Pourquoi l'Eglise ne donne pas de consigne de vote ? Réponse de l'archevêque de Clermont

Article publié le 29/04/2017 dans le journal La Montagne

 

Alors que, depuis le début de semaine, le reproche est fait à l'Eglise catholique de ne pas se prononcer clairement en vue du second tour de la présidentielle, l'évêque de Clermont Mgr François Kalist apporte son éclairage sur ce choix.

L'interrogation

"Notre monde et la manière de réagir dans l'instant, laisse-t-il encore de la place à la réflexion ?", s'interroge Mgr Kalist. La réponse est induite dans la question selon l'homme d'Eglise.

Le paradoxe

"Il fut un temps où l'Eglise catholique donnait quasiment des consignes de vote, certains prêtres dans les paroisses ne s'en privaient pas, et cela lui était reproché. Aujourd'hui, elle se refuse à promouvoir un bulletin de vote et elle est aussi contestée !", observe l'archevêque de Clermont.

Son choix

"Je suis plutôt partisan de laisser le choix aux électeurs. Le système électoral invite chacun à choisir un candidat en conscience sans avoir à en rendre compte. Donner des consignes de vote, est-ce si respectueux de la liberté, de la conscience, de l'opinion, de l'autre ? Il faut éduquer le citoyens au discernement, pour réfléchir, ensemble, à ce qui est bon".

Le constat

"Au fil du temps, les citoyens sont plus éclairés qu'ils ne pouvaient l'être il y a un siècle ou un demi-siècle. Aujourd'hui, il y a un vaste accès à l'information. De surcroît, dans l'électorat catholique, chrétien, il y a un certain nombre de références de foi qui donnent plus d'acuité à ce regard et à ce discernement. Un citoyen catholique n'est pas démuni pour choisir un candidat".

Une Eglise timorée ou courageuse ?

"Nous sommes dans un monde où l'on attend des positions tranchées, des slogans et des formules un peu rapides. La position de l'Eglise catholique, qui peut paraître timorée, a été constructive et courageuse quand, en septembre 2016, le conseil permanent de la Conférence des évêques de France a proposé une réflexion ayant abouti à la publication du document "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique". Cela n'a pas forcément été très médiatique, mais ce document a été bien accueilli dans les paroisses qui y ont travaillé, par les communautés catholiques et même par des non-croyants, car il incitait au débat, à un débat pacifié, sur des questions difficiles qui touchent l'avenir de la société".

Pour Mgr Kalist, "la voie est peut-être plus lente, plus discrète, elle n'a rien de fracassante, mais elle est nécessaire dans un pays qui a perdu le sens du dialogue et du débat".

S'exprimer, oui !

"Aujourd'hui, j'encouragerais les chrétiens et les citoyens à participer aux consultations électorales, à s'engager, à prendre des responsabilités".

Une Eglise... diverse

"Peut-être que le public qui voit l'Eglise de l'extérieur ne prend pas assez la mesure de sa grande diversité. Elle intègre des forces très complexes, parfois contraires, avec des héritages très divers. Cette existence composite l'empêche de façon salutaire d'avoir une position trop tranchée. Elle ne peut pas être l'Eglise d'un parti. Le catholicisme, c'est cette communion des appartenances diverses".

Faire exister les différences

"L'Eglise a renoncé à toute ambition hégémonique mais pas à la volonté de faire exister les différences, et dans une société où les différences s'affichent et s'affrontent, les chrétiens doivent jouer un rôle comme ferment de l'unité".

Des limites tolérables...

"Ne pas aliéner la personne humaine, ne pas rejeter l'autre... L'Evangile intègre la diversité et la manière par l'Eglise de le recevoir, intègre cette diversité. Il y a des comportements et des choix incompatibles avec une éthique chrétienne. Sur des sujets comme l'accueil de l'autre, de l'étranger, du réfugié, l'Eglise a pris position, avec un message promu par le pape François".

Des programmes qui ne se valent pas...

"Tout ne se vaut pas dans les différents programmes des candidats, mais tout n'est pas non plus de la même teneur au sein d'un même programme. Il y aurait bien des réserves à faire sur tous les programmes".

L'Europe, c'est "la paix et la prospérité"

"Sur une question comme celle de l'Europe, une Europe unie et qui respecte la différence historique et culturelle des nations qui la composent, me paraît incontournable. Mais l'histoire nous parle et l'Europe, c'est aussi la paix et la prospérité depuis 1945".

Le bon sens humain !

"Au final, estime l'archevêque de Clermont, le bon sens humain va l'emporter sur les passions. Notre histoire est globalement faite de progressions, dans la paix, dans la construction de droits et le respect des personnes. C'est toujours fragile, mais l'histoire nous porte et porte des mouvements ascensionnels !"

"Le propos de l'Eglise n'est pas passionné, mais incite à trouver les voies de l'équilibre, de ce qui est raisonnable et préférable".

Cédric Gourin

 

Cellule d’accueil et d’écoute des victimes de violences sexuelles

J'ai besoin d'un acte de baptême ou de mariage