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Le Denier

La paroisse et ses communautés de proximité


Dans son exhortation Apostolique « La joie de l’Evangile », le Pape François écrit : «… La paroisse est présence ecclésiale sur le territoire, lieu de l’écoute de la Parole, de la croissance de la vie chrétienne, du dialogue, de l’annonce, de la charité généreuse, de l’adoration et de la célébration. À travers toutes ses activités, la paroisse encourage et forme ses membres pour qu’ils soient des agents de l’évangélisation. Elle est communauté de communautés, sanctuaire où les assoiffés viennent boire pour continuer à marcher, et centre d’un constant envoi missionnaire… » ( n° 28)

La belle expression : « communauté de communautés », nous invite à réfléchir d’une manière renouvelée sur l’organisation et les activités de nos paroisses.

 

  1. Principes.

Depuis la Pentecôte 2002, c’est-à-dire depuis la création des 32 nouvelles paroisses de notre diocèse, nous avons mis l’accent surtout sur l’unité et l’identité de celles–ci. Aujourd’hui, 14 ans après, nous pouvons dire que, de façon générale, les catholiques de notre diocèse se sont approprié leur paroisse. Ils savent à laquelle ils appartiennent. Nous pouvons même reconnaître que la mise en place de ces paroisses a été relativement rapide. Partout se sont créées des équipes d’animation paroissiale (EAP), des conseils pour les affaires économiques et presque partout des conseils pastoraux de paroisse. Sauf exception, nous n’avons pas eu de demandes pour rectifier la carte. Il est vrai que nous avons tenu compte, du mieux possible, des bassins de vie reconnus par l’INSEE. Et la tentation de constituer des « isolats » au sein d’une paroisse ne semble pas se manifester, même s’il reste bien des progrès à faire pour donner à tous les catholiques de ce diocèse une meilleure conscience d’appartenir à une paroisse déterminée.

Le moment est donc venu de réfléchir à la manière dont nos 32 paroisses peuvent s’organiser en elles-mêmes pour garder le contact avec les réalités géographiques et sociales qui constituent leur bassin de vie. Un peu à la manière d’un équilibriste qui avance sur son fil et qui doit déplacer son balancier, nous devons aujourd’hui regarder plus attentivement comment nous restons en prise avec les diverses réalités de nos territoires.

En plus des relais qui ont été établis dans la plupart des paroisses, nous pouvons prendre en compte trois sortes de communautés de proximité.

  • la proximité géographique. Surtout dans l’espace rural, les paroisses sont constituées d’un nombre variable de communes. Chaque commune dispose d’une église, et parfois même de plusieurs clochers. Il y a donc des communautés de proximité qui peuvent se constituer autour de ces clochers.
  • La proximité fonctionnelle. Lorsque des personnes sont réunies de façon stable pour un service permanent, par exemple dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les EHPAD, et les écoles, collèges et lycées. Il convient que dans chacune de ces réalités existe, si possible, une équipe d’aumônerie et d’animation pastorale. Ces équipes forment une communauté de proximité qu’il convient de reconnaître au plan de la paroisse.
  • La proximité choisie. Sur le territoire d’une paroisse, des personnes peuvent choisir de se rassembler régulièrement, dans une équipe, en vue d’un service, d’une formation, d’un partage ou d’un engagement dans la société. Il serait bon que ces équipes soient connues et répertoriées au plan paroissial.

Pour cela, il sera très utile d’établir un annuaire de la paroisse avec toutes les références des responsables de ces communautés, afin que toute personne qui cherche une adresse, ou au moins un numéro de téléphone, puisse le trouver. Il est important aussi que toutes ces communautés de proximité soient présentées à l’ensemble de la paroisse, afin qu’elles soient officialisées, par exemple le jour de la Messe de rentrée.

Ainsi, nos paroisses pourront entrer dans cette recommandation du pape François dans son Exhortation apostolique : « Les autres institutions ecclésiales, communautés de base et petites communautés, mouvements et autres formes d’associations, sont une richesse de l’Église que l’Esprit suscite pour évangéliser tous les milieux et secteurs. Souvent elles apportent une nouvelle ferveur évangélisatrice et une capacité de dialogue avec le monde qui rénovent l’Église. Mais il est très salutaire qu’elles ne perdent pas le contact avec cette réalité si riche de la paroisse du lieu, et qu’elles s’intègrent volontiers dans la pastorale organique de l’Église particulière. Cette intégration évitera qu’elles demeurent seulement avec une partie de l’Évangile et de l’Église, ou qu’elles se transforment en nomades sans racines. » (La Joie de l’Evangile, n° 29)

 

  1. Orientations.

Toutes ces communautés de proximité ont donc un effort à faire,

  •  d’une part pour se faire connaître sur la paroisse,
  • et d’autre part pour veiller à ne jamais oublier que la vie ecclésiale comporte trois dimensions : témoigner, célébrer et servir.

