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Voeux 2016, de notre Archevêque


Chers amis,

Bonsoir à vous qui êtes venus pour cette rencontre traditionnelle, et à vous tous qui nous écoutez grâce à RCF. Bienvenue également à vous qui viendrez regarder cette vidéo sur le site de notre diocèse.

Comme vous pouvez le comprendre, au moment de rédiger ces vœux, j’ai relu ceux que je vous ai présentés l’an dernier dans les mêmes circonstances. Vous vous en souvenez certainement. Nous étions le 8 janvier, au lendemain des attentats contre le journal « Charlie hebdo ». Nous étions tous encore sous le coup de l’émotion et de la stupeur. Et à ce moment-là je ne savais pas encore que j’aurais à présider les funérailles d’une des victimes, Monsieur Michel Renaud. Je salue, ici, de nouveau, sa famille et ses amis.

J’ai donc relu ce que je vous ai dit relativement à cette situation. Aujourd’hui je n’ai rien à changer, quant aux indications que j’ai pu vous donner pour traverser cette épreuve où notre pays est engagé. Depuis lors, comme nous pouvions le redouter, les terroristes ont récidivé. Et nous savons avec quelle gradation dans l’horreur, si tant est qu’il soit possible d’établir une comparaison entre ces situations abominables.

Je ne reprends donc pas ce que j’ai pu dire l’an dernier. Je rappelle simplement que nous sommes invités à faire confiance à l’État de droit pour nous protéger tous, quelles que soient nos convictions religieuses. Et nous avons à contribuer à toutes les formes de dialogue qui peuvent donner toujours davantage de vitalité à la démocratie dans laquelle nous avons le privilège de vivre. Nous avons à être des citoyens engagés, respectueux de la laïcité comme cadre institutionnel, qui permet le dialogue entre toutes les sensibilités d’une nation. J’ai eu l’occasion récemment, dans le journal le Semeur, de m’exprimer sur certaines incompréhensions relatives à la laïcité. Il convient que nous soyons très attentifs à ceci : La laïcité n’est pas une option politique parmi d’autres.

Il ne suffit pas, non plus, de se dire athée pour être un défenseur de la laïcité. L’histoire le montre largement : on peut être totalitaire aussi au nom d’un idéal rationaliste ou matérialiste. Il n’y a donc pas de contradiction entre le fait d’être croyant, engagé dans une Eglise, et le fait de respecter la laïcité. J’ai envie de dire, bien au contraire ! J’ai eu l’occasion de m’exprimer souvent sur ce sujet ; je n’y reviens pas davantage. Je me permets simplement de vous inviter, avec insistance, à prendre du temps pour vous informer et vous former sur ce sujet si important dans notre actualité. La formation de la conscience est aujourd’hui un enjeu absolument décisif.

Il y a vingt ans, la Conférence épiscopale a publié, vous vous en souvenez, la « Lettre aux catholiques de France » Avec le Conseil pastoral diocésain, nous avons entrepris de la relire, pour éclairer nos orientations pour les années à venir. Je reprends ce que nous avons dit alors, et qui reste notre horizon pour aujourd’hui et demain : C’est parce que nous sommes profondément respectueux du cadre constitutionnel dans lequel nous avons la chance de vivre, que nous nous sentons d’autant plus libres pour proposer ce qui nous anime au plus profond de nous-mêmes c’est-à-dire la Foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité.

Nous voici engagés dans l’Année de la Miséricorde, qui a  été ouverte, comme vous le savez, pour l’Eglise universelle, par le pape François, et pour notre diocèse le dimanche 13 décembre. Nous sommes invités à redoubler de vigilance. Cette grande Année de la miséricorde n’est pas une invitation à quelques démarches rituelles supplémentaires. Les pèlerinages que nous pouvons faire à Notre-Dame du Port, à Orcival ou à Saint Cerneuf de Billom, sont là pour éclairer nos engagements dans l’ensemble de notre existence quotidienne. C’est donc à la lumière de cette miséricorde, révélée par le Christ, que nous devons déployer et à mettre en œuvre tous les talents que nous avons reçus du Seigneur. Chacun selon notre servir, nous avons à faire œuvre de miséricorde.

C’est donc au quotidien, dans nos engagements en famille, dans les associations diverses, dans les responsabilités politiques, que nous avons à travailler pour que la miséricorde du Seigneur soit connue et accueillie.

Sous cet horizon qui va colorer notre année pastorale, nous avons à accueillir les projets particuliers qui se présentent à nous. Nous pouvons participer à des groupes de réflexion, grâce au livret qui a été réalisé par le service de Formation Permanente. Nous avons aussi à notre disposition toutes les propositions de l’ITA, qui, comme vous le savez, depuis la rentrée de septembre 2015 est établi ici même dans le centre diocésain.

J’en profite pour souhaiter la bienvenue à sœur Anne-Thom, qui a succédé à Christian Pian, et à Monsieur Gaétan Gourichon, qui a pris la succession de Madame Anne-Marie Pons et de Mr Yves Demoustier.

