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Le Denier

Vœux de l’Archevêque de Clermont pour 2015


Chers diocésains,

Chers amis,

Bonsoir à vous qui êtes venus pour cette rencontre traditionnelle. Bonsoir à vous qui nous écoutez grâce à RCF et bienvenue également à vous qui viendrez regarder cette vidéo sur Internet.

Merci d’être là. Votre présence, votre amitié, votre prière sont, par elles-mêmes  un réconfort dans les moments tragiques que traverse notre pays.

Vous comprendrez tous  que les événements dramatiques vécus par notre pays depuis hier midi ont changé complètement  la signification de notre rencontre de ce soir. Je vous avais invités pour une cérémonie traditionnelle  d’échange de vœux et pour vivre un moment fraternel et convivial.

Mais l’attentat contre le journal Charlie hebdo est venu bouleverser  notre pays. Nous vivons aujourd’hui une journée de deuil national à la demande du Président de la République. Tout naturellement, comme citoyens français, nous  nous sommes associés à cette journée de recueillement. Nous en avons fait aussi une journée de prière et d’intercession. Il y a quelques instants nous étions réunis à la chapelle avec tous  ceux qui ont pu se libérer  pour la célébration de l’Eucharistie. Nous avons prié pour les victimes, pour leurs familles et tous leurs amis. Comme vous le savez, nous ici, à Clermont-Ferrand, sommes directement touchés par la mort de l’un de nos compatriotes, Michel Renaud, qui était aussi chroniqueur bénévole à RCF. Nous assurons sa famille, son épouse et sa fille, de notre communion la plus fraternelle. Nous avons prié aussi pour notre pays. Qu’il trouve la force de rester uni dans cette épreuve.

Ce midi, au moment où les cloches de nos églises ont sonné le glas en signe de communion,  je vous  représentais  à la préfecture, parmi tous les services de l’Etat, avec  les élus et les responsables des communautés religieuses de notre département.  Hier soir, le Vicaire général, le Père Bernard Lochet était présent à la manifestation spontanée qui s’est déroulée  Place de Jaude, et  qui témoignait de la condamnation de cet attentat  par toute la population de notre pays.

Beaucoup de choses ont déjà été dites, de tous côtés, pour condamner évidemment cette entreprise barbare, qui vise à  interdire la liberté d’expression et la démocratie,  et qui manifeste le plus profond mépris envers  l’humanité.  Je ne vais donc pas reprendre ici  tout ce qui a déjà été exprimé de façon  unanime.

Je me permets simplement de rappeler que, le 27 septembre dernier, j’avais  réagi à l’assassinat  du guide de montagne,  Hervé Gourdel,  en Algérie. Nous voyons aujourd’hui que cet assassinat était un avertissement lugubre adressé à notre pays. Ce sont des gens  qui se réclament de la même idéologie terroriste  qui ont assassiné hier des journalistes, des policiers  et des responsables d’associations dans les locaux d’un journal.

Je me permets de reprendre ce que j’avais écrit à l’époque. Nous voyons bien comment  les auteurs de cette violence n’ont qu’un seul but : celui  d’intimider des peuples et de diviser les diverses communautés qui les composent.

Il serait trop simple de penser que ces crimes  ne sont le fait  que de fanatiques devenus fous. Au service de leur idéologie démente,  ces terroristes  sont capables de la rationalité technique la plus rigoureuse. Ils savent manier les outils modernes de communication. Ils obéissent à une stratégie certainement  bien coordonnée. Ils savent parfaitement ce qu’ils veulent provoquer.  A nous de ne pas tomber dans le piège qu’ils nous tendent. Si nous cédons à la peur, si nous pratiquons l’amalgame, si nous nous mettons à suspecter des compatriotes sous prétexte que ces tueurs se réclament  de l’Islam,  alors nous allons contribuer à leur victoire ! Ces terroristes auront gagné si nous laissons les poisons du soupçon s’insinuer entre nous.  Prenons bien garde à ne pas nous faire manipuler,  sinon c’est leur folie qui sera contagieuse.

Le danger le plus grand  qui nous guette en ce moment c’est celui que je viens de nommer,  celui de l’amalgame. Même si nous sommes submergés par l’émotion et le dégoût, nous devons essayer de garder notre sang-froid, nous devons essayer de réfléchir. Ne soupçonnons  pas  a priori toute une communauté. Cultivons les liens de proximité et de dialogue que nous entretenons déjà avec nos voisins et avec nos amis.  Allons au-devant de ceux qui nous entourent et partageons avec eux notre refus de légitimer ces actes.

