Facebook
Agenda
Web-TV
Rcf
Le Denier

« De quoi parliez-vous donc en chemin ? »

Notre archevêque


« De quoi parliez-vous donc en chemin ? »

Ces quelques mots de Jésus, adressés aux disciples en route vers Emmaüs (Lc 24,17), viennent aussitôt à l’esprit, lorsque nous relisons l’événement vécu dans notre diocèse, du jeudi 21 au samedi 23 mai derniers. Partis pour « cheminer ensemble » durant une première, puis une seconde « année de la synodalité », nous avons souhaité vivre, en fin de parcours, un temps de « colloque », c’est-à-dire un temps pour parler ensemble.
Le thème retenu par l’équipe de pilotage : « Quelle gouvernance pour une Église en sortie ? » nous orientait a priori vers une étude de l’organisation ecclésiale, plutôt que vers l’élaboration d’une nouvelle stratégie missionnaire. Ne fallait-il pas commencer par définir ce qu’est une « Église en sortie » (les écrits du pape François pouvaient nous y aider) avant de discuter du type de gouvernance adéquat ? En fait, la manière de traiter le sujet nous a préservés d’un débat centré sur des problématiques internes. Nous avons parlé d’organisation, tout en gardant le souci premier de vivre et d’annoncer l’Évangile.

I – Qu’allons-nous retenir de ce « colloque » ?

Dans sa conférence d’ouverture, Arnaud Join-Lambert nous a invités à regarder en face la crise (ou plutôt les crises : sécularisation, abus, pandémie) que traverse l’Église catholique aujourd’hui. Il nous a rappelé qu’une crise est à la fois un moment dangereux et l’opportunité d’un rebond. Autrement dit, il y a un « moment favorable » à saisir. Si la gouvernance est en crise, le moment est favorable pour une nouvelle approche des ministères en Église et pour un nouveau déploiement de la vocation baptismale.
Dans les deux séances (vendredi matin et samedi matin) avec les acteurs pastoraux, nous sommes partis d’une enquête sur les différents modes de gouvernance paroissiale existant dans notre diocèse selon le droit canonique. Comme les questions de gouvernance se posent également au niveau du diocèse, une autre séance était programmée, vendredi après-midi, autour du Conseil épiscopal, avec les doyens et l’équipe de pilotage.
Notre diocèse compte à ce jour, pour trente-deux paroisses, vingt-quatre prêtres assumant une charge curiale. Le nombre de prêtres diminuera encore dans les prochaines années. Que faire ? Conserver le système à tout prix, et voir le tissu se distendre jusqu’aux limites du possible ? Tenter de remailler avec des forces neuves, à supposer qu’on en trouve ? Rêver d’une Église différente, mais sous quelle forme ?
La question du nombre de prêtres disponibles est moins urgente que celle de la présence des ministères au service des communautés paroissiales. Notre premier tour d’horizon sur la gouvernance a fait ressortir l’importance du ministère du prêtre, sans laisser pour autant dans l’ombre ces autres acteurs de la pastorale en paroisse que sont les EAP, les conseils pastoraux et les conseils économiques, mais aussi les coordinatrices paroissiales, les diacres et les laïcs en mission.
Le ministère du prêtre ne doit pas absorber toute question sur le ministère. Il existe d’autres ministères dans l’Église. Le pape François vient justement de donner une nouvelle impulsion aux ministères institués de lecteur et d’acolyte, et d’en créer un troisième, celui de catéchiste. Sans compter ceux que le droit permet d’instaurer pour les besoins de l’Église particulière. Dans notre diocèse, ne voit-on pas ici ou là des « veilleurs » et des « guetteurs » ? À quel avenir sont-ils promis ?
En somme, il ne s’agit plus de couvrir le territoire par un système de curés résidents. Notre diocèse n’en a plus les moyens, et ce système n’est pas absolument nécessaire à la vie de l’Église. Il s’agit plutôt de mettre à disposition le ministère (sous ses différentes formes), de manière suffisamment significative, au service des communautés chrétiennes, de telle sorte qu’elles soient en capacité de réaliser leur mission première : annoncer l’Évangile.
Déjà nous voyons le fruit de nouvelles expériences. Le ministère presbytéral se déploie en certaines paroisses selon une autre distribution de l’espace et du temps. Les prêtres (au pluriel, car ils travaillent en équipe) ne résident plus en un lieu unique, mais alternativement en différents lieux, au rythme de « semaines missionnaires ». Ainsi, paradoxalement, ils sont davantage présents au service des communautés. De telles expériences méritent d’être accompagnées et relues avec soin.
Si nous sommes attentifs aux signes des temps, à l’écoute de ce que l’Esprit dit aux Églises, alors il nous faut prendre en compte ce qui se vit, ce qui se cherche, même si cela nous fait sortir des pratiques séculaires ou des discours convenus. L’itinéraire souvent atypique des catéchumènes, l’intégration des néophytes, les initiatives écologiques et solidaires, la quête d’une sobriété heureuse, la pastorale des familles relancée à la faveur de l’année Amoris laetitia, le projet d’un « tiers-lieu » d’Église en Livradois avec la Mission de France, entre autres, appellent un discernement approfondi ainsi qu’un suivi régulier.

II – Qu’allons-nous faire à présent ?