Parmi toutes les propositions que vous pouvez trouver dans les différents programmes, j’attire votre attention sur une initiative qui aura lieu à partir du mois d’avril. Avec l’association « chrétiens en forum », nous proposerons une réflexion sur la question suivante : « comment ramener de la valeur ajoutée dans le monde rural ? » Je ne développe pas ce programme. Nous y reviendrons en temps voulu. Je réponds simplement à la question que certains pourraient poser : « en quoi cela concerne-t-il le diocèse ? » Je ferai simplement observer que nous ne pourrons pas avoir des paroisses vivantes dans l’espace rural – magnifique !- qui est le nôtre, si les communes sont vidées de leurs habitants. Vous voyez bien que tout se tient. Et que la Miséricorde n’est pas simplement une abstraction, mais qu’elle est enracinée aussi dans le temporel. Si vous me permettez de citer Charles Péguy, je vous rappellerai cette belle maxime, qui doit toujours nous servir de référence : « le spirituel dort dans le lit de camp du temporel ! »

Je vous/nous souhaite donc de vivre une belle année de la Miséricorde, avec toute la profondeur et toute la ferveur que nous demande le caractère tragique de notre actualité.

Nous portons le beau nom de catholiques.

Alors soyons ouverts à toutes les dimensions de l’Eglise universelle et sachons accueillir chez nous celles et ceux qui viennent de loin, soit comme prêtres « Fidei donum » », soit comme religieux ou religieuses, soit encore, et ils sont nombreux, – et nous avons la joie d’accueillir leurs enfants dans nos écoles catholiques,- comme expatriés pour des raisons professionnelles.

 Et soit, surtout, celles et ceux qui sont sur les chemins de l’exil. Avant son départ, j’ai reçu à déjeuner le préfet Michel Fuzeau. Je lui ai redit que nous étions prêts à travailler avec les services de l’État, du Département et de la Ville, pour l’accueil des réfugiés. Je remercie le conseil de solidarité du diocèse, autour de Madame Marie-Jo Inçaby, qui coordonne toutes les initiatives et toutes les bonnes volontés pour que cet accueil soit le meilleur possible.

Comme vous le savez tous, j’ai été longuement indisponible pour cause de maladie en 2015. Vous me permettrez d’aborder cette question avec un sourire de complicité. Tout d’abord cela prouve que vous n’êtes pas prophètes ! Vous nous avez tous souhaité des vœux de bonne santé, à Bernard LOCHET et à moi, et vous voyez que vous avez mal prophétisé !

Ceci étant dit, ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas continuer de nous offrir des vœux en 2016 !

Et maintenant je vais vous faire une confidence. Il arrive souvent que des gens me disent que ce doit être très difficile d’être évêque par les temps qui sont les nôtres. À quoi je réponds invariablement : ce n’est pas difficile, il suffit de savoir déléguer les responsabilités.

Je prends trois exemples qui vous éclaireront : lorsqu’il a fallu construire le centre diocésain, j’ai réuni trois hommes, le père Jacques Vignancour, alors Vicaire Général, le père François Fabre, alors chancelier du diocèse et Monsieur Clet GAUTHIER économe diocésain. Celui-ci, vous le savez, nous a quittéstrop tôt et je lui exprime ici, de nouveau, toute la gratitude du diocèse. Sans lui, nous ne serions probablement pas ici. Ces trois hommes se sont réunis ; ils ont travaillé et le CDP que vous connaissez bien maintenant, a été construit !

Deuxième exemple, lorsque le conseil des Doyens a décidé de proposer Pentecôte 2010, j’ai demandé au Vicaire Général de l’époque, le père Paul Destable, de réunir une équipe et nous avons rempli la salle du Zénit.  Ce qui reste un bon souvenir et une expérience fondatrice pour notre mission aujourd’hui. Car nous avons encore et toujours à proposer la foi et les sacrements de l’Eglise à toute personne  qui s’adresse à nous pour nous demander un service.

Troisième exemple, mon vieil ami Mgr Joseph Doré est venu me proposer de réaliser un beau livre sur la cathédrale de Clermont. Un matin, j’ai invité à déjeuner le père Joseph Ayel et Monsieur Bernard Dompnier, historien, universitaire reconnu sur la place de Clermont. Ils ont travaillé ensemble, ils sont réuni les meilleurs spécialistes de la question, et le livre est devenu un beau cadeau en novembre 2014. Vous voyez, c’est facile d’être évêque ! Il suffit de trouver les bonnes personnes et de faire faire ce qui est à faire. Je pourrais dire la même chose pour le beau Colloque sur le Vénérable P. Gaschon qui nous a réunis autour du P. Bruno Samson et de son équipe, au mois de Novembre.