C’est le moment de se rappeler d’un principe absolument fondamental.  Je l’ai souvent énoncé, il faut le redire avec encore plus de force : ce qui est  commun  aux membres des différentes religions, ce n’est pas la religion, c’est la citoyenneté ! C’est parce que nous sommes tous également citoyens, à part entière, du même pays, du même Etat de droit, que nous pouvons nous reconnaître les uns les autres dans le plus grand respect. Mais, justement parce que nous vivons dans un Etat de droit, – ce qui est encore un privilège rare dans le monde actuel,- nous avons la liberté de croire de manière différente. Les diverses religions ne disent pas la même chose. Elles ne proclament  pas la même chose sur Dieu. Nous, nous  confessons  Jésus-Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité.  Et en même temps, sans contradiction, nous sommes citoyens d’un Etat qui garantit la liberté de conscience et le libre exercice, public, de notre culte. Comme de tous les autres cultes.

Dans ces conditions, de l’intérieur même de notre foi,  nous comprenons que tous les hommes sont créatures de Dieu et comme  nous le chantons souvent, en Christ nous découvrons « que tout homme est une histoire sacrée ». Manquer de respect  à  une créature de Dieu, c’est une  insulte envers Dieu. Telle est notre foi. Et cette foi doit se déployer dans l’ordinaire des jours,  sous forme de respect  mutuel et d’engagement réciproque des uns avec les autres, au service du Bien commun.

Dans un Etat de droit comme le nôtre, la liberté d’expression est garantie par la loi. La presse est  libre, ce qui veut dire que c’est à elle de prendre la responsabilité de ce qu’elle publie. Mais réciproquement, ceci veut dire aussi que chacun d’entre nous, comme citoyen,  a  la liberté  et la responsabilité  de l’acheter ou de ne pas l’acheter, de la lire ou de ne pas la lire. Ce ne sont pas les diverses communautés qui peuvent mettre  des limites à la liberté d’expression. C’est l’affaire de la Justice et d’elle seule. C’est pourquoi, même si je crois pouvoir dire que je n’ai jamais acheté un numéro de Charlie-Hebdo, ce qui ne vous étonnera pas, j’ai la liberté de dire toute l’horreur et le vertige que m’inspire  un attentat comme celui d’hier à l’encontre de ce journal.

Il  faut donc que nous résistions à la tentation de généraliser, de pratiquer l’amalgame.  Même si nous avons-nous- mêmes à souffrir d’amalgames symétriques qui consistent à dénoncer d’un seul bloc les croyants et les terroristes,  comme si tous les croyants étaient  à condamner en bloc, et étaient incapables d’avoir le sens de l’humour. Il faut que nous ayons  assez de liberté intérieure pour ne pas répondre à ces provocations. Il est vrai que la douleur peut  parfoisi les excuser. Mais si nous laissons dire que des croyants d’une autre confession que la nôtre sont a priori complices des terroristes, alors bientôt c’est nous-mêmes qui serons  accusés de la même façon, tout simplement parce que nous oserons dire que nous sommes croyants !

Je ne sais pas si le jour et l’heure de cet attentat ont été décidés en fonction de la parution d’un livre dont on a beaucoup déjà parlé dans les différents médias. Je veux  parler du livre de Michel Houellebecq, « soumission ». Mais la coïncidence doit nous interroger. J’ai lu naguère le premier livre de cet auteur : « les particules élémentaires ». Ce livre fait un portrait de notre société  tout à fait désespérant. Les êtres qui sont décrits vivent une vie sans transcendance et sans aucune intériorité. Il ne faut pas s’étonner qu’ils finissent par se soumettre à toutes sortes d’injonctions après avoir accepté tous les impératifs d’une consommation dénuée de signification proprement humaine.

Je fais référence à cet ouvrage pour nous inviter tous à rentrer en nous-mêmes, à retrouver le sens de l’intériorité, de la prière et la méditation. L’expérience chrétienne n’est pas un appel à la soumission. Comme nous le disent tous les Catéchumènes, elle est  la  découverte de la liberté intérieure, de la  liberté de l’Esprit, de la liberté du Don de Dieu.

Si tous les baptisés qui sont en France retrouvaient le sens de leur baptême et de la vie intérieure, cela ne serait  pas au détriment de la démocratie ni du vivre-ensemble. Comme l’Apôtre Paul l’écrit aux chrétiens de Rome, la reconnaissance du Christ comme unique Sauveur de l’Humanité nous appelle, non pas au dénigrement de l’Etat, mais au respect de la citoyenneté et  à la promotion de la justice. C’est vraiment le vœu le plus profond que je puis formuler pour nous et pour notre pays, en ces heures si difficiles.

