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La gestion de la paroisse de Pionsat au XIX° siècle et la vie religieuse du canton aux XIX° et XX° siècles

Archives diocésaines


Cet article développe le résumé d’une communication au premier colloque de PP le 26 mai 2012. L’étude en question faisait suite au versement aux Archives diocésaines en août 2011 du Registre des délibérations du Conseil de fabrique de la Paroisse de Pionsat, un document de première importance pour écrire l’histoire religieuse de la paroisse au cours du 19ème  siècle.

L’analyse de ce document a été complétée par l’analyse de pièces en provenance des Archives diocésaines (Registres des visites pastorales de l’évêque au cours du XIX° siècle) .

Rappel historique
Selon les termes du Concordat conclu en 1801 entre le Saint-Siège et le gouvernement français d’alors (le Consulat présidé par Napoléon Bonaparte) la gestion matérielle de chaque  paroisse devait être confiée à un Conseil de fabrique, Wikipédia (2012).

En fait les conseils de fabrique existaient déjà sous cette appellation depuis le Moyen-âge mais ils avaient été supprimés par la Révolution en 1793, comme une conséquence de l’abolition d’un Concordat conclu entre le Vatican et le Royaume de France en 1515, Labbaye (1989).

Les Conseils de fabrique qui furent réorganisés en 1802 et 1809 avaient capacité  juridique pour s’occuper de  l’entretien des édifices et des objets du culte, d’administrer les ressources et d’assurer l’exercice et la dignité du culte. Ils étaient reconnus comme institutions de droit public.

Cent ans plus tard  en 1905 furent promulguées les lois dites de séparation des églises et  de l’Etat entrainant une révision drastique de la gestion des paroisses catholiques, Mayeur (1998), Damien et al., (2004), Larkin (2004),  Ducomte (2005).

Les conseils de fabrique  perdirent alors toute obligation légale de se réunir et de rendre compte de leur gestion aux autorités de la République française. De ce fait ils cessèrent de se  réunir selon les modalités édictées et de tenir un registre de leurs délibérations. Mais beaucoup ont continué leurs activités au XX° siècle tant qu’il y eut un curé résidant dans la paroisse.

Gestion de la paroisse de Pionsat d’après le Registre des délibérations du Conseil de Fabrique
Les délibérations se déroulèrent de novembre 1806 à décembre 1906 c’est-à-dire que ce registre a le grand mérite de couvrir tout le régime concordataire.

Il débute par 8 pages réglementaires précisant l’organisation administrative de la vie paroissiale et par la mention de l’installation effective du conseil dès mai 1805.  Sur les 182  pages suivantes se succèdent alors les délibérations, avec une présentation sommaire du budget (les comptes précis et la correspondance  sont envoyés par ailleurs aux différentes administrations ). Sauf quelques exceptions pour sept années au début du 19ème siècle qui n’indiquent aucune réunion le compte-rendu de la réunion est annuel, le plus souvent le dimanche de Quasimodo (premier dimanche après Pâques) conformément à la règle. Les comptes sont alors arrêtés et on procède au choix des membres à remplacer.

On remarque que le  registre est de mieux en mieux tenu à mesure que l’on avance dans le siècle avec des réunions de plus en plus fréquentes.

A noter des inventaires très détaillés des objets du culte de l’église en 1837 et 1841, le procès verbal de la bénédiction  de l’église par l’évêque en avril 1875 et du clocher avec 2 cloches en août 1888.

Toutefois il est fait mention  des reproches de l’Administration des cultes entre 1835 et 1838 pour l’abus dans la perception des droits sur les cérémonies (série V des Archives départementales), mais on ne mentionne pas la construction de l’église (dont le financement a dû être extérieur au Conseil), ni de la mission paroissiales de 1899, Anonyme (1899).

Généralement bien rédigé, il semble que ce soit en majorité des notables de la paroisse qui ont siégé au conseil et rédigé les rapports.

Vie religieuse à Pionsat d’après les visites pastorales de l’évêque
La visite pastorale de 1813 ne donne malheureusement aucune précision sur  la situation spirituelle ou matérielle de la paroisse.

Celle de 1842 est nettement plus précise. L’église a 32 m de long sur 10 m de large elle comprend une nef centrale et deux nefs latérales, le chœur et le transept sont de style roman, la nef gothique a été restaurée après coup. Le clocher est placé au dessus du transept, il est de forme carrée et se trouve dans un état qui menace ruine. Au total l’édifie est de forme resserrée et se trouve en mauvais état, sa solidité laisse à désirer ! Le maire en a parlé à son Conseil municipal et au Conseil de fabrique mais celui-ci n’a pas la possibilité de faire les réparations nécessaires. Il en résulte que l’église aurait besoin d’être agrandie, elle n’a pas les dimensions correspondantes au nombre de la population (2 320 habitants en 1841) et  « en tout cas la commune ne peut s’en occuper actuellement » (sic).

