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Gabriel Piguet, un évêque dans la tourmente

Le Diocèse : histoire


Mgr Piguet

2012 sera l’année du 60e anniversaire de la mort de Mgr Gabriel Piguet. Qui était réellement cet évêque, qui suscite encore aujourd’hui tant de controverses ? Réponse de Marc-Alexis Roquejoffre, journaliste, auteur, avec le père Martin Randanne, d’un ouvrage sur Mgr Piguet.

Article paru dans les Nouvelles du diocèse de Clermont du 15 mai 2012

Né à Macon en 1887, Gabriel Piguet est nommé évêque de Clermont en 1933 par le Pape Pie XI. Grand bourgeois par sa naissance, très conservateur dans l’exercice de sa charge, Gabriel Piguet donnera à son épiscopat les allures d’un prince de l’Eglise du XVIIème agissant dans le monde mouvementé de la seconde guerre mondiale. Aux yeux de l’Histoire, Mgr Gabriel Piguet reste le seul évêque déporté en camp, où il ordonna prêtre un jeune diacre allemand, Karl Leisner. La guerre éclate. Gabriel Piguet en poste à Clermont-Ferrand, ville éloignée d’à peine cinquante kilomètres de Vichy, doit assumer les visites régulières du Maréchal Pétain, chef de l’Etat français, et de son principal lieutenant, Pierre Laval, lui-même originaire du département. De nombreux reproches lui seront adressés en ce sens. Pourtant l’homme devenu évêque ne partageait en rien les thèses nazis. Très vite, il publia de sa propre main, dans le journal catholique du moment, des éditos appelant ses prêtres et séminaristes à s’organiser pour entrer dans une résistance active contre le STO : « Nous avons toujours déclaré publiquement ou écrit que la prétendue obligation du travail ne s’imposait pas à la conscience ». Alors, pourquoi avoir courbé l’échine, qui plus est en public, devant ceux que certains qualifièrent de ‘vendus au troisième Reich’ ? Piguet, pouvait-il agir autrement ? C’est le dimanche de Pentecôte 1944, que l’évêque est arrêté devant une cathédrale pleine de fidèles aussi muets qu’ébahis. D’abord séquestré dans les geôles des prisons allemandes à Clermont, il est envoyé à Dachau. On lui reproche de n’avoir pas donné l’autorisation à la gestapo d’installer une antenne de transmission sur les tours de la cathédrale. On lui reproche aussi d’avoir fait protéger un prêtre nommé Jean Gay, de son vrai nom, Jean de Viry, résistant alsacien réfugié en Auvergne. On lui reproche enfin d’avoir usé de son autorité auprès des institutions religieuses catholiques du diocèse pour cacher plusieurs adolescents juifs. Il arrive à Dachau le 09 septembre 1944. Peu importe sa naissance, son rang, sa charge, Gabriel Piguet, matricule 103 001, n’aura aucun régime de faveur. Là il côtoie des prêtres, des pasteurs, des imams. Ce camp regroupe essentiellement des religieux. Il y rencontre aussi le prince Xavier de Bourbon Parme, le capitaine Peter Churchill, le prince Frédéric-Léopold de Prusse ou Léon Blum.

Au nez et à la barbe des nazis, Gabriel Piguet, Karl Leisnervêtu de ses habits sacerdotaux, incroyablement confectionnés par des complices de misère dans le camp de Dachau, procède à l’ordination de Karl Leisner. C’est un jeune diacre allemand, soufrant de tuberculos  et déporté pour ne pas s’être indigné de l’attentat manqué contre Hitler à Munich.

Dans la nuit du 17 décembre 1944, au petit matin, l’impensable se produit. Dans ce camp de la mort dont certains survivants diront en témoignage ‘qu’il était interdit à Dieu d’entrer’, Mgr Piguet invoque l’Esprit, impose les mains sur le front du jeune Leisner et le fait prêtre. En 1992, Jean-Paul II déclarera feu Karl Leisner, modèle de la jeunesse européenne. Gabriel Piguet ne fut pas homme à mettre ses actes en avant, même les plus courageux. En des temps mouvementés où les allégations naissaient au gré des suspicions, peut-être aurait-il été nécessaire de parler davantage et de parler clairement, laissant de côté les vertus évangéliques que sont la discrétion et l’effacement. Le Père Piguet n’a pas cru bon devoir agir ainsi. La vérité, il l’a construite en conscience, dans un silence que certains qualifièrent de ‘douteux’, avec pour seul soutien la mémoire des enfants juifs sauvés et reconnaissants. Mgr Gabriel Piguet fut fait Juste parmi les nations à titre posthume le 22 juin 2002. C’est l’actuel archevêque de Clermont, Mgr Hippolyte Simon, qui reçut la médaille pour son prédécesseur des mains d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, au nom de l’Etat d’Israël. Gabriel Piguet mourra le 03 juillet 1952 d’une congestion pulmonaire. Marc-Alexis Roquejoffre


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