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« Dans la lumière de Pâques, la liberté chrétienne », par Mgr Simon


Dans le contexte difficile que traverse l’Eglise catholique depuis quelques semaines, notre évêque nous invite dans son édito à contempler la vérité profonde de l’Eglise, enracinée dans le Mystère de la mort et de la Résurrection de Jésus-Christ, et de ce que nous sommes par notre baptême. Mgr Simon donne également quelques échos du travail qu’ont accompli les évêques réunis à Lourdes durant leur Assemblée plénière de ce mois de mars 2010.

Mgr Hippolyte Simon Archeveque de clermont« Nous rendons grâces à Dieu à tout moment pour vous tous, en faisant mention de vous sans cesse dans nos prières. Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Thessaloniciens 1, 2-3).

Ces paroles de l’Apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique, je les fais miennes en ces jours où nous sommes réunis à Lourdes pour notre assemblée de printemps [Assemblée des évêques mars 2010]. C’est vraiment le fond de ma prière. Comme tous mes frères évêques, je suis en effet témoin de tous vos engagements au service de vos familles, dans les associations les plus diverses, dans la complexité de votre vie professionnelle, dans les responsabilités civiques aussi bien que dans la diversité des communautés d’Eglise. Et notre premier mouvement est de rendre grâces, comme le faisait Saint Paul, pour cette richesse de dons et de charismes qui se manifeste ainsi dans la trame ordinaire de votre vie. Nous risquons toujours de dévaluer notre vie quotidienne, habitués que nous sommes à attendre des événements spectaculaires. Mais en nous situant ainsi dans l’élément de la prière, qui est la vérité de notre existence, nous mesurons le prix de chacune de nos vies, dès lors que nous les replaçons dans la lumière du Christ.

Nous voici dans la Semaine Sainte au cours de laquelle nous sommes invités à suivre le Christ sur le chemin de sa Passion, de sa mort et de sa Résurrection. Nous partageons la joie de tous les catéchumènes qui vont recevoir le baptême de Renaissance. C’est pourquoi je veux inviter toutes les communautés de notre diocèse à retrouver la ferveur des commencements dans la Foi.

Cette invitation peut sembler en décalage avec le regard que beaucoup, dans notre société, portent sur l’Eglise. Mais n’hésitons pas à contempler la vérité profonde de ce que nous sommes devenus par notre baptême. Car l’Eglise est d’abord enracinée dans le Mystère de la Mort et de la Résurrection de son Seigneur. Et tous les efforts que nous pouvons déployer, les uns et les autres, selon notre ministère et nos responsabilités, ne prennent sens que dans cette Lumière.
Le fait de contempler ainsi l’Eglise dans sa réalité profonde ne nous conduit pas à masquer les difficultés du temps présent. Nous avons continué la réflexion que nous avons engagée l’an dernier : « Demain, l’avenir de nos communautés. » Nous sommes lucides et réalistes sur nos limites et nos fragilités. Mais ce serait nier la réalité profonde de ce que sont nos communautés si nous nous enfermions dans des constats sociologiques sans prendre en considération la vérité « sacramentelle » de ces mêmes communautés.

Comme nous l’avons exprimé à plusieurs reprises, et en particulier dans la « Lettre aux catholiques de France », en 1996, nous savons bien que l’Eglise catholique subit, comme toutes les institutions de notre pays, les conséquences d’une formidable mutation culturelle et sociale. Nous sommes à la fois les contemporains et les acteurs d’un véritable changement de civilisation. A bien des égards, nos communautés font figure de « petit reste », comme on pouvait le dire du peuple d’Israël aux temps de l’Exil ou de la diaspora (Cf Baruch 2,13). Mais nous savons aussi que la vocation de ce petit reste est de devenir comme un « levain » dans l’ensemble du corps social (Luc 13, 21).

C’est la raison pour laquelle nous ne nous décourageons pas. Nous voulons continuer à mettre en œuvre tout ce qui est en notre pouvoir pour former des communautés vivantes et rayonnantes. Les réformes que nous avons initiées et que nous devons poursuivre, souvent, il est vrai, sous la contrainte du petit nombre des animateurs possibles, ne peuvent porter de fruit que si nous les enracinons dans la prière et dans la disponibilité à l’œuvre de l’Esprit en nous et à travers nous. C’est le sens profond de ce que nos vivons dans cette « année de l’Esprit Saint », à Clermont.

