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Errance dans le désert urbain


errance dans le desert urbain

L’étranger, extrait du livre de Guy Gilbert  » Jusqu’au bout « 
« Dans toute civilisation, il y a eu des sédentaires et des nomades. Dans toute civilisation liée au monde du travail, nous n’avons pratiquement plus que des sédentaires. Comme il n’y a plus de travail pour tous, il y a forcement des nomades.

La plupart des hommes politiques aiment être bien considérés par la bonne société. Alors les chômeurs, les errants, les marginaux, ils s’en foutent. Les marginaux se trouvent de plus en plus exclus de tout…D’où l’alcool, d’où la prostitution, d’où la drogue. Ils pullulent aux portes des églises. Ils vont de ville en ville. Un retour au travail est de moins en moins possible. Assistés partout, il ne peuvent concevoir de vivre que dans l’assistance. Les étrangers sont attirés chez nous depuis trente ans . Pour nous, après nous être servis de leur sueur à notre service, c’étaient des gens qui allaient retourner chez eux. Ils sont restés.

On continue à parler des « étrangers ». ils ne le sont plus.
De sol et de sang français, ils ont les droits et les devoirs des Français. Nous sommes entrés dans une société où la pluralité des cultures s’impose. On le refuse. Une pluralité d’expression est plus que jamais nécessaire. Des cours à l’école sur les grandeurs de la religion et de la culture juive et arabe seraient nécessaires pour que les petits enfants d’aujourd’hui ne réagissent plus en termes de « youpins », « bicots », « négros »…demain.

Notre culture est malade
…des mots (sont prononcés)« odeurs », « invasion » …Nous manquons d’une approche bienveillante, conviviale. Nous figer dans nos peurs, nos fantasmes de l’étranger nous appauvrit et favorise l’exclusion.

Chez les jeunes d’aujourd’hui
Il y a davantage de détresse que de délinquance. La détresse c’est la perte de dignité qui fait que garçon et fille mendient dans le métro, ou se droguent, ou se prostituent. Elle touche tous les milieux….Mais cette détresse est vécue de manière plus aigüe par les jeunes beurs assis entre des cultures. Ils sont des « citoyens » à part entière. Il ne s’agit plus pour eux de « nationalité »….Nos valeurs républicaines exigent de respecter le voisin, d’essayer de comprendre sa culture et sa religion. Il faut l’apprendre d’urgence aux enfants d’aujourd’hui.

Pour éviter l’errance, il faut une instruction solide et non élitiste, et de véritables formations débouchant sur des emplois.
Un jeune n’est responsable que s’il est bien dans sa peau. Pour cela il lui faut vivre de ses propres moyens. L’assistanat est pervers, haïssable, et met en état de dépendance […] et puis …

…ce sont les pauvres qui seuls peuvent aider les pauvres.
Jamais un riche. Encore moins un politicien. Les jeunes ne croient plus en leurs leaders politiques. Les hommes politiques ne craignent que l’explosion, la violence. Il faut donner aux habitants la possibilité de s’organiser,…Ce combat peut transformer les casseurs, les taggeurs en militants.

Nous sommes de plus en plus face à une crise spirituelle profonde et générale.
Les jeunes ont besoin de règles, de garde fous. Ils parlent de leurs droits, il faut leur parler de leurs devoirs. Ils disent ne rien devoir à cette société dont ils sont. Il faut les éduquer jeunes en les ouvrant sans cesse au respect de l’autre, à l’universalité, à l’écoute. Ils sont en recherche d’un au delà. Ils le contestent dans une civilisation technique à la mesure même où ils désirent qu’on leur donne des pistes sur un ailleurs qui donnera sens à leur vie. Pas de prosélytisme : ils en ont horreur. Seule une manière de vivre en équipes chaleureuses, spirituelles, et mettant tout en commun, les aidera, en vivant côte à côte, à saisir l’invisible de chaque existence…

La présence de chrétiens dans la ville sauvera la ville.
Pas par des actions éblouissantes mais par un approfondissement. La difficulté d’un ministère concrètement, notamment au service des exclus de la ville, exige une spiritualité et une qualité de contemplation qui doivent détenir le primat sur tous les aspects de l’apostolat concret et vécu. Plus est dure la tache, plus l’homme spirituel doit grandir. »

 » Jusqu’au bout  » Guy Gilbert Livre de poche

(Guy Gilbert est prêtre, « infatigable pasteur des drogués, des « taulards », de tous ceux que la misère et le manque d’amour ont mené à la violence et le désespoir…)

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