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La nouvelle Traduction Oecuménique de la Bible, un bel exemple pour illustrer la recherche pour l’unité des chrétiens ! Explications du père Pierre Jay


oecumenisme bible 3

L’année 2010 a été marquée en France et dans la francophonie par la nouvelle édition de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB). Le P. Pierre Jay propose pour l’occasion de comprendre en quoi cette édition récente est une nouvelle étape pour les Églises chrétiennes sur le chemin d’une communion plénière. 

La Bible est, dit-on, le livre le plus traduit au monde. À son sujet, on parle de 451 langues. Etre traduite, c’est la vocation de la Bible, et ce, depuis toujours. Dans l’histoire d’Israël, cette « attitude traductrice » s’est matérialisée par des relectures incorporées parfois au texte lui-même. On sait que la traduction en grec établie à Alexandrie et connue sous le nom de « Septante » (3è s. av. J-C) est un témoin de ce travail permanent de traduction.

Ce fait est d’une importance majeure. Il est le fruit d’une certitude : la mission confiée par Dieu à son Peuple Israël est au service du monde entier. Il dit aussi que les mots, la langue, la culture du Peuple de Dieu sont au service de la Parole de Dieu et par conséquent distincts de cette Parole. La tentation très humaine de littéralisme, tentation récurrente des religions, est sans fondement biblique.

Notre Dieu est le Dieu de tout l’univers, c’est-à-dire des hommes de toutes civilisations, de toutes langues. Et comme ces civilisations et ces langues vivent dans le temps et évoluent, les traductions ne sont jamais définitives mais bien sujettes à de constantes révisions.

 

Ces considérations ne banalisent pas le caractère insolite qui a marqué la première parution de la « Traduction Œcuménique de la Bible » (TOB) (1973-1975). Notre temps est quelquefois sans mémoire, emporté qu’il est par la vitesse. Cela explique en partie l’absence d’étonnement qui accompagne ici ou là cette nouvelle édition qui est entre nos mains depuis quelques jours. Mais que cela nous paraisse aller de soi, nous permet de mesurer le chemin parcouru. Au 19ème siècle, un pasteur protestant, Emmanuel PETAVEL, établit un projet de traduction œcuménique de la Bible. Il entendait même pour ce travail réunir un rabbin, un pasteur et un prêtre parmi d’autres collaborateurs. L’archevêque de Lyon d’alors, tout en affirmant que le projet était totalement utopique, avertit que si d’aventure il voyait le jour, il interdirait aux fidèles d’acheter et de lire cette traduction. Cent ans après (1967), le pape Paul VI se réjouissait de la traduction commune. Et aujourd’hui nous considérons comme normale cette coédition. Ce qui semble anormal, c’est la persistance d’une non-communion entre les Eglises chrétiennes.

 

Une des nouveautés de ce nouveau travail, c’est la participation beaucoup plus étoffée que lors de la première édition, des Églises orthodoxes et orientales. Du coup, 6 livres faisant partie du canon orthodoxe de l’Ancien Testament – livres non reconnus comme canoniques, d’où leur nom : « deutérocanoniques », par les Eglises occidentales (catholiques et protestantes) – sont publiés dans ce volume. C’est là une originalité : cette nouvelle version de la TOB est la première à le réaliser en français. On pourra découvrir notamment le troisième livre des Macchabées, le psaume 151, la prière de Manassé, prière citée par Thomas d’Aquin et insérée par Luther dans sa Bible.

« Les notes de la TOB, à caractère scientifique, prennent en compte les évolutions de la recherche biblique tout en se tenant à distance des modes passagères de l’exégèse ou de l’interprétation » (Préface p11). Ces notes sont comme une aide fraternelle épaulant le lecteur isolé pour qu’il ne s’égare pas dans les méandres de sa propre culture ou d’interprétations trop spontanées.

Cette édition de la Bible est une nouvelle étape pour les Églises chrétiennes sur le chemin d’une communion plénière. Mais il y a bien plus. Les chrétiens ne peuvent oublier que l’Église est la servante du dessein de Dieu : le salut du monde. Aussi importante que soit une édition commune de la Bible, elle n’est qu’une étape. Les chrétiens sont conscients que parler comme ils le font très spontanément de « Parole de Dieu » ne suffit pas. Bien plus, cela pose bien souvent difficultés et problèmes à ceux qui entendent proférer de telles affirmations.

De ce point de vue, il est intéressant d’enregistrer les nouveautés de cette édition à propos des mots employés pour nommer, désigner Dieu. « La quasi-totalité d’entre eux comportait en effet les qualificatifs « puissant » ou « tout-puissant ». Or ces qualificatifs sont en réalité étrangers aux noms divins respectifs pour lesquels il faut trouver un équivalent français. » Le « Dieu des armées » est traduit par « le Seigneur de l’univers » […] « Le titre « pantokrator » qui apparaît non seulement dans les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament mais aussi dans le Nouveau Testament, est uniformément rendu par le Souverain » (Avant-propos, p15). D’autres mots ont fait l’objet de révisions. Ainsi l’adjectif « jaloux » à propos de Dieu est remplacé par « exigeant ». Signalons enfin une traduction plus pointue du nom « juif ». « Une équipe œcuménique a cherché à identifier l’acception convenable pour les 68 cas où le terme juif se trouve dans l’Évangile de Jean, proposant à chaque fois l’équivalent français que le contexte rendait satisfaisant. » (ibid. p16)

La parution d’un volume ne fait pas tout. Que jusqu’à ce jour, 2 millions et demi d’exemplaires aient été écoulés, cela n’est certes pas indifférent. Ne serait-ce pas aussi la délimitation du champ de travail des années à venir ?

En 1975, à Clermont, la réception de la première édition de la TOB s’est accompagnée d’une célébration œcuménique À Notre Dame du Port, le Pasteur Alphonse Maillot, qui était l’un des traducteurs de cette Bible, a remis un exemplaire à l’évêque de Clermont. Ce qui nous paraît aujourd’hui naturel et banal, a semblé ce jour là une audacieuse nouveauté. Les acteurs de ce geste se sont interrogés avant de l’accomplir. Ici encore, l’évaluation du chemin parcouru conforte l’espoir que d’autres avancées accompagneront la prise en main de cette nouvelle édition.

Père Pierre Jay

La Bible, les notes, les identités confessionnelles et le jeu des chaises musicales

Au XVIIe siècle, les bibles éditées par les catholiques ne comportent pas de notes. Elles sont destinées à la lecture publique. Les éclaircissements sont donnés par les ministres. Les éditions protestantes, destinées à la lecture personnelle, comportent des notes.
Au cours du XVIII° siècle, les bibles catholiques ont des notes. Par contre, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il n’y a plus de notes dans les éditions protestantes.
Cela devient peu à peu un signe d’identité confessionnelle. Des notes, éditions catholiques, pas de notes, éditions protestantes.
« Écouter et méditer ensemble les Écritures nous fait vivre une communion réelle même si elle n’est pas encore totale » (Benoît XVI).

 

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