Continuons de déployer toutes les responsabilités et tous les charismes qui peuvent être confiés, par délégation et pour un temps défini, à des laïcs, en vertu de leur baptême et de leur confirmation. Ce déploiement doit s’accompagner d’un effort de formation théologique et spirituelle qui donne à chacun de mieux percevoir la véritable signification des tâches accomplies et les moyens d’assumer leurs responsabilités.

Redécouvrons les charismes de tous les religieux et religieuses qui nous aident à percevoir comment tout ce que nous pouvons vivre s’inscrit dans la perspective du Royaume à venir.

messe Chrismale

En même temps, réitérons notre engagement à interpeller des candidats pour le ministère ordonné. Selon la plus grande Tradition de l’Eglise catholique, le ministère ordonné, c’est-à-dire le ministère des évêques, des prêtres et des diacres, constitue comme « la colonne vertébrale » de l’Eglise. Il est essentiel pour rappeler à toutes nos communautés qu’elles ne sont pas à elles-mêmes leur propre origine, mais qu’elles se reçoivent du Seigneur et qu’elles sont envoyées au service de toute l’humanité.

En France, le ministère des diacres permanents, « diacres pour le service », a été rétabli voici quarante ans. Il reste encore mal connu et inégalement mis en œuvre. Nous devons veiller à faire encore mieux découvrir sa véritable signification sacramentelle.

Pour d’autres raisons, le ministère des prêtres est lui aussi mal connu. D’une part, son exercice s’est profondément modifié depuis la seconde guerre mondiale du fait des transformations qui ont affecté l’ensemble de la société, et donc aussi la structure des paroisses, des mouvements d’apostolat et des diverses aumôneries. D’autre part, l’évolution des mœurs entretient un procès permanent à l’encontre du choix opéré par l’Eglise latine, que l’on désigne couramment par l’expression : « l’obligation du célibat. » En réalité, s’il s’agit d’une « obligation », c’est à l’Eglise qu’elle s’adresse et non pas aux candidats. Si l’Eglise a fait le choix de n’appeler au ministère presbytéral que des hommes qui se sont engagés au préalable à vivre dans le célibat, il faut redire avec force que personne n’est obligé de devenir prêtre, et donc que personne n’est obligé de s’engager à rester célibataire !

Le ministère presbytéral n’est pas un droit que l’on puisse revendiquer. C’est un service pour lequel on peut librement se rendre disponible après un discernement attentif. Cet appel devient alors une Vocation reçue du Seigneur. Ce service s’enracine dans le don que le Christ a fait de lui-même, au soir du Jeudi Saint et dans la nuit de sa Passion. C’est la contemplation de ce Mystère d’un Amour donné sans retour qui nous appelle à servir la liberté des jeunes catholiques en leur proposant de réfléchir à leur avenir en termes de vocation. Car c’est à ce degré de profondeur et d’intériorité que chacun peut librement décider de sa vie : en réponse à un Appel reconnu comme venant de la part du Seigneur, à la manière du jeune Samuel (1 Samuel 3, 4).

Dans une société où la crise accroît les précarités subies, il devient tentant de penser que les êtres humains n’ont aucune part de responsabilité dans la conduite de leur vie. Tout semble s’enchaîner comme par fatalité. Mais il n’est pas vrai que nous soyons condamnés à subir la fatalité économique. Il n’est pas vrai non plus que nous soyons condamnés à vivre notre vie affective et familiale comme si nous n’avions aucune part de responsabilité. Au contraire, baptisés en Christ, nous avons la liberté d’opérer des choix fondamentaux et de nous engager dans une fidélité voulue et assumée. Alors, dans une société où beaucoup se pensent comme soumis à des déterminations inhumaines et aveugles, nous pourrons devenir des témoins de l’intériorité et de la liberté. Ce sera le premier et peut-être le plus grand service que nos communautés pourront rendre à nos contemporains. Ainsi vécue dans la liberté qui vient du Christ, la vie chrétienne la plus obscure peut devenir véritablement prophétique.

En ces jours où nous allons célébrer la Résurrection de Jésus, préparons notre cœur à accueillir la Paix qu’il donne à tous ses disciples !

+ Hippolyte SIMON,
Archevêque de Clermont
24 Mars 2010

Publié dans le n°139 des
« Nouvelles du Diocèse de Clermont »

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