1. Établir et animer les lieux significatifs où se réalise une forme de synodalité

Au niveau du diocèse, le Conseil épiscopal, afin de mieux répondre à sa vocation d’animation de l’Église diocésaine dans son ensemble, sera élargi à de nouveaux membres. Un Conseil pastoral diocésain, dont la création est annoncée depuis longtemps, sera constitué à la rentrée prochaine.
Au niveau paroissial, le Conseil pastoral de paroisse n’existe pas dans toutes les paroisses du diocèse. Son rôle, sa composition, son fonctionnement ne sont pas toujours bien compris. Lors de sa dernière session, le Conseil presbytéral en a validé les nouveaux statuts, que je promulgue ces jours-ci : c’est une invitation pressante à les constituer là où ils n’existent pas encore, à les relancer là où ils manquent d’entrain.
Les Lois synodales du diocèse de Clermont, promulguées à l’issue du Synode diocésain de l’an 2000, instauraient une assemblée paroissiale annuelle (cf. n° 18). L’un des objectifs de notre « année de la synodalité » n’était-il pas justement de relever les décisions synodales qui attendaient encore une mise en oeuvre ? Quelques paroisses prennent parfois l’initiative de telles assemblées, à l’occasion par exemple d’une visite pastorale de l’évêque. Cela doit devenir habituel dans toutes les paroisses.
Entre le diocèse et la paroisse se trouve un échelon intermédiaire : le doyenné. Celui-ci ne saurait devenir une nouvelle entité pastorale au sens propre du terme, d’autant plus que ses contours sont actuellement instables. Nous pouvons cependant encourager les collaborations paroissiales de proximité. Rencontres des prêtres, des EAP, des acteurs pastoraux, pour une réflexion commune, pour un échange de bonnes pratiques, sont aussi des manières de vivre la synodalité.

2. Avancer dans l’appel et dans la formation aux ministères

Nous pouvons déjà appeler et former en vue d’un ministère de la Parole, pour donner suite à la réflexion engagée et conclue par le Conseil presbytéral (cf. session du 21 avril 2021). Une équipe diocésaine sera nommée prochainement pour faire avancer ce dossier.
Il faut maintenant engager la réflexion à propos des différents autres ministères définis tout récemment par le pape et rendus accessibles à tous les fidèles du Christ, hommes et femmes : lecteurs, acolytes, catéchistes. Le discernement, l’appel, la formation, ne peuvent se faire du jour au lendemain, ni sans concertation avec les autres diocèses. Cependant, la voie est largement ouverte pour un renouveau des ministères exercés par des laïcs.

3. Poursuivre notre cheminement synodal

Le colloque était annoncé comme un « point d’étape ». Cela laisse entendre que le voyage continue, que nous allons encore cheminer et parler ensemble. Je ne pense pas que nous allions, dans l’immédiat, vers la célébration d’un synode diocésain. Arnaud Join-Lambert a évoqué les enjeux d’un synode ou « concile » provincial, prévu par le droit, et dont le prototype en France est le concile provincial de Lille (2013-2015). Nous pouvons y songer, mais ce n’est pas non plus pour tout de suite.
En revanche, un appel nous vient de Rome. Le prochain Synode des évêques convoqué par le pape François aura précisément pour thème : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Le pape veut engager l’Église universelle dans ce processus. Chaque diocèse du monde catholique sera consulté. C’est une chance pour notre diocèse. Une célébration d’ouverture est déjà prévue le dimanche 17 octobre 2021. Il ne faut pas manquer cette aventure synodale. Ce que nous venons de vivre en « colloque », modestement mais avec conviction, nous y prépare.

III – Animés par l’Esprit de Pentecôte

Notre colloque a déjà pris fin. Nous pouvons rendre grâce pour ces quelques heures de parole risquée, écoutée, partagée. Nous avons pu échanger nos points de vue, en présence ou à distance, sur le devenir de notre Église. Nous avons eu la joie de conclure ce temps fort à la cathédrale, par une messe de la Pentecôte, au cours de laquelle treize personnes adultes ont reçu le sacrement de la confirmation.
L’Église en sortie est une Église de baptisés confirmés, de disciples missionnaires. L’Esprit lui est donné en vue du témoignage rendu à Jésus-Christ mort et ressuscité. L’Église n’a pas d’autre raison d’être que de rendre ce témoignage. En elle, toute organisation, toute gouvernance, est ordonnée à cette mission. Il convient donc, alors que nous cherchons ensemble une forme de gouvernance plus participative, de promouvoir une dynamique de conversion spirituelle permanente des communautés chrétiennes. Pour être bien « gouvernée », l’Église doit être « animée » par le souffle de l’Esprit-Saint !
Le chemin synodal que nous avons essayé de tracer ensemble depuis trois ans s’est ouvert lentement sous nos pas. Nous y sommes bien engagés désormais. Comme dans toutes les randonnées, certains vont de l’avant, et voudraient être déjà rendus… tandis que d’autres s’attardent ou sont tentés de s’arrêter. Les rythmes sont différents, mais la direction nous est commune, et nous avons tous un même compagnon de route. Le chemin des disciples d’Emmaüs s’achève à Jérusalem, dans le joyeux échange, avec les Onze et leurs compagnons, d’une même bonne nouvelle : « c’est bien vrai, le Seigneur est ressuscité ! » (Lc 24,34).

+ François KALIST
Archevêque de Clermont


X