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Août 14 : la guerre est déclarée – Vue par la semaine religieuse du Diocèse de Clermont


Semaines religieusesDans son numéro du 8 août, la semaine religieuse fait un large écho à la guerre qui vient d’être déclarée. Face à la gravité des événements en cours, la préparation ou le récit des manifestations mariales en cette proximité du 15 d’août sont même relégués au second plan, c’est la première fois depuis 1868 que l’actualité est ainsi mise en avant aux dépens du fait religieux. On y retrouve les mêmes thèmes que dans les revues profanes : le souvenir de la guerre de 1870, les provinces perdues. « il y a 44 ans que la guerre était déclarée à la France par une Nation qui après avoir employé pendant un demi-siècle toutes ses forces à s’y préparer, envahissait nos frontières, les inondait des ses innombrables bataillons et ne se retirait qu’après nous avoir arraché, en outre d’une rançon d’argent, le sacrifice bien autrement plus lourd de nos 2 belles et plus chères provinces l’Alsace et la Lorraine » lettre de l’évêque de Clermont qui ouvre le fascicule et s’achève par des bénédictions et des prières pour la paix.». Il y a aussi les thèmes des responsables de la guerre et celui de l’ « Union » sacrée » *1 : « L’Allemagne et l’Autriche n’ont pas hésité à assumer l’écrasante responsabilité d’un conflit européen et de ses effrayantes conséquences……… C’est un spectacle réconfortant de voir avec quelle parfaite entente et quel entrain, (*2) les français de tous âges et de toutes conditions s’emploient selon ses moyens à l’œuvre du salut commun » Cet extrait d’un article intitulé « la France unie dans l’effort et la prière «  n’est pas signé. Dans la partie « Variétés », c’est une réflexion sur la Patrie et le patriotisme ambiant digne des ouvrages pour former la jeunesse d’Ernest Lavisse, on y cite Barrès. Mais rien sur les hésitations les refus et Jaurès enterré le 4 !il faudra attendre la revue du 15 août pour que soit publié le message à la Nation du Président Poincaré (*3).

Dans cette  « semaine » comme dans les suivantes, la chronique diocésaine n’est pas en reste, elle évoque les quelques 200 prêtres incorporés du diocèse, le rôle des aumôniers militaires, y compris dans la flotte, comme le demande à son ministre de tutelle le vice-amiral Bienaimé dans une lettre. On voit aussi s’organiser les quêtes en faveur des familles de mobilisés, les corps d’infirmières volontaires, les garderies d’enfants et même le fonctionnement de la franchise postale. C’est à partir du 15 août que les rédacteurs décident, jour par jour, de retracer les principaux événements militaires.

L’affluence dans les églises depuis la mobilisation est soulignée à Clermont à la Cathédrale et à Notre Dame du Port et à Riom à Saint Amable. La guerre est là avec ses prières et ses premières victimes (*4) pour lesquelles on incite à prier, chacun des lecteurs est aussi invité à méditer sur ses « devoirs envers les soldats ». Et pourtant celle que l’on aurait voulu « la Der des der » ne faisait que commencer. Dès le 2 août, dans l’ »Osservatore romano » le Pape Pie X envoyait aux chrétiens du monde entier cette exhortation : Tandis que l’Europe presque entière est entraînée dans la tourmente d’une guerre extrêmement funeste dont personne ne peut envisager les périls, les massacres et les conséquences sans se sentir opprimé par la douleur et l’épouvante……….. Que la miséricorde de Dieu, touchée par la ferveur de ces supplications, écarte le plus tôt possible les sinistres lueurs de la guerre et qu’il inspire aux chefs des Nations de former des pensées de paix et non des pensées d’affliction. »

1- « Union sacrée » : terme utilisé à la chambre des députés le 4 août parle Président Poincaré dans son message aux assemblées pour désigner l’alliance des Français de toutes tendances politiques ou religieuses dans une unanimité nationale face à la défense du pays.

2-  Si la mobilisation est réussie : il n’y a que 1,5% de défections, le départ des troupes « la fleur au fusil » est à nuancer. Selon le spécialiste de cette période J.J Becker les Français se situent « à peu près à égale distance de la consternation et de l’enthousiasme amalgamant en quelque sorte la résignation et le sens du devoir ».

3- Raymond Poincaré (1860-1934) avocat, ancien député  et sénateur de la Meuse est alors Président de la République. C’est un homme courageux qui n’hésite pas à aller sur le front et à visiter dès le 7 août à plusieurs reprises la partie de l’Alsace libérée.
Dans cette troisième République, le gouvernement est aux mains du Président du conseil Viviani ; il est remanié plusieurs fois en ce mois et qui quitte Paris menacé par l’avance allemande du 29 août au 2 septembre. On connaît bien la déclaration de ce responsable qui est aussi en date du 4, ministre des affaires étrangères, elle est dans la droite ligne des autorités religieuses « La France injustement provoquée n’a pas voulu la guerre. Elle a tout fait pour la conjurer, puisqu’on lui impose, elle se défendra contre l’Allemagne et contre toute puissance qi n’ayant pas encore fait connaître son sentiment prendrait part a u conflit aux côtés de cette dernière ».

4-  un des combattants de la première heure Marcel Nadaud (né en 1889 mort en ?) écrit dans son journal dès le début de la guerre « Quel est celui dont les heures sont désormais comptées ? Quel est le nom qui va s’ajouter à ceux composant l’humble légion des anonymes, des aiglons aux ailes mortes ? …………Nous sautons dans les autos qui nous emportent vers la petite église où les corps de nos camarades reposent dans les plis d’un drapeau ».cité dans « La grande guerre, récits de combattants » € book
Combien de victimes françaises en ce mois d’août 14 ? Les chiffres varient mais sont effrayants, du 4 août à la fin de la bataille de la Marne (15 septembre) on estime les pertes à 21 000 morts, 122 000 blessés et 84 000 disparus ; les combats le plus terribles n’ayant pas été ceux de la Marne mais ceux du 22 août.

Semaines religieuses Août 1914

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