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Le Denier

Homélie du dimanche 19 avril

Temps forts


Nous aurions tort d’accabler Thomas, il veut toucher et voir, en cela nous sommes comme lui. Nous aussi nous aimerions toucher et voir, simplement nous rencontrer, nous réunir. Avoir des rapports ordinaires et simples cela ne semble pas un luxe, pourtant ça l’est devenu. Personne n’aurait imaginé qu’un jour une rencontre amicale serait devenue impossible même aux plus riches. Pire que cela, la rencontre fait peur et qui n’a pas un mouvement de recul devant celui qui s’enhardit à s’approcher, car on ne sait jamais… Le confinement nous renvoie notre pire misère : l’isolement. Les apôtres aussi sont privés du Seigneur et là, huit jours après, ils l’ont vu, touché, écouté. Un dimanche, il leur envoie l’Esprit Saint et le pardon des péchés.

Pourtant, les apôtres étaient confinés eux aussi, par peur des juifs et Jésus vient quand même. Rien ne l’arrête, on peut le retrouver partout car il est toujours à faire le premier pas. C’est bien l’expérience que nous faisons enfermés dans nos maisons nous prenons le temps de lire la parole de Dieu, de prier, de nous connecter sur de pieuses vidéos. Si le confinement renforce notre vie intérieure, il restera une belle expérience qui nous enrichit déjà. Mais, nous savons que cela ne suffit pas. Privé de communion, non seulement nous ne recevons plus le Seigneur dans son Eucharistie, mais en plus nous ne voyons plus nos frères. Ce sont deux communions que j’aime à confondre, le Corps du Christ ce sont les deux et même sans recevoir le pain devenu Corps nous restons en communion avec Celui qui est toujours avec nous, tandis que nos frères nous manquent.

Tous les hommes sont signes du Christ. Tous les hommes sont porteurs de la lumière du Seigneur, certes elle peut être obscurcie ou limitée, mais elle brille d’une manière que nous ne saisissons pas toujours suffisamment, où les apparences nous trompent. C‘est un des aspects de la vie monastique le plus engageant, il n’y a pas de moines sans communauté, même les ermites restent rattachés à un monastère, ils gardent des frères par-delà leur solitude. Tout moine reconnait aussi que les autres sont la plus belle chance et la pire chose aussi de la vie monastique. Ils ont la grâce d’un soutien et d’un partage ensemble nécessaire à la vie et aussi l’espace, par les autres, de désillusions. Ces blessures venant des autres nous renvoient, bien sûr, aux nôtres.

Thomas dans sa demande n’a peut-être rien compris de la présence du Christ. Il veut voir et toucher alors que le Seigneur est à l’intérieur. Il veut constater de lui-même, alors que la foi est transmission d’un témoignage et que nous sommes croyant parce qu’on nous l’a dit. Thomas ressemble à ceux qui prient comme si Dieu ne savait pas, ignorant qu’il serait de la vie des hommes, il faudrait s’épuiser de détails pusillanimes pour rabâcher au Seigneur la litanie de nos misères. Prier ce n’est pas cela.

Notre piège actuel est sans doute de vouloir faire quelque chose. Face à une situation qui nous laisse impuissant, chacun veut trouver une parade, or il faut nous rappeler l’attitude du commandant de navire. Je me souviens d’un commandant de navire au visage erratique économe de geste et encore plus de paroles dont l’immobilité me surprenait enfant. Je demandais à mon père pourquoi il ne faisait rien et il me répondit justement il commande. Nos gesticulations empêchent de vivre les choses à leur niveau de profondeur.

Saint Thomas nous pose la bonne question avons-nous confiance en Dieu ? Laissons-nous le Seigneur être l’hôte intérieur ? Non pas celui que l’on assigne à résidence dans une navrante disponibilité, mais celui que nous savons présent. Non pas celui à qui il faut tout dire, mais celui qui sait déjà tout. Non pas celui nous nourrit mais celui qui déjà nous comble. Autrement dit, n’attendons pas d’être déconfinés, le Seigneur nous a déjà libérés. Nous aurons toujours la part à faire entre ce qui nous rassure et ce que Dieu nous donne et nos peurs ne font qu’alourdir la barque de nos existences. Ce temps de privation de relations nous allège peut-être aussi d’une relation à Dieu qui se simplifie. Nos inquiétudes souvent légitimes seront toujours à tamiser à l’aune de notre foi, c’est à dire de la certitude que nous ne sommes pas abandonnés de Dieu. Alors préparons notre sortie, la chance de pouvoir reprendre la vie ordinaire, peut-être en l’appréciant davantage, en recevant chacun comme un don du Christ. Alors nous retrouverons une présence qui nous fera du bien en sachant qu’Il ne nous quitte jamais.

P. Bernard Lochet

Vicaire général


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