Homélie de Mgr Simon pour l'ouverture de l'Année liturgique et le lancement de l'Année Vatican II, le 1er dimanche de l'Avent 2011

Frères et sœurs,

Pour notre méditation, ce soir, je me permettrai d’évoquer quelques souvenirs personnels. Et je vous invite à vous souvenir vous-mêmes de la manière dont vous avez vécu le concile de Vatican II. Et si vous avez le privilège de n’avoir pas été là au moment du concile, rappelez-vous comment vous l’avez découvert…

Pour ma part, en 1962, j’étais encore trop jeune pour mesurer l’importance de l’événement qui se préparait. J’étais au lycée, en Terminale, et je pensais à préparer mon baccalauréat. Même si je ne me faisais pas trop de soucis, j’avais cependant d’autres préoccupations que de suivre directement les travaux du concile. Puis, en 1965, je commençais mon service militaire. Là aussi, j’avais d’autres préoccupations que de savoir ce qui se passait  au concile.

Heureusement pour moi, par la suite, j’ai eu le privilège de connaître plusieurs évêques qui avaient participé au concile. Et puis, surtout, j’ai eu la joie de vivre en équipe avec un prêtre Eudiste, le Père Michel Cancouët, qui avait été expert à Vatican II, pour le cardinal Gantin et pour les évêques d’Afrique de l’Ouest.

Grâce à lui, j’ai pu découvrir toute la richesse des textes que nous a légués ce concile. Tout récemment, cette semaine précisément, j’ai encore eu le privilège d’aller à Rome, pour représenter le cardinal Vingt-Trois, au colloque qui a marqué le 40e anniversaire de la fondation du Conseil des Conférences Episcopales Européennes. Il se trouve que le CCEE a été fondé par le cardinal Etchegaray, qui est aujourd’hui l’un des derniers témoins du concile. En parlant avec lui, il me racontait  ses premières visites en Hongrie, en Pologne, en Tchéquie, en 1971.

Si l’on se souvient de l’état du Monde, et de l’Europe, en 1971, on mesure le chemin parcouru. L’histoire dira sans doute le rôle joué par l’Eglise, et donc par le concile, dans les changements de mentalités, dans les prises de conscience, qui ont préparé et permis les bouleversements intervenus en Europe depuis 50 ans.  Je ne peux pas développer ceci ce soir. Mais j’indique simplement que c’est pendant le concile que les évêques de Pologne et d’Allemagne ont appris à se rencontrer, à se connaître et à s’apprécier. C’est là qu’ils ont préparé la fameuse lettre de réconciliation de 1965. C’est là aussi que s’est révélée la personnalité du cardinal Karol Wojtyla, de Cracovie. Et c’est donc là, que s’est préparée l’élection du futur Pape Jean-Paul II. Nous avons ici une magnifique illustration du service que l’Eglise peut rendre aux Etats, en les empêchant de « totaliser », d’enfermer sur eux-mêmes la vie des Nations !

Ainsi donc, lorsque nous relisons ces cinquante dernières années, n’oublions pas de replacer le concile et ses conséquences dans la perspective de l’Histoire globale de l’humanité.

Si je me suis permis ce détour, c’est pour souligner un point  qui doit nous permettre de mieux entrer dans ce 50e anniversaire du concile. En effet, avant d’être un ensemble de textes, le concile de Vatican II a constitué une expérience spirituelle, une expérience de vie en Eglise, dont les effets ont été décisifs pour les participants et aussi pour nous tous. C’est donc cela que je vous invite à retrouver et à approfondir : l’expérience spirituelle qui sous-tend chacun des textes conciliaires. Sans cette expérience, ce concile resterait une lettre morte ou un sujet de débats inutiles et stériles, car simplement idéologiques.

