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Bref parcours sur l’accueil, le 13 juin 2020


Les étapes de ce parcours concernant l’accueil que nous pratiquons dans nos églises, sont échelonnées par des extraits du chapitre 47 du Livre d’Ézéchiel. En effet, ce chapitre est la description du nouveau sanctuaire : le sanctuaire voulu par Dieu et non pas construit par les hommes.

Il n’est pas anodin qu’en réfléchissant sur notre accueil nous entendions ces paroles qui nous parlent du sanctuaire : un lieu d’où sort la vie abondante (cf. Jean 10, 10 et 7, 38).

Et voici que des eaux sortaient de dessous le seuil de la maison
Ézéchiel 47,1

Le bâtiment religieux
a sa langue,
ses signes.

Qui va révéler les signes ?
Qui va interpréter le langage ?
Qui fera voir l’invisible ?

Il me fit sortir par le portique du septentrion
et me fit faire le tour à l’extérieur
Ézéchiel 47,2

Le bâtiment religieux
s’inscrit dans un espace,
il est marqué par le temps.
Depuis son élévation l’homme est intervenu :
décorations, réparations, restaurations,
restructurations, agrandissement,
nouvelles images, nouvelles statues,
nouvelle forme de culte,
tentatives de retrouver un état primitif.
Le bâtiment original, à son état brut, n’existe pas.
S’il était récent, il sera néanmoins approprié par ses usagers.

Il me fit passer par cette eau : de l’eau jusqu’aux chevilles
Ézéchiel 47,3

Le bâtiment religieux,
     mon église,
          est, en quelque sort, un média.
Il a son histoire ;
et moi qui entre,
               moi aussi j’ai mon histoire ;
mon histoire avec lui,
               ou avec un autre.
Nos histoires sont parallèles ou croisées.
Des événements me concernant s’y sont passés,
               dans celui-ci ou dans un autre, semblable.
Cette église crée des relations :
          c’est pourquoi elle est comme un média …

Moi qui accueille ceux qui entrent …
          Est-ce moi qui met en lien ?
          Et si le bâtiment se chargeait du lien ?
               Si je ne faisais qu’accompagner la rencontre ?
Et comment évoquer pour celui qui entre, l’indicible ?

Il en mesura encore mille : torrent que je ne puis traverser
Ézéchiel 47,5

Évangile de Jean, 1, 43-36 :

Le lendemain Jésus voulut partir pour la Galilée et il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi ». Philippe était de Bethsaïde la ville d’André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi ainsi que les Prophètes nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth ». Et Nathanaël lui dit : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois ».

La rencontre avec Jésus se fait soit directement : « Suis-moi »,
soit indirectement, par ses intermédiaires : « Viens et vois ».
Elle est une invitation.
Rien n’est forcé, mais il faut juger par soi-même ; c’est-à-dire se prononcer.
Une personne va répondre par l’affirmative ;
une autre ira d’un questionnement à un suivant pour ensuite accepter ce qui lui a été dit :
          « Nous l’avons trouvé ».
Dans l’accueil, se loge à un moment donné, la confiance.
Elle est exigée, et pourtant ne viendra que par la volonté de celui qui est invité.
Cependant, la confiance est d’abord dans l’accueillant.
Il a confiance dans la réponse positive de celui qu’il invite.
La démarche pour arriver à la confiance est plurielle.

Évangile de Marc, 5, 25-29 :

Et une femme qui avait un flux de sang depuis douze ans et avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins, et avait dépensé tout ses biens et n’en avait retiré aucun profit mais allait plutôt plus mal, ayant entendu parler de Jésus elle vint dans la foule par derrière et toucha son vêtement, car elle disait : « Si je touche seulement ses vêtements je serai sauvée ». Aussitôt la source de son sang fut asséchée, et elle connut en son corps qu’elle était guérie de son infirmité.

