"Pour marquer le 50e anniversaire du concile de Vatican II" : édito de Mgr Simon

Concile Vatican II

Le 11 octobre 2012 va marquer le 50e anniversaire de l’ouverture du concile de Vatican II par le Pape Jean XXIII. Comme vous le savez peut-être déjà, le Pape Benoît XVI vient de nous inviter à vivre une année de la Foi, à compter de cette même date. Nous participerons bien évidemment à cette année de réflexion et de prière. Nous la conjuguerons avec la réflexion « Diaconia 2013 » déjà engagée par notre Conférence épiscopale. Des précisions vous seront données en temps utile pour ces deux démarches qui se dérouleront au cours de la prochaine année pastorale.
Mais, pour cette année liturgique qui commence, j’invite tous les catholiques du diocèse de Clermont à entrer dans une découverte - ou une redécouverte - de tout ce que ce concile de Vatican II a pu nous apporter. 

Pourquoi marquer cet anniversaire ?

Comprenons le bien : nous n’avons pas à fêter le concile comme un événement en soi. Car il ne s’agit pas de célébrer un événement du passé. Il s’agit au contraire de chercher à mieux comprendre comment le concile s’inscrit désormais dans la grande Tradition de l’Eglise. Pour le dire autrement, il s’agit de lire - ou de relire - les textes du concile et de les recevoir comme une invitation à mieux entrer dans la perspective du Salut. Disciples de Jésus, le Christ, nous confessons que c’est lui l’Unique Médiateur entre Dieu et les hommes. Cette bonne nouvelle est la même, hier, aujourd’hui et demain. Et l’Eglise n’a pas d’autre mission que d’annoncer cette Bonne Nouvelle à tous ceux qui veulent bien l’entendre. En ce sens, sur le fond, le concile n’a rien apporté de nouveau. Et heureusement ! Il s’agit toujours du même Evangile, tel que l’Eglise le transmet de génération en génération.
Mais justement pour rester fidèle à l’Evangile, l’Eglise a besoin régulièrement de faire le point et d’adapter ses manières de célébrer, son langage et  ses institutions pastorales concrètes, en fonction de la culture des hommes à qui elle s’adresse. Saint Paul faisait déjà cela, selon qu’il parlait à des Juifs, dans leurs synagogues, ou à des Païens, sur les places publiques des villes de son temps. Et les Actes, au chapitre 15, nous racontent comment les Apôtres se sont réunis à Jérusalem, autour de Saint Pierre, pour prendre des décisions pastorales qui furent décisives pour le développement de la toute jeune Eglise. Ainsi, depuis deux mille ans, l’Eglise catholique a tenu 21 conciles œcuméniques. Soit, en moyenne, un par siècle. Et c’est à peu près ce temps qui s’est écoulé entre le concile de Vatican I, qui s’était tenu en 1870, et le concile de Vatican II, convoqué par le Pape Jean XXIII en 1962.
Marquer le 50e anniversaire du concile, c’est donc essayer de comprendre comment l’Eglise a vécu une nouvelle étape de son développement, mais c’est surtout approfondir notre relation personnelle et communautaire à Jésus-Christ, Sauveur du monde. Il est la « lumière du monde », ainsi que le désignent les deux premiers mots de la grande constitution sur l’Eglise : « Lumen Gentium ».  

 

Pour cet approfondissement de notre Foi, le diocèse vous propose trois initiatives.

  • Premièrement : un livret pour découvrir les textes du concile

Toutes les personnes qui le voudront sont invitées à se réunir par petites équipes et à travailler à partir d’un livret qui propose un itinéraire balisé en plusieurs rencontres. Le contenu de ce livret a été préparé par le diocèse de… Rodez ! C’est une heureuse coïncidence, qui nous permettra de rester fraternellement en communion avec Mgr François Fonlupt le nouvel évêque de ce diocèse. Nous allons donc procéder comme pour les années de la Parole ou l’année de l’Esprit-Saint. La constitution de ces équipes est laissée à la libre initiative des paroisses et des mouvements du diocèse. N’hésitez pas à prendre contact avec votre paroisse si vous cherchez à rencontrer des personnes pour vivre avec elles cette découverte.

  • Deuxièmement : un rassemblement à Lourdes

A l’initiative de la conférence des évêques de France, chaque diocèse est invité à envoyer une délégation pour un colloque qui aura lieu les 24 et 25 mars 2012, à Lourdes, à la veille de notre assemblée de printemps. Un peu sur le modèle de ce que nous avons vécu lors du rassemblement « Ecclesia 2007 », j’invite chaque paroisse de notre diocèse à désigner une petite délégation de trois personnes. Ainsi, nous pourrons être environ une centaine à représenter le diocèse pour ce colloque. A charge, ensuite, pour ces délégués de rendre compte dans leur paroisse, leur mouvement ou leur aumônerie, de ce qu’ils auront vécu et partagé à Lourdes.