J’entends dire ici ou là que certains voudraient remettre en cause le concile de Vatican II. D’autres se plaignent de ce que l’Eglise semble revenir en arrière, comme on dit familièrement. On dit encore que l’Eglise, aujourd’hui, semble tourner le dos aux orientations conciliaires. Je ne connais pas les intentions des autres. Mais ce que je sais, c’est que ce retour en arrière est impossible ! Cela ne doit donc pas nous inquiéter. Car l’histoire ne retourne pas vers le passé. Et le concile, comme je me suis permis de l’évoquer, n’est pas un évènement du passé : il fait maintenant partie de notre histoire et de notre vie quotidienne.  Il a déjà donné des fruits. Il est déjà intégré à la Tradition de l’Eglise.

Ce que je sais également, c’est que le concile nous est désormais confié. Il dépend de nous aujourd’hui de le recevoir et de continuer de le faire fructifier. Je laisse à votre méditation cette belle phrase du discours d’ouverture du Pape Jean XXIII. Cette phrase est toujours d’actualité : « Ce précieux trésor de la foi catholique, nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n’étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l’Eglise marche depuis près de vingt siècles. » (Jean XXIII, 11 octobre 1962 -  Discours d’ouverture du concile).

Ainsi donc, frères et sœurs, la première condition pour mettre en œuvre le concile c’est de le recevoir comme un appel à entrer dans une expérience renouvelée de la présence du Christ au cœur de notre humanité.

En ce premier dimanche de l’Avent, renouvelons notre regard et notre cœur. « Comment se fait-il que notre Seigneur vienne jusqu’à nous ? » C’est la question d’Elisabeth à sa cousine Marie qui lui rendait visite. Le concile de Vatican II est à recevoir d’abord comme une visitation : la génération des Pères conciliaires nous invite à nous étonner et à accueillir le Christ comme « la Lumière des Nations ». Pour dilater notre cœur et nous ouvrir à la joie qui vient de Dieu, il nous suffit de penser ce soir à ce que le concile a représenté pour tous les évêques qui ont eu la grâce d’y participer.

Depuis Saint Paul, c’est toujours le même mouvement : il s’agit de transmettre ce que l’on a soi-même reçu (1). Puisque je suis témoin de ce que nous a transmis cette génération d’évêques, dont je suis par grâce le successeur, je voudrais maintenant souligner quelques aspects de l’expérience qu’ils ont faite.

En se réunissant, en 1962, autour du Successeur de Pierre, le Pape Jean XXIII, les Pères conciliaires ont expérimenté que l’Eglise n’était pas d’abord une œuvre visible. Ce qu’ils ont compris, et qui se traduit si bien dans la constitution Lumen gentium, c’est que l’Eglise, ne se comprend que si on la replace dans le Mystère où elle s’enracine : le Mystère du Seigneur Jésus, le Christ. Ainsi s’explique cette phrase inaugurale : « l’Eglise, pour sa part, est dans le Christ comme un sacrement ou, si l'on veut, un signe et un moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain. » (L.G. n° 1)

Signe et moyen de l’union intime avec Dieu. Voilà  la colonne vertébrale de l’Eglise et de chacun d’entre nous : nous sommes appelés à rencontrer le Christ et le Christ nous conduit à son Père ; il nous fait participer, dans l’Esprit, à leur relation d’amour. C’est la première caractéristique de ce concile : remettre  le Christ au centre, à l’origine et au terme de toute vie humaine. Car désormais nul d’entre nous ne vit pour soi-même, mais pour lui qui est mort et ressuscité pour nous (2).

Signe et moyen de l’unité de tout le genre humain : c’est la seconde caractéristique du concile de Vatican II : la prise de conscience, effective, de l’unité de tout le genre humain. Pour la première fois de son histoire, l’Eglise a manifesté concrètement son universalité. Effectivement, les 2400 Pères conciliaires venaient de tous les continents, de presque tous les pays et de toutes les cultures du monde.

Nous avons expérimenté nous-mêmes cette dimension de l’Eglise en 2006, lorsque nous avons vécu cette belle année de la Mission et retrouvé tous les témoignages qui concernent les missionnaires qui sont partis de notre diocèse pour évangéliser quelque part dans le monde. Les plus jeunes parmi nous ont expérimenté cette universalité lors des différentes Journées Mondiales de la Jeunesse, à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Denver, à Manille, à Paris, à Rome, à Toronto, à Cologne, à Sydney et cette année encore à Madrid. Nous l’expérimentons ce soir, avec la présence parmi nous de la chorale du Chœur des Anges, la chorale africaine que je remercie d’avoir répondu à mon invitation.