Le vêtement de Jésus est médiateur du salut pour la femme qui est en perte de sang.
Elle n’est pas été invitée à venir le toucher.
Il ne nous est pas dit que le vêtement de Jésus a une vertu spéciale de guérison,
          ni d’ailleurs aucune autre partie de ce qui lui appartient.
L’évangéliste nous préserve de tout fétichisme,
          et de toute idolâtrie à propos de ce qui a touché Jésus.
Ce manteau peut être porté par n’importe qui.
La femme sait qu’en touchant une partie du vêtement elle touche l’homme qui le porte.

              C’est un fait.
Ce n’est pas le vêtement qui l’attire, mais la personne de Jésus.
Le vêtement se prête au jeu du toucher sans attenter directement à la personne.
              Le fait est que ce vêtement est porté par Jésus,
          c’est une part de l’énergie de Jésus qui atteint la femme souffrante.
C’est comme si Jésus l’avait touchée elle-même.

Et si l’accueillant était comme le vêtement du Christ,
ou l’église comme le vêtement du Christ ?
La personne qui accueille,
tout comme le bâtiment qui accueille,
peut-elle être un média en vue d’une guérison attendue ?

Faut-il s’en étonner ?
Faut-il s’en excuser ?

Évangile de Matthieu, 15, 21-28 :

Sortant de là Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Et voici : une femme cananéenne, sortant de cette contrée, cria vers lui, en disant : « Prends pitié de moi, Seigneur, Fils de David, ma fille est sévèrement tourmentée par un démon ». Il ne lui répondit pas une parole. En s’approchant, ses disciples le priaient en disant : « Renvoie-là car elle crie après nous ». Répondant il dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Venant elle se prosternait devant lui : « Seigneur aide-moi ! » Prenant la parole il dit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et le jeter aux petits chiens ». Elle dit : « Oui Seigneur ! En effet les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » Alors Jésus répondant lui dit : « O femme ta foi est grande qu’il advienne pour toi comme tu veux ». Et sa fille fut guérie dès cette heure-là.

Personne ne l’a invitée à venir parler à Jésus.
C’est une étrangère à la religion israélite.
Une voix intérieure, une voix pressante,
          – la détresse de sa fille en péril –,
          lui fait briser toutes les barrières.
Mais la foi de la femme est aussi dialogue.
Elle parle avec Jésus, elle parle avec Dieu (comme Job).
Elle ne fait pas qu’exiger ou attendre ou supplier,
          elle explique comment sa démarche est véridique,
          comment elle s’inscrit dans la démarche religieuse de Jésus.
Elle fait comprendre à Jésus qu’elle se reçoit de lui.
Sa foi est dans la justesse de sa position vers Dieu :
          elle sait qu’il est créateur de la vie.

          L’accueillant que je suis a-t-il cette même foi au Dieu Créateur de la vie
                   vis-à-vis de ceux qui viennent peut-être mendier ce goût de la vie,
                            à travers nous, à travers le bâtiment ?
Est-ce que je crois en la résurrection des morts ?
Moi qui veut pour accompagner ceux qui viennent ;
moi qui reçoit ceux qui cherchent un sens à ce qu’ils voient ?

Et il me dit : – Fils de l’homme, as-tu vu ?
Ézéchiel 47,6

Que témoigne cette église que je fais visiter ?
De la prouesse artistique et esthétique des architectes et des créateurs ?
De l’inventivité débridée ou de la morne répétitivité des artisans ?
De la somptuosité des donateurs, bien représentés dans des peintures, fresques et vitraux ?
De la ténacité des évêques, prêtres, et autres clercs qui travaillèrent à ériger cette église ?

L’église n’est-elle pas avant tout le lieu qui abrite la communauté chrétienne
          réunie pour l’eucharistie ?
Son programme iconographique n’a pas d’autre but que de contribuer à intégrer ceux qui viennent.
Alors que le temps de sa création s’est éloigné,
          comment puis-je dialoguer avec le lieu ?
Quelles sont les connexions que je peux faire ?