La visite de 1885 signale l’existence d’une église de 50 m de long et de 14 m de large, édifiée entre 1869 et 1874. Le clocher encore inachevé est muni de 2 cloches de respectivement 1600 et 700 kg. Un inventaire très précis des objets du culte a été fait par le curé Chambon. Il n’y a pas de presbytère et la Fabrique alloue une somme de 400 F pour le logement du desservant.

La visite de 1890 précise que la construction du clocher haut de 50 m n’a été achevée  qu’en 1887-88 avec  3 cloches pesant respectivement 1500, 658 et 348 kg et qui ont  été baptisées en 1888.

Les ressources de la Fabrique s’élèvent à 1958 Francs, produit des locations des bancs et chaises, droits sur les inhumations, cierges, deux rentes et les dons de deux confréries. Le déficit est de 288 Francs. Parmi les observations il y a la demande de l’ouverture d’une école libre de garçons et on remarque qu’ « il y a de la foi mais elle est peu en pratique, l’esprit est léger, peu réfléchi et très inconsistant. Il y a beaucoup d’attachement aux plaisirs et aux bien terrestres ».

Enfin les visites de 1898 et de 1901 signalent une toiture neuve en ardoise et la présence de 4 cloches. En 1897 il y a eu 40 baptêmes, 16 mariages et 35 inhumations, il  y en aura  respectivement. 50, 15 et 30 en 1901,  Il existe 2 confréries (le Rosaire et le Sacré Cœur) et 400 hommes et 800 femmes ont fait leur communion pascale. Aux grandes fêtes on compte 500 à 600 fidèles présents à l’église, sur une population de 2 240 habitants. Il y a une école de filles tenue par les religieuses du Bon Pasteur avec 80 élèves en 1897,  100 en 1901.

Une mission a été prêchée dans la paroisse en 1899, Anonyme (1899).

Quelques utiles compléments
Pionsat comptait 1807 habitants en 1806 et  2277 en 1882. Il fallait donc une église plus vaste dont l’édification a  probablement a été financée par des dons privés, des subventions des collectivités locales mais, surtout, par une aide de l’Etat. En effet sous le Second Empire Napoléon III avait multiplié les largesses à l’Eglise, pensons à l’achèvement de la cathédrale de Clermont. Le fait que les délibérations du Conseil de Fabrique n’évoquent pas les dépenses de construction de la nouvelle église laisse bien supposer que le financement n’a pu être assuré que par des apports extérieurs aux ressources paroissiales.

La commune était par ailleurs très bonapartiste (88% des voix pour Napoléon en 1848, 97 % en 1870). On note alors une bonne entente de la population avec les notables et avec le clergé.

Toutefois, par la suite, des défaillances se sont produites lorsque la République a adopté une politique anticléricale. Ainsi en 1878 la population n’a pas élevé de reposoirs pour la Fête Dieu. Le curé s’en est plaint et a menacé du supprimer la procession.

A partir des années 1880 une partie de la population adhère aux mesures anticléricales. Des luttes très dures se font jour  entre les partisans de l’école publique et ceux de l’école privée tenue par des religieuses, une école qui sera d’ailleurs condamnée à la fermeture en 1903.

L’Administration des cultes ne signale toutefois pas de litiges particuliers concernant le clergé de Pionsat pendant toute la période concordataire y compris pendant la période anticléricale de la 3ème République où n’a pas dû régner sans doute  une entente vraiment cordiale.

Toutefois  une baisse de la pratique religieuse amorcée dès la fin du siècle est le signe d’un changement de mentalité. Ainsi entre 1807 et 1813 au niveau du canton (il n’y a pas de statistique par commune) on note 88% de pascalisants  (qui communient à Pâques) et en 1848 une enquête de l’Etat signale que « la situation morale et religieuse du canton est satisfaisante ». Si, en 1891-1895 , il y a encore 80% de pascalisants [avec une différence marquée entre les femmes (93%) et les hommes (71%)] ce taux s’abaisse à 75% en 1913,  à 64 % en 1919 et à  23 % en 1937 (avec seulement 14 % d’hommes).  Pour finir, en 1966 une dernière enquête cantonale faite d’une manière très rigoureuse  indique que 13% des habitants vont à la messe du dimanche et 27% font leurs Pâques.

Pour la paroisse de Pionsat, on notait en cette même année 1966 que 26% des habitants se rendaient à la messe et que 31% faisaient leurs Pâques, mais que seulement 22% des jeunes de moins de 20 ans conservaient cette pratique. Voilà un décrochage des jeunes pour la communion pascale qui est le signe indicateur d’une forte baisse de la pratique religieuse dans les décennies à venir.

Jean Labbaye
Archiviste du diocèse de Clermont


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