprimer, à vous mes frères prêtres, ma confiance, mon action de grâce pour ce que vous êtes et ce que vous faites, chaque jour, dans ce rude labeur du ministère. Je voudrais vous inviter aussi à vous montrer toujours disponibles aux appels du Seigneur, à vivre en fidélité à la mission reçue, avec un élan toujours nouveau, en ravivant le don que Dieu vous a fait.

            Comme diacres, ministres de la charité. Il est étrange que l’on cherche si souvent à définir la place des diacres, alors que la charité est au cœur de la vie de l’Église. L’Église ne doit pas se réformer par des changements de structure : ne serait-ce pas tomber dans ce cléricalisme que dénonce notre pape ? Mais elle doit renaître dans une charité effective. C’est la vie donnée du Christ qui nous révèle jusqu’où va l’amour de Dieu. C’est la vie donnée des saints et des martyrs qui rend témoignage à l’Évangile. A l’abîme de l’ignominie doit répondre le sommet de l’engagement et du don de soi. Les diacres doivent le rappeler à tous, à temps et à contretemps.

            Alors que tous ensemble, frères et sœurs, comme un peuple de baptisés, nous avançons sur ce long chemin de conversion et de sainteté, demandons au Seigneur qu’il apporte à son Église éprouvée la consolation, qu’il guérisse nos blessures par l’onction de son Esprit-Saint, qu’il nous redonne confiance et persévérance, qu’il nous fasse goûter sa tendresse, qu’il nous donne d’accueillir avec foi ce mystère : « le passage de l’Ecriture que nous venons d’entendre, c’est aujourd’hui qu’il s’accomplit ». 

+ François Kalist


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