Quoi qu’il en soit de son état actuel,
          une église est porteuse de la présence de ceux qui sont venus s’agenouiller devant le Seigneur,
                   le remercier ou pleurer.
Elle est sacrée par la rencontre entre Dieu et l’homme qui s’y déroula,
          et s’y déroule encore sûrement.
Mais à force de s’habituer à la décoration intérieure et recherchée de nos lieux de vie quotidiens,
          nous avons fini par trouver l’église comme une habitation étrangère, froide et moisie.
La religion que nous pratiquons elle-même sent le moisi.
Nous avons depuis longtemps, préféré les intérieurs chauds de nos appartements,
          si joliment décorés aux moments de fêtes.
Comment ceux qui viennent dans ces églises
          ne seraient-ils pas convaincus de l’obsolescence du lieu,
                   puisque nous-mêmes nous n’y entrons que pour les faire visiter ?
Avez-vous l’idée de faire visiter un EHPAD ?
Sinon parce que vous y entrerez un jour, ou un proche …
Et que ne dit-on pas quand on le visite ?
Est-ce un lieu qui nous réjouit d’habiter ?

Et il arrivera que tout être vivant qui se meut partout où parviennent les deux torrents vivra
Ézéchiel 47, 9

Première lettre de Paul aux Corinthiens, 11, 23-26 :

Car, pour moi, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai aussi transmis : que le Seigneur Jésus dans la nuit où il fut livré reçut du pain et après avoir rendu grâces le rompit et dit : « Ceci est mon corps pour vous, faites cela en mémoire de moi ». Et de même après avoir soupé, il prit le calice en disant « Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang, faites cela toutes les fois que vous en boirez en mémoire de moi ». Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez le calice, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

Nous faisons ce que nous avons reçu.
Ce n’est pas une invention de notre part.
La réception des paroles du Christ est fondamentale
          pour que le sens soit transmis en même temps que les gestes.
Ainsi en pratiquant ce que nous avons reçu, intégralement,
          nous nous rendons présent au repas du Seigneur,
          et nous le rendons présent à notre temps.

                    « Jusqu’à ce qu’il vienne » ne signifie pas l’attente de Paul ou des Corinthiens.
                   « Jusqu’à ce qu’il vienne » devient notre foi et notre espérance
                            par célébration de la Pâque du Christ.

Tout baptisé est invité à participer pleinement à ce repas ainsi qu’à communier à cette espérance.
Par la célébration de l’eucharistie nous exerçons notre veille et notre attente.
Sinon tout ce que nous faisons serait répétition stérile. Ce qui n’est pas le cas.

Voici que des inconnus entrent dans nos églises pour y découvrir ses merveilles décoratives.
Nous ne savons pas s’ils sont baptisés ou non,
          et ils ne viennent pas nécessairement pour y prier.
Pourtant le bâtiment est signifiant de cette espérance des chrétiens.
          Ainsi que les gens venant au-devant de Jésus pour espérer une guérison,
          nous ne savons pas ce qui est au fond de la démarche d’une personne qui entre dans l’église.
                   Est-ce la curiosité ?
                   La recherche d’un lieu tranquille ?
                   La fraîcheur pendant l’été ?
                   La simple dimension touristique ?
          Mais nous savons par contre pourquoi nous ouvrons les églises aux visiteurs,
          ce qui nous porte, le message que nous souhaitons faire entendre
          en même temps que le bâtiment lui-même, mais autrement.
La luminosité et l’ombre du lieu peuvent parler à qui en est sensible, nos paroles aussi.
Elles apportent ombres et lumières à qui les accueillent.
Nous participons à la transmission de la connaissance de Dieu,
          qui est pour nous Celui qui se cache et Celui qui se révèle.

