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Le Denier

Disciples ou partisans ?


Depuis les événements tragiques du mois de janvier, notre pays est traversé par de nombreux débats concernant les religions, leur expression dans l’espace public, la laïcité, etc. Ces débats sont certainement nécessaires. Il convient en effet de participer à cet effort de réflexion et d’approfondissement. Une société comme la nôtre ne peut pas se contenter d’indices économiques, aussi importants soient-ils. Il faut aussi s’interroger sur le sens que l’on peut donner à son existence personnelle et sur les références communes qui peuvent nous aider à vivre ensemble.

Mais, à voir la manière dont ces débats se déroulent, nous risquons d’affronter une tentation : celle d’être pris dans une sorte de surenchère qui réduirait des religions à n’être que des identités culturelles et sociales, plus ou moins opposées les unes aux autres.

Il y a incontestablement une part d’héritage culturel dans la manière d’exprimer son expérience religieuse. En Occident,  nous avons de longs siècles d’enracinement dans la tradition catholique. Nous avons reçu de nos pères tout un patrimoine architectural, littéraire et théologique. Mais nous ne devons jamais oublier ceci : au cœur de l’expérience religieuse chrétienne il y a la rencontre de la personne de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous. C’est Lui que nous adorons comme notre unique Sauveur. Il s’agit donc de le suivre, Lui, en essayant d’être aussi cohérents que possible, dans notre vie quotidienne, avec les enseignements qu’il nous a donnés. Il s’agit surtout de « marcher en sa présence  » et de discerner les appels qu’Il nous adresse au travers des événements que nous vivons.

Dès le premier jour de la prédication chrétienne, au soir de la Pentecôte, lorsque les auditeurs des apôtres demandent :  » Frères que devons nous faire ?  » la réponse de l’Apôtre  Pierre est limpide : « convertissez-vous, et faites-vous baptiser. »

Conversion, voilà le maître mot, l’appel décisif adressé à chacun, personnellement. Et cet  appel à la conversion doit ensuite devenir contagieux, de proche en proche. Les disciples du Christ ne sont donc pas d’abord assemblés pour faire nombre. Ils sont là pour marcher humblement à la suite de leur Maître et Seigneur. Et ils ont à s’entraider aussi fraternellement que possible à mettre leurs pas dans les siens.

Il ne faudrait donc pas que la surenchère entre les communautés religieuses nous invite à devenir des partisans. C’est à dire des gens rassemblés autour d’idées ou de mots d’ordre.  Il convient de méditer ici sur toute la différence qui peut exister entre le fait d’être disciples du Christ et le fait de défendre des idéaux, aussi nobles soient-ils. Le disciple s’efforce de rester fidèle, même s’il est seul. Les partisans ont besoin d’être nombreux pour faire avancer leurs idées.

La semaine de la Passion et les fêtes Pascales qui approchent sont là pour nous le rappeler. Le jour des rameaux la foule était constituée de partisans qui acclamaient bruyamment celui qu’ils étaient prêts à considérer comme un libérateur temporel. Mais tous ces partisans se sont évanouis le vendredi saint. Au pied de la Croix il ne restait que quelques disciples fidèles.

En ces temps difficiles que nous traversons, il est normal que des citoyens se réunissent et essaient de faire triompher leurs convictions. Mais n’oublions jamais que le Christ nous demande d’abord de le suivre, en nous laissant conduire par l’Esprit qu’Il a envoyé sur ses Apôtres et que nous avons nous aussi reçu lors de notre baptême et de notre confirmation .

+ Hippolyte Simon
Archevêque de Clermont

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