Alors, ce soir, Frères et Sœurs, renouvelons notre engagement de mettre nos capacités au service les uns des autres, comme Jésus- Christ nous le demande dans la parabole des talents. Restons des veilleurs, ouverts au dialogue avec tous, croyants ou non. Tout simplement parce que nous sommes de la même humanité que Dieu a créée par Amour.

Cette invitation à redécouvrir et à approfondir notre vie intérieure vient renouveler notre engagement à bien marquer dans notre diocèse l’année de la vie consacrée. Je me souviens avec gratitude de la célébration d’ouverture de l’année liturgique, à la cathédrale, autour de nos frères et sœurs consacrés dans ce diocèse. Cherchons ensemble, là où nous sommes, dans nos paroisses, nos mouvements et  dans nos aumôneries, comment  raviver en nous  les Dons et les Appels que le Seigneur nous adresse.

Quelques jours avant Noël, avec une délégation de jeunes collégiens et lycéens de notre diocèse, nous nous sommes rendus en pèlerinage au camp de concentration de Dachau. Nous avons  vécu là-bas un temps très fort de commémoration et d’action de grâces pour l’ordination du diacre allemand Karl Leisner,  par l’évêque de Clermont à l’époque, Mgr  Piguet.

En même temps que nous avons voulu marquer le souvenir du passé, nous avons aussi prié pour toutes les victimes des violences actuelles dans le monde. Je pense bien évidemment à tout ce qui se passe au Moyen-Orient, à tous ces drames qui se déroulent en méditerranée. Que les événements tragiques qui affectent  aujourd’hui notre pays ne nous empêchent  pas de garder notre cœur ouvert, au moins par la prière, à l’intention de toutes ces personnes en situation d’exil, de persécution, ou  qui se trouvent  en danger immédiat de mort.

Nous pensons également, comme l’an dernier, aux pays d’Afrique, le Mali et la Centrafrique qui sont déchirés par la guerre civile. Nous pensons également aux pays ravagés par le virus Ebola. J’ai une pensée particulière pour la Guinée Conakry puisque voici quelques années j’étais allé passer des vacances d’après Noël chez un missionnaire, originaire de mon village natal, qui était alors au pays du Bagataï.

A propos de l’ordination de Karl Leisner, je puis vous annoncer une bonne nouvelle. Depuis que j’ai découvert la déportation de mon prédécesseur, j’ai demandé qu’un universitaire veuille bien se livrer à des recherches sur ce sujet. Je puis vous annoncer que, grâce à un accord entre le Centre d’histoire « Espaces et Cultures » de  l’université Blaise Pascal, la communauté juive, l’Eglise  Protestante  unie, et le diocèse de Clermont, nous avons  permis à un jeune universitaire M. Julien Bouchet, de faire des recherches sur les Justes en Auvergne. Son travail vient d’aboutir. Il sera publié à l’automne. Je suis heureux de pouvoir vous l’annoncer aujourd’hui.

Je suis heureux également de pouvoir vous annoncer qu’un colloque aura lieu au mois de novembre prochain, ici-même et à Ambert, autour du deuxième centenaire de la mort du Père Gaschon. Grâce au travail dynamique et rigoureux du Père Sanson, de l’abbaye de Randol, je crois pouvoir vous dire que cette cause avance. Et sans attendre, nous pouvons tirer grand profit d’une connaissance approfondie ou renouvelée, du témoignage donné par ce prêtre dans des temps eux aussi difficiles.

En cette année 2015 nous aurons aussi à marquer le bicentenaire du martyre de Saint Gabriel  Taurin  Dufraisse, originaire de la paroisse de Lezoux.

Je n’aborde que d’un mot le travail en vue de la prochaine session du Synode Romain sur la famille et le mariage. Plusieurs conférences nous permettront prochainement de développer ce que nous pouvons faire dans cette perspective.

En votre nom, je remercie toute l’équipe d’animation du Centre Diocésain de Pastorale qui nous accueille ce soir, ainsi que toutes les personnes qui ont préparé la célébration qui vient de nous rassembler et le moment de convivialité qui va suivre.

J’espère enfin que vous avez pu admirer le Grand livre sur notre Cathédrale que je vous avais annoncé l’an dernier. Merci au Professeur Bernard Dompnier et à tous ses collaborateurs pour ce beau monument éditorial !

Et je vous souhaite de trouver vraiment votre joie dans le service et dans le témoignage rendu au Christ !

+ Hippolyte Simon,
Archevêque de Clermont.

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