  • Troisièmement : un colloque avec l’Institut Théologique d’Auvergne, du 11 au 14 octobre 2012

Nous commencerons ces « journées anniversaire » par une messe solennelle à la cathédrale, le jeudi soir 11 octobre. Le vendredi 12 octobre, 1e journée du colloque diocésain, sera une journée plus spécialisée, pour évoquer entre autre la manière dont les quatre diocèses de notre Province d’Auvergne ont vécu cet événement. Et surtout pour se rappeler comment ils ont commencé de le mettre en œuvre. La journée du 13 octobre permettra de mieux s’approprier les textes majeurs de Vatican II. Le dimanche 14 octobre, une célébration d’action de grâces à la cathédrale et une création musicale réalisée pour l'occasion, clôtureront nos journées anniversaire...

 

Cinquante ans après : rupture ou continuité ?

Les personnes qui ont vécu l’événement du concile, puis  sa mise en place progressive, ont pu avoir le sentiment d’une sorte de rupture dans plusieurs domaines de la vie de l’Eglise. Mais le temps a passé et, depuis 50 ans déjà, le concile fait partie de notre existence quotidienne. Les perspectives ont donc changé. Avec le recul du temps, nous sommes invités à comprendre que, loin d’être une rupture, le concile, au contraire, est un enracinement dans la Tradition la plus profonde de l’Eglise. L’impression de rupture a porté sur des façons de penser et de s’exprimer qui dataient du 19e siècle. Mais il faut bien voir que, dans les réalités les plus profondes, le concile s’inscrit dans la longue continuité de la vie de l’Eglise.

Je prends deux exemples.

> La réforme la plus visible opérée par le concile de Vatican II porte sur la liturgie, et en particulier sur le passage de la langue latine à la langue française pour la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements. Mais ce passage à la langue contemporaine constitue-t-il une rupture ou un retour aux sources ? Il suffit de se demander dans quelle langue Saint Pierre et Saint Paul célébraient l’Eucharistie pour comprendre que cet usage de la langue de nos contemporains dans la prière ne fait que retrouver la condition naturelle de l’Eglise. Et compte tenu de l’entrée dans l’Eglise de nombreux peuples qui ne sont pas de tradition gréco-romaine, on voit bien pourquoi le concile a souhaité faciliter la participation à la liturgie de tous les disciples de Jésus. N’est-il pas dit qu’à la Pentecôte chacun des auditeurs des Apôtres les comprenait « dans sa langue maternelle » ? (Ac 2,8)

> Une  autre rupture apparente concerne l’enseignement sur la liberté religieuse. On sait que c’est sur ce point que Mgr Lefebvre a fait porter le plus sévèrement sa critique du concile. Il est clair que la doctrine sur la liberté religieuse est en opposition apparente avec l’enseignement des Papes du 19e siècle. Mais il faut se souvenir que, au moment où le Pape Pie IX, pour ne parler que de lui, refusait cette conception de la liberté de conscience, l’Eglise possédait  encore les Etats pontificaux. Elle était donc prise dans le jeu diplomatique de l’époque. Elle était surtout l’héritière de ce que l’empereur Théodose[1] avait édicté en 380, au moment où les chrétiens étaient devenus majoritaires dans l’Empire romain : il ne serait désormais permis d’enseigner d’autre religion que celle de l’Apôtre Pierre. Mais il faut se demander ce qu’était la situation des des chrétiens avant cet édit de Théodose. Aux premiers temps de la prédication apostolique, ce sont les disciples de Jésus qui ont demandé la liberté religieuse et qui en ont été les meilleurs témoins. Ils suivaient en cela l’injonction de Saint Pierre, telle que nous pouvons la lire dans les Actes des Apôtres au chapitre 4,19 : «  S’il est juste aux yeux de Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu, à vous d’en juger... »

On le voit à partir de ces deux exemples, marquer le 50e anniversaire du concile, ce n’est plus se demander en quoi il crée une rupture par rapport au passé qui le précède immédiatement : les personnes de moins de soixante ans n’ont aucune expérience de ce passé ! Il convient donc bien plutôt de chercher à comprendre comment le concile nous permet, aujourd’hui, de mieux entrer dans  ce qu’il y a de plus central et de plus fondamental dans la grande Tradition de l’Eglise.
Cette recherche demande sans doute un peu de temps et de travail, mais elle est passionnante et féconde pour la Foi !

Bonne Année chrétienne à tous et à chacun !

+ Hippolyte Simon,
Archevêque de Clermont
27 novembre 2011, 1er dimanche de l'Avent

[1] Cet édit du 28 Février 380 est connu sous le nom d’Edit de Thessalonique.

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