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Derrière les barreaux des hommes


derrière les barreaus des hommes

Derrière Les Barreaux, Des Hommes
Isabelle Le Bourgeois

« Je dédie ce livre à tout ceux que mon ministère d’aumônier de prison m’a fait et me fait rencontrer. Les détenus d’abord. »

… ceux qui travaillent à monter les gamelles des repas et les servent ensuite dans chaque cellule…ceux qui nettoient inlassablement l’espace toujours souillé de la détention, ceux qui réparent…ceux qui vont à l’école, aux ateliers ou suivent une formation professionnelle, ceux qui travaillent en cellule.
..ceux qui ne peuvent rien faire de tout cela, et qui ne sortent jamais de leur cellule…les solitaires, les mal aimés…ceux qui crient, tapent et dérangent tout le monde…qui trafiquent en cours de promenade… les arrogants, les tristes, les angoissés, les violents…
Tous ces hommes au visage lumineux ou triste, aux démarches allantes ou voûtées habitent mes prières car ils sont présents au cœur de l’expérience humaine que je ne cesse de faire, là bas, à Fleury-Mérogis.
…Les familles qui dehors se battent pour ne pas sombrer.
… Le personnel pénitentiaire. Métier usant qui exige autorité et souplesse, respect et bienveillance, sanction et compréhension. Difficile !
…Les travailleurs sociaux… Le service médical et psychiatrique et sa nécessaire présence dans un lieu où le corps traduit en mots divers la dureté de l’épreuve »…

Et Dieu ? Après ces années passées à écouter des récits de souffrance, de malheur, de violence, à en côtoyer les auteurs, quel visage me donne -t-il à voir ?.
…Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs ( Matthieu 9,13 )…qui sont ces justes ? Une espèce d’humanité à part dont la sainteté les mettrait à l’abri du péché ? ou bien ceux qui ne se voient pas comme les autres hommes : rapaces, injustes, adultères…( Luc 18,11).

Il faut s’y faire, tout l’Evangile est écrit sur ce ton …
…La prison est ce lieu qui me parle des pécheurs. Certains ne se reconnaissent pas comme tels, d’autres sont bouleversés par leur péché. Certains ne semblent pas affectés par ce qui leur arrive, d’autres clament leur innocence. Certains vivent comme une fatalité cette énième condamnation, d’autres sont broyés par la honte . Certains nient l’évidence, d’autre ne savent que faire avec ce qu’ils semblent découvrir d’eux-mêmes. Certains se reconnaissent appelés à changer de vie, de cœur. D’autres ne voient pas, ne comprennent pas pourquoi quelques-uns s’obstinent à leur reprocher ce qu’ils ont fait et, pourquoi pas, ce qu’ils sont.
…L’humain n’est jamais aussi tranché que peuvent laisser croire quelques mots échangés à son propos. Celui qui nie l’évidence de toutes ses forces a-t-il d’autres issues pour éviter la folie ou la mort ?

Dieu sans se lasser, me dit et me redit que mon regard doit toujours être prompt à se déplacer.
« Tu as de nombreux enfants ? Quel est ton préféré ? » L’homme sage répondit : « Celui que je préfère, c’est le plus petit, jusqu’à ce qu’il grandisse. Celui qui est loin jusqu’à ce qu’il revienne. Celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse. Celui qui est en prison, jusqu’à ce qu’il soit libéré. celui qui est éprouvé, jusqu’à ce qu’il soit consolé »

(poème perse)

Le plus petit, le plus faible, serait-ce aussi le détenu ? La victime, oui, mais le criminel ? Le bourreau comme sa victime, l’agresseur comme l’agressé, tous deux petits et faibles ? Je ressens combien ceci peut être douloureux, révoltant, même .

 

… Oui, il faut s’y faire …
Nos certitudes sur l’humain sont mises à mal. Sans cesse. Quelle que soit la page retenue , les rencontres relatées, tout ce que Jésus fait et dit vient déranger, bousculer, scandaliser nos évidences. »

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