Chacune d’entre elles met l’accent sur l’une des trois dimensions. Mais dans la société actuelle, il est sans doute important qu’elles veillent à garder ou à retrouver celles qu’elles auraient tendance à considérer comme moins importantes selon leur perspective. A cet égard, leur inscription dans la paroisse leur permettra de promouvoir ensemble les trois dimensions de l’expérience ecclésiale. Et aussi de se faire mieux connaître de toutes les personnes qui pourraient être intéressées par leurs propositions.

 

  1. Communautés ecclésiales de proximité géographique.

Pour garder le contact avec les réalités civiles, il est nécessaire que la paroisse établisse et reconnaisse un correspondant paroissial dans chaque commune. Ce correspondant paroissial peut devenir responsable de la communauté de proximité établie autour de l’église communale.

  • En plus de sa responsabilité vis-à-vis de la municipalité, cette personne devra veiller à s’entourer d’autres bénévoles, pour l’entretien de l’église et son ouverture.
  • Elle devra aussi veiller à ce que les visites des malades soient organisées dans le cadre du Service Evangélique des Malades.
  • Le responsable de cette communauté de proximité devra également veiller à ce que le journal paroissial soit distribué,
  • et que l’enveloppe du Denier de l’Eglise soit proposée à tous les habitants.
  • S’il existe là une école primaire, il faudra veiller à organiser les rencontres des familles pour l’éveil à la foi et le catéchisme.

Pour que les églises communales soient clairement identifiées comme un lieu dédié au service de la foi, la communauté de proximité pourra (devra) organiser des liturgies de la Parole aussi souvent que possible, à la seule condition que ces liturgies ne soient pas en concurrence avec l‘Eucharistie dominicale. Car le dimanche doit permettre le rassemblement de la paroisse pour l’Eucharistie. A ce propos, on peut envisager que toutes les cloches de la paroisse (= dans toutes les communes) annoncent que la Messe va être célébrée dans la paroisse.

On peut aussi penser à prier en bien d’autres occasions : visites à la crèche au temps de Noël, accueil des familles au moment de la Toussaint, célébration du souvenir, le 11 novembre, méditation de la Passion pour les Rameaux, méditation du chemin de croix pendant le carême, temps de prière mariale au mois de mai, etc. Notons bien que ces propositions de prière à l’église du lieu ne doivent pas rester « privées ». Elles sont faites au nom de la communauté tout entière. C’est pourquoi il serait bon de veiller à les annoncer également par une sonnerie des cloches.

Il serait bon que les responsables de ces communautés de proximité soient invités à se rencontrer une fois par trimestre, pour relire leur manière de vivre leur responsabilité et pour partager leurs bonnes pratiques. Ces temps de rencontre à l’échelle de la paroisse, ou des relais, selon les cas, seront les premières bases d’une formation pour ces responsables. Les tâches qui leur sont confiées sont certes modestes, mais il est important que ces responsables comprennent qu’ils ne sont pas là simplement « pour rendre un service à Monsieur le Curé » comme on l’entend encore trop souvent, mais bien pour assumer une mission ecclésiale, au titre de leur baptême. Il est important que cette mission soit signifiée devant la communauté paroissiale tout entière, par exemple à l’occasion de la messe de rentrée. Ainsi que par son inscription dans l’annuaire paroissial.

Toutes circonstances égales par ailleurs, ce qui vaut pour les communes rurales peut valoir dans les quartiers urbains. Il faudra seulement s’adapter aux réalités de la ville, mais on peut chercher dans cette direction de communautés stables selon les particularités des quartiers, pour des temps de prière, de formation et d’animation pastorale.

 

  1. Communautés ecclésiales de proximité fonctionnelle.

Ceci vaut surtout pour les hôpitaux, les maisons de retraite, les EHPAD, les établissements catholiques d’enseignement et les aumôneries de l’Enseignement public. Mais cela est aussi vrai, sous réserve de modalités spécifiques, pour l’aumônerie des Gens du Voyage. Il est important que ces équipes d’aumônerie ou d’animation pastorale soient connues et reconnues par la paroisse, et en particulier dans le cadre du conseil pastoral de paroisse. Il peut être aussi important que ces responsables se rencontrent pour relire et analyser leurs pratiques. Ces rencontres sur le plan du territoire devraient leur permettre de mieux intégrer les trois dimensions de l’expérience ecclésiale. Les aumôneries d’hôpitaux et de maisons de retraite, qui sont plutôt basés sur le culte (Eucharistie, liturgie de la parole et sacrement des malades) ont à se demander comment elles prennent en compte la dimension de la formation de leurs membres et l’accompagnement des familles.

Les aumôneries scolaires sont davantage sensibles à la formation et à la pédagogie. Elles peuvent utilement se demander comment elles proposent la prière et les sacrements, par exemple la confirmation, et des engagements caritatifs aux jeunes qu’elles rassemblent.

Il faudra tenir compte de la disponibilité des animateurs pour que ces rencontres s’articulent avec les formations proposées au plan diocésain par la pastorale de la santé ou la pastorale scolaire.

