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Comment Vatican II a-t-il parlé de Marie ?

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Deux dogmes, très récents[1] dans l’histoire de l’Église, concernent la Vierge Marie au premier chef : celui de l’Immaculée Conception (1854) et celui de l’Assomption (1950). Pour certains catholiques, ces deux dogmes sont de trop ; pour d’autres au contraire, il faut aller plus loin encore… Quoi qu’on en pense, ils sont l’aboutissement de la piété mariale qui habite l’Église depuis la fin de l’époque patristique. Quelques années après la proclamation du dernier dogme, le concile Vatican II (1962-1965) nous a donné une orientation, un cadre pour envisager la place de Marie dans la foi catholique.

 

« Dans » l’Église, « au-dessus » de l’Église, un peu « à part » ?…

 

Il faut dire que Marie fut cause d’un moment de crise dès le début du dernier concile. Un « schéma préparatoire »[2] intitulé « La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes » a été proposé au vote des évêques dès la 1e session (1962). Deux courants se profilèrent nettement, presque à parité. Pour une petite moitié des Pères conciliaires, un tel texte consacré à Marie elle-même allait dans le bon sens, celui au fond d’un parallélisme de plus en plus net entre le Christ et Marie. Mais pour une majorité, il fallait resituer Marie dans son rapport à l’Église et son rôle dans l’histoire du salut. C’est ainsi que fut abandonnée l’idée d’un texte isolé au profit de la rédaction d’un chapitre consacré à la mère de Jésus dans la grande constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium (LG). Le titre[3] de ce chapitre VIII de LG témoigne à lui seul de l’intention du concile : situer Marie « dans le mystère du Christ et de l’Église ». Comme nous l’écrivions en d’autres termes dans les textes précédents, Marie ne peut être envisagée que dans son rapport à Jésus-Christ et à son Corps qui est l’Église. Elle n’est pas en-dehors ni au-dessus de l’Église, elle en est l’un des membres, même si elle en est un membre tout à fait singulier.

Le concile a ainsi refusé l’élaboration de nouveaux titres pour Marie (par exemple, beaucoup voulaient – et voudraient encore – qu’elle soit dite « co-rédemptrice ») ou de nouvelles définitions, et il a privilégié une relecture biblique, patristique et plus largement de la tradition de l’Église à son sujet. Avec un point d’attention constant : veiller à préserver les fruits du mouvement œcuménique en cours depuis le début du XXe siècle. Nous pouvons mesurer l’une des conséquences positives de ce « recadrage » opéré par le concile dans le fait que nous sommes globalement passés d’une vision de Marie-Reine bardée de ses titres et privilèges, à la redécouverte de la Fille d’Israël qui a accueilli le projet de Dieu dans la foi.

 

Coopératrice du plan de salut de Dieu ?

 

En rejetant le « schéma préparatoire » sur la Vierge, les évêques ont refusé que l’on considère Marie comme médiatrice du salut, comme une sorte d’intermédiaire entre les hommes et Dieu. Le chapitre VIII de LG rappelle que c’est bien le Christ qui est « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Timothée 2, 5-6) : voilà le principe directeur à partir duquel doit être envisagé tout ce que nous disons sur le rôle de Marie dans l’histoire du salut ! Il ne faut pas oublier qu’elle est, elle aussi, une créature sauvée par la mort-résurrection du Christ. En ce sens, elle est « fille de l’Église », comme le seront ensuite tous les baptisés. Elle est en même temps « mère » et « modèle » pour tous les croyants, en raison de sa foi et de la place qu’elle a tenu dans la naissance et la vie de Jésus. Son rôle est entièrement tourné vers le Christ. Vatican II rappelle qu’aucune créature « ne peut jamais être mise sur le même pied que le Verbe incarné et rédempteur. » (LG 62) Il rappelle également que cette médiation unique du Christ suscite bien « une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source » et que « ce rôle subordonné de Marie, l’Église le professe sans hésitation » (LG 62).

Bref, si Marie est « modèle de l’Église » (LG 63) (et non pas des femmes…), c’est bien dans l’ordre de la foi et dans son acquiescement à la volonté divine. Si elle coopère d’une façon éminente à l’œuvre de Dieu, par sa maternité bien sûr, c’est comme « humble servante du Seigneur » (LG 61).

 

Honorer Marie

 

Vatican II rappelle que Marie est honorée sous le titre de « Mère de Dieu » depuis des siècles, que les fidèles « se réfugient sous sa protection » (LG 66) et l’invoquent à raison d’une façon unique. Leur prière d’intercession se vit toujours « dans la communion de tous les saints » (LG 69). Mais surtout, parce que le point d’ancrage doit être le mystère du Christ et de l’Église, le concile nous indique de quelle façon envisager la prière à ou avec Marie : entre l’idolâtrie qui confond créature et Créateur, et l’adoration qui n’est destinée qu’à Dieu seul, la dévotion ou la vénération trouvent leur juste place. La dévotion mariale « ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité » (LG 67). La « vraie dévotion » dit le texte, « procède de la vraie foi », autrement dit de la foi en Dieu qui est Père, Fils et Esprit. Comme en bien d’autres domaines, il nous faudra toujours évangéliser notre rapport à Marie…

Laurence Attenelle
Responsable du service diocésain de la formation permanente

 

[1] Les deux autres dogmes mariaux existants se voulaient en réalité une réponse aux hérésies de leur
temps portant sur les deux natures, divine et humaine, du Christ ! (Marie Theotokos, « mère de Dieu », en 431 au concile d’Éphèse ; Marie « toujours vierge », en 649 au synode de Latran)

[2] C’est-à-dire une proposition de texte de base visant à être discutée par le concile.

[3] Le titre complet du chapitre VIII est : « La bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église ».


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