Alors, j’en viens à ma confidence : en 2015, je me suis trouvé devant un problème complètement nouveau pour moi. Pour la première fois de ma vie, j’ai été malade sérieusement. Par réflexe, j’ai cherché quelqu’un à qui déléguer ma maladie pour qu’il s’en occupe. Je ne pouvais pas demander au père Bernard LOCHET, Vicaire Général, vu qu’il était déjà occupé avec son accident.(Nous sommes très heureux de le retrouver maintenant parmi nous) Je ne pouvais pas demander au père Marc Denaës, Vicaire Episcopal, puisqu’il avait fort à faire pour « garder la maison ». Et je le remercie encore de la façon dont il s’est acquitté de sa tâche pendant tout ce temps.

Je n’avais donc pas d’autre solution que de m’occuper moi-même de ma maladie ! Avec l’appui des médecins, bien entendu. Et grâce à un système de santé tout à fait remarquable, mais je n’ai pas besoin de vous le dire, vous le savez.

Alors, la preuve qu’il ne faut pas qu’un évêque s’occupe lui- même de ses affaires c’est que je me suis mal occupé de moi-même. J’ai mis six mois, après mon opération, pour m’en sortir !

Très sérieusement maintenant, je remercie ici toutes les personnes qui m’ont aidé à traverser « le Sahara à pied », si je puis prendre cette comparaison, qui a beaucoup de signification pour moi. Elle m’est venue souvent à l’esprit, puisque, il y a 50 ans exactement, je venais de débarquer en Algérie pour une année de service militaire. Et je sais ce que veut dire traverser un bout de désert à pied.

Heureusement, grâce à mes médecins, et d’autres diront grâce au père Gaschon, – mais les deux ne sont pas contradictoires,- j’ai pu reprendre mes activités à partir du 10 novembre, à la cathédrale, pour la messe commémorative de l’armistice de 1918. Comme vous le savez sans doute déjà, je dois maintenant  suivre un traitement au centre Jean Perrin. Mais ce traitement ne m’empêche pas d’assurer mes responsabilités à la tête du diocèse. Je vous remercie tous de votre soutien, de votre prière et de vos messages d’encouragement.

Je vous remercie également de votre discrétion, dans ce moment qui reste un apprentissage un peu difficile pour moi. Mais je ne suis ni le seul ni le premier à faire cet apprentissage de la maladie. Je découvre que l’on peut vivre avec. Surtout quand on est bien entouré, par une famille unie et des amis solides, comme j’ai le privilège de l’être…

Avant de conclure, je salue la naissance de la nouvelle Région : comment faut-il dire : Auvergne-Rhône-Alpes ou Rhône-Alpes-Auvergne ? Je ne règle pas ce débat ici ; il n’est d’ailleurs pas de ma compétence. Je rappelle seulement, que nous, les gens du diocèse de Clermont, nous avons déjà eu cette expérience d’aller travailler avec les gens de Lyon, puisque, pendant quarante ans, nous avons appartenu à la Région apostolique Centre-Est. Et en un temps où les autoroutes n’étaient pas ce qu’elles sont  devenues ! L’Eglise, dans sa sagesse, a attendu quarante ans avant de prendre en compte les régions administratives, dans le cadre de la réforme de nos Provinces, en 2002. Alors, à ceux qui se demandent si nous allons fusionner les deux Provinces de Lyon et de Clermont, je leur dis simplement de ne pas s’affoler. On en reparlera dans quarante ans !!

J’ajoute une information qui n’a rien à voir avec ce qui précède mais qui peut vous intéresser tous. Comme vous le saviez, nous devions construire l’extension du centre diocésain en 2015. Mais le projet a été modifié en cours de route car deux des associations, qui étaient intéressées par des espaces nouveaux au Centre Diocésain, nous ont fait savoir qu’elles n’en avaient plus besoin. J’ai donc revu le Maire-adjoint à l’urbanisme et nous sommes convenus que le délai était reporté de cinq ans, à l’horizon 2020. Vous aurez donc le plaisir d’admirer le cèdre et les trois bouleaux plantés par Jocelyne CUSSAC, en l’an 2000, pendant au moins cinq ans supplémentaires. Soit dit en passant, j’ai observé ces derniers jours que le petit cèdre, qui commence à devenir grand, s’incline avec gratitude chaque fois que je passe devant lui !

En conclusion je me permets de revenir à l’année de la Miséricorde. Nous avons déjà anticipé sur le Nouvel An, le premier dimanche de l’Avent. Méditez bien toutes les paraboles de la miséricorde. N’hésitez pas à rappeler, à temps et à contretemps, surtout à ceux qui désespèrent de la vie, que le Père de toute miséricorde nous attend pour nous ouvrir sa Maison. Il suffit de dire « je retournerai chez mon Père » pour que, comme le fils prodigue, nous retrouvions le chemin de la vie et de la joie.

Même si les temps sont difficiles, pour ne pas dire tragiques, je vous souhaite d’avancer librement sur ce chemin.

 

Bonne année 2016 !

 

+ Hippolyte Simon
Archevêque de clermont

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