La troisième caractéristique du concile, c’est la place centrale donnée à  la Parole de Dieu, pour la vie de toutes les communautés chrétiennes. Nous l’avons expérimenté nous-mêmes, tout au long des dimanches où le lectionnaire renouvelé nous invite, depuis maintenant plus de quarante ans, à redécouvrir l’ensemble de la Bible. Mais c’est aussi ce que nous avons expérimenté avec les trois années de la Parole vécues dans notre diocèse.

La quatrième caractéristique de concile c’est d’avoir souligné la nature apostolique de l’Eglise. Eux-mêmes, les Pères du concile, ont l’expérimentée au quotidien pendant ces quatre sessions. Mais aussi lorsqu’ils ont été amenés à définir l’épiscopat comme un sacrement et lorsqu’ils ont décidé le rétablissement du  diaconat permanent. Nous l’expérimentons par la présence des diacres, ce soir, au milieu de nous. Et chaque fois que nous participons à une ordination de diacres, de prêtres ou d’évêque. Je me souviens de ma propre ordination dans cette cathédrale lorsque vous m’avez accueilli avec ferveur. De même, beaucoup plus récemment, nous nous souvenons de l’ordination de mon jeune frère François Fonlupt à Rodez. Rappelez-vous, frères et sœurs, la joie et l’enthousiasme du peuple de Dieu qui est à Rodez lorsqu’il a reçu son nouveau pasteur

Au-delà de ces moments très forts, il nous reste, dans la grisaille quotidienne et au risque de la routine de la vie ordinaire, à raviver la grâce des sacrements que nous avons reçus. Ravivons en particulier la grâce de la confirmation. Je n’ai pas besoin de rappeler ici, ce soir, la ferveur que nous avons tous  partagée le jour de Pentecôte, l’an dernier, en 2010…

Enracinement dans le Mystère du Christ mort et ressuscité pour nous, Universalité de l’Eglise, rayonnement de la parole de Dieu, nature apostolique de l’Eglise et fondation sur les sacrements : voici quelques-unes des lignes de force qui ont marqué l’expérience spirituelle vécue par les Pères du concile. Ces lignes de force sont aussi, comme je viens d’essayer de le rappeler, les lignes de force de la vie de notre diocèse.

J’ajoute encore deux dimensions pour dire l’expérience ecclésiale à laquelle nous  invite le concile.

La liberté de l’Eglise. Sortie de sa confrontation avec l’Etat, l’Eglise peut librement s’adresser à tous. En France, dans le cadre institutionnel qui est le nôtre, l’Eglise a toute liberté pour annoncer l’Evangile. Il nous revient, à nous tous, d’avoir le courage d’en témoigner. Mais alors que nous sommes réunis paisiblement, ce soir, dans cette cathédrale, pensons aux chrétiens qui ne bénéficient pas encore de la liberté religieuse. Et  qui, aujourd’hui encore, sont persécutés et menacés  pour leur foi.

Seconde notation, qui sera non pas ma conclusion mais plutôt une invitation : l’appel universel à la sainteté. Nous avons eu la grâce de pouvoir réfléchir pendant un an à la place de l’Esprit Saint dans notre vie. C’est lui, l’Esprit Saint, qui nous adresse cet appel. Alors, en ce premier dimanche de l’Avent, je reprends simplement l’Evangile de ce jour : Frères et Sœurs, veillez !

+ Hippolyte Simon,
Archevêque de Clermont.
1er dimanche de l’Avent, 27 novembre 2011

(1) Cf  Saint Paul, 1 Corinthiens 11, 23. 
(2) Cf  Saint Paul, épître aux Romains 14, 7-8 : «  En effet, nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même; si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. »

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