Près du torrent se lèvera, sur ses rives de chaque côté tout arbre fruitier
ÉZÉCHIEL 47, 12

Toutes emplies des symboles de la foi que se transmettaient les générations de croyants,
          nos églises romanes d’Auvergne sont témoins de la liturgie qui unit le ciel et la terre.
Si vous souhaitez les comprendre, il est nécessaire de les lire avec le livre de l’Apocalypse,
          de s’imprégner des paroles contenues dans ce livre.
Toutes les paroles de la célébration eucharistique ont leur illustration.

Sur ces murs silencieux de grandes fresques se déployaient.
Aujourd’hui, leur absence nous manquent ;
          il nous est difficile d’entrer dans l’univers symbolique de ces vaisseaux eucharistiques.
Ce que nous appelons « imaginaire » des sculpteurs et des fresquistes, n’est que réception et transmission des images liées aux textes de l’Écriture Sainte. Ces images circulaient de villes en villes par les Églises où se célébraient la Pâque du Christ. Le bestiaire truculent des modillons et chapiteaux de nos églises relèvent davantage de l’imitation de sujets en provenance de Byzance que de la libre créativité des sculpteurs. Comment ceux qui sculptaient ces objets n’auraient-ils eu pas conscience de participer à l’unique liturgie de l’Église, alors que nous croyons naïvement avoir en face de nous un artisan facétieux ? En réalité, c’est tout le bâtiment qui invite aux noces de l’Agneau.
Livre de l’Apocalypse, 19, 9 : Et l’ange me dit : « Écris : Heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l’Agneau ! » Et il ajouta : « Ces paroles sont les véritables paroles de Dieu ».
Il est heureux que nous lisions dans l’Église le Livre de l’Apocalypse ! Quel magnifique livre d’espérance et d’encouragement pour les générations de chrétiens ! Ne nous laissons pas influencer par les discours qui ne retiennent de ce livre que les malheurs s’abattant sur le monde. Lesquels malheurs n’effacent et ne changent rien au cours de la vie : « Les autres hommes, qui ne furent pas tués par ces fléaux ne se repentirent pas non plus des œuvres de leurs mains … et ils ne se repentirent ni de leurs meurtres, ni de leurs enchantements, ni de leur impudicité, ni de leurs vols » (9, 20.21).
N’est-ce pas notre comportement qui ferme la porte aux invités ? Cela dépend-il de nous que les hommes soient ou ne soient pas autour de la table du Christ ?
Une semblable béatitude se trouve dans l’Évangile de Luc, 14, 15s : « Heureux qui mangera du pain dans le royaume de Dieu ! »
La parabole qui suit nous fait voir l’invitation généreuse et universelle du Christ à sa table. Beaucoup ne la considèrent pas comme nécessaire.
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Apparemment la parabole se ferme sur une déclaration de Jésus : « Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper » (14, 24).
Les invités, dit-il, n’en était pas dignes ; ne s’en sont pas jugés dignes ; les oubliés seront les invités, les bien-venus.
Écartelés par multiples consignes de sécurités de tous ordres, nous finissons pas oublier que ces églises sont la porte d’une rencontre où chacun est le bien-venu, l’invité aux noces de l’Agneau. Certes il est exigé la tenue de fête pour entrer dans ce Royaume. Mais déjà, comme accueillants, nous sommes sûrement les premiers témoins des richesses du Royaume de Dieu, richesses d’un trésor dans le ciel – non sur la terre. Le respect des lois de notre temps ne peut être un frein au témoignage fraternel d’une humanité transformée. Il ne faudrait pas que nous abandonnions notre mission pour nous couvrir du faible manteau du devoir accompli.
Nos églises, tout comme nos Écritures sont des chemins qui conduisent à la rencontre du Christ, en ce temps. C’est en ce temps que le Livre de l’Apocalypse nous dit : « Heureux ceux qui lavent leurs robes afin d’avoir droit à l’arbre de la vie et afin d’entrer dans la ville par les portes ! »
Pentecôte 2020, au sortir d’un temps de confinement,
fr. didier pentecôte o.p.

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