 

  1. Communautés ecclésiales de proximité choisie.

Certaines de ces équipes sont établies :

  • en vue d’un service : par exemple une équipe du Secours Catholique, du CCFD, de la Conférence Saint Vincent de Paul, de l’Hospitalité, etc.
  • pour des temps de réflexion autour d’un livre ou de fiches comme les équipes de lecture de l’Evangile.
  • pour s’enraciner dans une spiritualité, comme les équipes Notre-Dame, les équipes du Rosaire, CVX et les autres mouvements de vie évangélique, etc.
  • pour procéder à un partage et une relecture de leurs engagements dans l’ensemble de la société, comme les équipes d’Action Catholique, etc.
  • sans oublier les Mouvements éducatifs qui regroupent des jeunes, par exemple le Scoutisme ou le MEJ, etc..

Il est important que ces mouvements et ces différentes équipes se rappellent qu’ils ne sont pas seulement reliés à des structures diocésaines et/ou régionales et nationales. Ces équipes sont aussi reliées à une paroisse, et elles peuvent se constituer en communautés de proximité, connues et reconnues localement. Ainsi, les responsables figurant dans l’annuaire paroissial pourront être présentés, par exemple lors de la fête de la paroisse. Il est très utile que l’expérience vécue par ces équipes soit proposée à l’ensemble des paroissiens. Il est souhaitable également que ces équipes prennent l’initiative de proposer, au moins ponctuellement, des temps de prière et, pourquoi pas dans l’église communale, pour contribuer à la vitalité de la paroisse en rencontrant les autres communautés de proximité.

 

  1. Pour aller plus loin.

Il convient de relire ici le texte « la paroisse et ses acteurs, Chartes et statuts», de septembre 2002. Je renvoie aux pages 31 à 33. Je reprends simplement ceci : « les communautés ecclésiales de proximité sont une manière spécifique de vivre cette communion missionnaire dans un quartier, une commune ou un groupe de communes au service de la mission de la paroisse. Elles sont une initiative des baptisés qui habitent là, mais elles peuvent également être suscitées par les responsables de la paroisse, du relais paroissial ou de mouvements apostoliques.

Pour être reconnue comme telle, une communauté ecclésiale de proximité devra mettre en œuvre trois aspects complémentaires de la communion et de la mission :

  • Le service de la prière communautaire. Il ne s’agit pas simplement de faire naître un groupe de prière mais de proposer des temps de prière ouverts à tous.
  • Le témoignage de la foi et la formation chrétienne : il s’agit d’encourager la participation au catéchisme ou de proposer des catéchistes, de soutenir des efforts de formation, de susciter des rencontres de partage de la foi.
  • Le service de la solidarité et de la charité : savoir être attentifs aux solitudes, aux pauvretés et aux exclusions qui peuvent exister tout près ; sensibiliser à l’attention au service du développement à une échelle plus large. » 

Il convient donc que la paroisse reconnaisse et officialise les diverses responsabilités nécessaires à la vitalité de ces communautés. Leurs animateurs n’agissent pas en leur nom propre. Ils doivent recevoir délégation de celui qui, avec son EAP, veille au Bien Commun de la paroisse, le Curé. Faisant cela, nous retrouverons l’intuition de Mgr Albert Rouet : instituer partout des communautés de base, mais en veillant à garder la communion au plus près du territoire. Pour inscrire ces communautés dans la continuité du quotidien, il vaut mieux que ce ne soit pas l’évêque qui vienne les reconnaître. Cette institution ne peut se faire que sous la vigilance du Curé, car c’est à lui que revient le soin d’appeler, de former et d’accompagner toutes les personnes qui acceptent de se mettre ainsi au service de leur prochain.

Mais en même, nous voyons que ces communautés de proximité appellent à une redéfinition du ministère ordonné. Comme on le voit dans les aumôneries d’hôpitaux, l’animation de ces équipes ne repose pas d’abord sur un prêtre. Ce sont des baptisés qui reçoivent mission pour l’animation, la prière et la formation, mais il reste nécessaire que ces responsables sachent en référer au prêtre qui est chargé de les accompagner, et à qui il revient habituellement de conférer les sacrements. Plus ces communautés se développeront, plus le ministère du Curé devra donner priorité à l’appel et à l’accompagnement des responsables, plutôt qu’à la gestion directe des communautés elles-mêmes. Ici devra s’appliquer un discernement approfondi : quoi relève du ministère ordonné, quoi relève de la responsabilité des baptisés ?

Enfin, en renforçant les communautés de proximité, nous rendrons un service éminent à toute la société, car celle-ci a besoin que l’on travaille à renforcer partout le lien social et à lutter contre l’immense fléau de la solitude. Du même mouvement, nous pourrons nous mettre de plus en plus en situation d’accueillir les catéchumènes et de leur proposer la Foi. Ainsi, la Paroisse deviendra cette communauté de communautés dont parle le Pape François. Elle pourra se porter aux périphéries qui l’environnent, car, aujourd’hui, en France, nos périphéries sont à notre porte ! Il suffit de « traverser la rue » pour devenir Missionnaire de la bonne Nouvelle du Christ.

+ Hippolyte Simon,
Archevêque de Clermont

2 Février 2016

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