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L’eucharistie chrétienne et la Pâque juive


Le Concile de Trente (16ème s.) a affirmé solennellement la source juive du christianisme, et cette vérité a été rappelée depuis par différents papes. La parenté est d’autant plus évidente pour les chrétiens que Jésus inaugura sa Pâque en instituant l’eucharistie au cours d’un repas pascal juif. Les prières de ce repas rituel sont reconnaissables dans la bénédiction du pain et du vin par Jésus. Mais qu’en est-il du sens de la Pâque juive ?

A partir des rites décrits dans la Bible et de l’histoire du peuple juif avant l’ère chrétienne on peut retracer une évolution de la Pâque juive. De la Pâque des origines dans le livre de l’Exode (Ex 12,21-24) on retient que chacun est appelé, en accomplissant le rite pascal, à participer librement au salut. Au 6ème siècle av. J-C. Nabuchodonosor détruit le Temple et déporte une grande partie du peuple juif à Babylone ; ces événements tragiques semblent réduire à néant les promesses de Dieu et sa présence dans l’histoire. Cet exil va durer cinquante ans, une longue période qui oblige à s’interroger sur ce qu’on croyait de Dieu ; c’est le temps des Prophètes qui proclame le renouveau de l’Alliance, qui ouvre le temps de l’attente messianique ou plutôt des diverses attentes messianiques. Car au bout de 50 ans, quand les exilés reviennent au pays, deux courants se confrontent. Celui des exilés, mouvement centré autour de l’Exode, de Moïse et d’Aaron. L’autre courant, décrit par le second livre des Chroniques, est celui de la population restée au pays, revendiquant la continuité depuis Abraham, Melchisédech et David. Dans le creuset de ces conceptions différentes la fête de Pâque évolue : elle intègre l’attente messianique. De plus, devenue une fête de pèlerinage à Jérusalem, c’est au Temple, après sa reconstruction, que doivent être sacrifiés tous les agneaux qui seront mangés dans chaque famille. La dimension sacrificielle de la Pâque prend beaucoup d’ampleur, avec une participation des laïcs aux sacrifices, spécifique à cette fête.

Les très anciennes prières eucharistiques chrétiennes ne font aucune allusion à l’Exode, ni à Moïse, elles proclament toutes, avec Paul et Luc, que Jésus est le Messie qui accomplit en plénitude l’alliance nouvelle et éternelle, dans la ligne du Prophète Jérémie. La première prière eucharistique (le Canon romain) inscrit explicitement le culte eucharistique dans la dimension sacrificielle de la Pâque juive, le Christ assurant l’articulation entre, d’une part, Abel, Abraham et Melchisédech et, d’autre part, les apôtres, les martyrs, les saints, et les fidèles jusqu’à l’aujourd’hui de chaque messe. L’importance accordée à leur participation à l’autel, « ils t’offrent pour eux-mêmes et pour les leurs… », reflète également la continuité avec la Pâque juive. Par contre, la célébration chrétienne opère un renversement par rapport à la Pâque juive : c’est Dieu qui se livre à l’Homme…pour que l’Homme se donne à Dieu.

Dominique Généville

 
 
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